Non au matraquage des médecins spécialistes!
Le ministre de la santé, François Legault, projette de modifier le statut professionnel des médecins spécialistes du Québec, les forçant à signer un contrat avec les établissements et les régies régionales imposant des activités médicales prioritaires établies de manière centralisée par le ministère de la Santé.
De plus, tous les médecins spécialistes seront soumis aux plans d'effectifs médicaux régionaux qui incluront dorénavant toutes les activités professionnelles, y compris celles en cabinet privé. Finalement, les spécialistes seront tenus responsables non seulement des services de garde dans l'établissement local, mais également dans tous les établissements de la région, selon les directives dictées par les fonctionnaires de la régie.
Ainsi, n'ayant apparemment rien à perdre sur le plan politique et voulant faire quelques gains rapides avant les élections, M. Legault a décidé d'utiliser l'approche populiste du matraquage des médecins. Le ministre passe donc à la phase finale d'un processus entamé il y a 30 ans: la fonctionnarisation des médecins.
Mais quelles sont les raisons poussant le ministre à agir de la sorte? Quels sont les objectifs poursuivis par le ministre? Peut-être trouve-t-il que les médecins spécialistes ne sont pas assez performants, ne travaillent pas assez? Peut-être que la moyenne d'heures travaillées chaque semaine par les spécialistes devrait être augmentée à 70 ou 80 au lieu des 60 heures actuelles?
Peut-être M. Legault trouve-t-il que les médecins spécialistes optent pour une pratique facile? La vaste majorité des médecins spécialistes sont pourtant demeurés au sein des établissements alors que les conditions de pratique n'ont cessé de se détériorer. Les malades sont pourtant encore bien soignés dans nos hôpitaux.
Peut-être le ministre trouve-t-il qu'il manque de médecins spécialistes dans plusieurs régions périphériques et qu'il faudrait que les médecins spécialistes des régions universitaires fassent enfin «leur effort»? Comme si nous nous tournions les pouces. Serait-il vraiment possible de nous ajouter quelques semaines supplémentaires de garde par année sans compromettre les services que nous offrons déjà aux populations que nous desservons actuellement? Le ministère est pourtant le principal responsable du fiasco de la mauvaise planification des effectifs médicaux au Québec.
En 1996, lorsque j'étais [médecin] résident, nous l'avions mis en garde contre les conséquences des décisions prises à l'époque. Nous subissons maintenant ces conséquences: un manque chronique d'effectifs médicaux sur l'ensemble du territoire québécois suite à la mise à la retraite de plus de 1000 médecins et de milliers d'infirmières expérimentées, minant nos conditions de pratique et notre qualité de vie; la nécessité aujourd'hui d'une augmentation drastique des admissions en médecine, conséquence de la coupure inopportune des admissions en médecine dans les années 90, augmentant la quantité de nos tâches d'enseignement; la mise en place de plans d'effectifs médicaux régionaux dans les régions universitaires qui ne tiennent pas compte des activités de recherche, transformant en bataille constante le maintien de la masse critique des effectifs spécialisés dans nos universités.
On ajoute maintenant l'insulte à l'injure! Imaginez un peu que l'on applique la recette Legault aux juristes, aux ingénieurs ou aux entrepreneurs du Québec. Fonctionnariser toutes ces forces vives que sont les médecins spécialistes ne pourra que détériorer l'état de notre système de santé. Surtout qu'il n'est pas du tout évident que la population soit insatisfaite quant à la qualité des services que nous offrons lorsque qu'ils réussissent finalement à nous voir! Rien dans ce qui est proposé ne laisse entrevoir qu'il y aura une amélioration de l'accessibilité ou de la qualité des services médicaux spécialisés. Au contraire.
Si le projet du ministre se concrétise, des conséquences très fâcheuses sont encore une fois à prévoir pour la population québécoise: 1) un affrontement très intense avec les médecins qui viendra perturber le fonctionnement d'un système de santé dont la situation est déjà précaire; 2) la possibilité qu'une grande partie des médecins refusent de participer et se désaffilient de la Régie d'assurance-maladie du Québec, mettant ainsi un terme à la gratuité des services médicaux spécialisés (un but peut-être inavoué du gouvernement?); 3) la prise hâtive de la retraite pour les plus vieux et l'exode pour les plus jeunes, surtout dans des spécialités à forte demande, ce qui exacerbera la pénurie des effectifs médicaux et affectera l'accessibilité et la qualité des soins ainsi que la qualité de l'enseignement et de la recherche; 4) la démotivation et la déresponsabilisation des médecins qui auront accepté de devenir des fonctionnaires du ministère; 5) la nécessité d'établir des ententes collectives normatives fort coûteuses avec ceux-ci, ce qui, à mon avis, augmentera le coût par service offert; 6) et, ce qui me semble inexorable, la démonstration habituelle d'incompétence de gestion du ministère, qui torpillera cette fois la qualité et l'accessibilité des services qui seront offerts par les médecins spécialistes.
La majorité des observateurs de ce débat entendus depuis le début de l'été ont montré leur réticence face à la méthode dure adoptée par le ministre contre les médecins. Même M. Castonguay, père de l'assurance-maladie, qui n'est certes pas un ardent défenseur des intérêts des médecins, argumentait récemment contre cette façon de procéder. Il semble qu'encore une fois, le ministère de la Santé fasse fi des conseils et s'achemine vers une autre gaffe monumentale.
De plus, tous les médecins spécialistes seront soumis aux plans d'effectifs médicaux régionaux qui incluront dorénavant toutes les activités professionnelles, y compris celles en cabinet privé. Finalement, les spécialistes seront tenus responsables non seulement des services de garde dans l'établissement local, mais également dans tous les établissements de la région, selon les directives dictées par les fonctionnaires de la régie.
Ainsi, n'ayant apparemment rien à perdre sur le plan politique et voulant faire quelques gains rapides avant les élections, M. Legault a décidé d'utiliser l'approche populiste du matraquage des médecins. Le ministre passe donc à la phase finale d'un processus entamé il y a 30 ans: la fonctionnarisation des médecins.
Mais quelles sont les raisons poussant le ministre à agir de la sorte? Quels sont les objectifs poursuivis par le ministre? Peut-être trouve-t-il que les médecins spécialistes ne sont pas assez performants, ne travaillent pas assez? Peut-être que la moyenne d'heures travaillées chaque semaine par les spécialistes devrait être augmentée à 70 ou 80 au lieu des 60 heures actuelles?
Peut-être M. Legault trouve-t-il que les médecins spécialistes optent pour une pratique facile? La vaste majorité des médecins spécialistes sont pourtant demeurés au sein des établissements alors que les conditions de pratique n'ont cessé de se détériorer. Les malades sont pourtant encore bien soignés dans nos hôpitaux.
Peut-être le ministre trouve-t-il qu'il manque de médecins spécialistes dans plusieurs régions périphériques et qu'il faudrait que les médecins spécialistes des régions universitaires fassent enfin «leur effort»? Comme si nous nous tournions les pouces. Serait-il vraiment possible de nous ajouter quelques semaines supplémentaires de garde par année sans compromettre les services que nous offrons déjà aux populations que nous desservons actuellement? Le ministère est pourtant le principal responsable du fiasco de la mauvaise planification des effectifs médicaux au Québec.
En 1996, lorsque j'étais [médecin] résident, nous l'avions mis en garde contre les conséquences des décisions prises à l'époque. Nous subissons maintenant ces conséquences: un manque chronique d'effectifs médicaux sur l'ensemble du territoire québécois suite à la mise à la retraite de plus de 1000 médecins et de milliers d'infirmières expérimentées, minant nos conditions de pratique et notre qualité de vie; la nécessité aujourd'hui d'une augmentation drastique des admissions en médecine, conséquence de la coupure inopportune des admissions en médecine dans les années 90, augmentant la quantité de nos tâches d'enseignement; la mise en place de plans d'effectifs médicaux régionaux dans les régions universitaires qui ne tiennent pas compte des activités de recherche, transformant en bataille constante le maintien de la masse critique des effectifs spécialisés dans nos universités.
On ajoute maintenant l'insulte à l'injure! Imaginez un peu que l'on applique la recette Legault aux juristes, aux ingénieurs ou aux entrepreneurs du Québec. Fonctionnariser toutes ces forces vives que sont les médecins spécialistes ne pourra que détériorer l'état de notre système de santé. Surtout qu'il n'est pas du tout évident que la population soit insatisfaite quant à la qualité des services que nous offrons lorsque qu'ils réussissent finalement à nous voir! Rien dans ce qui est proposé ne laisse entrevoir qu'il y aura une amélioration de l'accessibilité ou de la qualité des services médicaux spécialisés. Au contraire.
Si le projet du ministre se concrétise, des conséquences très fâcheuses sont encore une fois à prévoir pour la population québécoise: 1) un affrontement très intense avec les médecins qui viendra perturber le fonctionnement d'un système de santé dont la situation est déjà précaire; 2) la possibilité qu'une grande partie des médecins refusent de participer et se désaffilient de la Régie d'assurance-maladie du Québec, mettant ainsi un terme à la gratuité des services médicaux spécialisés (un but peut-être inavoué du gouvernement?); 3) la prise hâtive de la retraite pour les plus vieux et l'exode pour les plus jeunes, surtout dans des spécialités à forte demande, ce qui exacerbera la pénurie des effectifs médicaux et affectera l'accessibilité et la qualité des soins ainsi que la qualité de l'enseignement et de la recherche; 4) la démotivation et la déresponsabilisation des médecins qui auront accepté de devenir des fonctionnaires du ministère; 5) la nécessité d'établir des ententes collectives normatives fort coûteuses avec ceux-ci, ce qui, à mon avis, augmentera le coût par service offert; 6) et, ce qui me semble inexorable, la démonstration habituelle d'incompétence de gestion du ministère, qui torpillera cette fois la qualité et l'accessibilité des services qui seront offerts par les médecins spécialistes.
La majorité des observateurs de ce débat entendus depuis le début de l'été ont montré leur réticence face à la méthode dure adoptée par le ministre contre les médecins. Même M. Castonguay, père de l'assurance-maladie, qui n'est certes pas un ardent défenseur des intérêts des médecins, argumentait récemment contre cette façon de procéder. Il semble qu'encore une fois, le ministère de la Santé fasse fi des conseils et s'achemine vers une autre gaffe monumentale.
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