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Sur la piste des étoiles

Antoine Char   13 juillet 2005 
Source: Jeff Haynes AFP
Photographes et caméramans installaient leur matériel hier à Cap Canaveral en vue du lancement de Discovery.
Source: Jeff Haynes AFP Photographes et caméramans installaient leur matériel hier à Cap Canaveral en vue du lancement de Discovery.
Houston — Vingt-neuf mois après la désintégration de Columbia dans le ciel texan, la navette spatiale américaine est de retour sur la piste des étoiles. Discovery doit décoller cet après-midi à 15h51 pour une mission de 12 jours qui conduira ses sept astronautes à bord de la Station spatiale internationale (ISS).

«Ils seront accueillis vendredi par le Russe Sergueï Kirkalev et l'Américain John Philips», indique Mark Carreau, le «Monsieur Shuttle» du Houston Chronicle. Il a couvert 80 des 113 lancements de navettes. Il est au Centre spatial Kennedy (KSC) pour le départ du vol STS-114 de Discovery. «Il y a 2800 journalistes présents pour l'événement.»

Les astronautes doivent réparer certaines pièces du Meccano de l'espace, dont la construction, amorcée en 1998, souffre de sérieux contretemps pour diverses raisons. En plus de livrer toute la nourriture qu'il faut pour tenir un siège, ils installeront un nouvel «oeil» à l'ISS, un gyroscope qui lui permettra de mieux s'orienter dans la grande noirceur de l'espace.

Pour l'heure, leur premier souci est de s'arracher sans problème du pas de tir 39B du KSC, près de Cap Canaveral. Lors du décollage de Columbia, il y a deux ans et demi, un bloc de mousse d'isolation s'était détaché et avait endommagé une aile, détériorant les tuiles thermiques sur une surface grande comme un chapeau de cow-boy.

Si un tel scénario devait se reproduire cet après-midi, neuf nouvelles caméras à longue focale alerteraient aussitôt Houston, où se trouve le centre de contrôle de la NASA. L'agence spatiale affirme avoir pris toutes les précautions pour ce décollage tant attendu. Au Johnson Space Center (JSC), on précise cependant qu'examiner toutes les photos prises au décollage prendra au moins quatre jours. Quatre longs jours pour tirer la sonnette d'alarme, désamorcer à distance Discovery et la faire échouer dans l'espace.

«Les astronautes auront trouvé refuge dans l'ISS, où la navette Atlantis ira les récupérer», explique Mark Carreau. Ils pourront tenir un mois en orbite. Et si les sept passagers de l'espace devaient finir comme les 14 autres astronautes de Challenger, en 1986, et de Columbia, en 2003? «Nous mettrons nos 150 journalistes sur cette troisième catastrophe et sortirons un cahier spécial de dix pages», répond sans hésiter Russell Shaw, l'adjoint au rédacteur en chef.

Il a quitté son Manitoba natal en 1983 pour travailler au Houston Chronicle, propriété des petits-enfants de Randolph Hearst, le baron de la presse américaine dont s'est inspiré Orson Welles pour son chef-d'oeuvre Citizen Kane.

Dans la salle de rédaction du Chronicle comme dans la vaste salle de contrôle de la NASA, on croise les doigts: un tel scénario catastrophe serait synonyme de longues nuits blanches.

«De vieux navires»

Eileen Marie Collins, 48 ans, première femme à commander une navette, s'est faite rassurante avant le décollage: «Je pense que nous sommes davantage en sûreté que nos ancêtres qui traversèrent l'océan à bord de vieux navires.»

Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle «Mom» à Houston. Pourquoi la NASA a-t-elle pris racine dans la métropole texane alors que ses engins décollent de Floride, près d'Orlando? «Pour des raisons politiques. L'ancien président Lyndon Johnson était texan, et il y avait en plus de vastes terres bon marché non loin de Houston pour nous y établir», explique Rob Navias, un des nombreux porte-parole de l'agence (il y en a autant que d'étoiles dans le ciel).

Mère de deux enfants, ayant accumulé plus de 500 heures de vol dans l'espace, Eileen Collins est connue pour son sang-froid. «Je n'ai pas d'angoisses, pas d'émotions, pas de pression.»

C'est une star comme Hollywood les aime. «Elle a réalisé son rêve, son rêve américain», souligne une de ses nombreuses admiratrices parmi les quelque 20 000 employés de la NASA à Houston. «Je la connais bien. C'est une astronaute accomplie, une épouse et une mère remarquables», ajoute Eileen Marie Hawley, toute fière de porter les mêmes prénoms que son idole. «À l'époque, les Irlandais faisaient preuve de peu d'originalité.»

Fille d'une famille pauvre d'Elmira, dans l'État de New York (elle était serveuse dans une pizzeria pour payer ses études), Collins est une grande vedette au JSC, situé à une vingtaine de kilomètres de Houston.

Elle signe des autographes tous les jours et ses admirateurs n'oublient pas que c'est elle qui avait ramené Columbia à bon port en 1999 après un court-circuit dans la soute de la navette. Quatre ans plus tard, la même navette, qui a volé pour la première fois le 12 avril 1981, a eu moins de chance.

Les experts de la NASA affirment que les risques de voir Discovery voler en éclats sont minimes. Les dangers sont concentrés au lancement et durant le retour sur Terre. Comme dans n'importe quel vol d'avion. «Il est vital pour nous de montrer aux Américains et au reste du monde que nous avons fait du bon boulot ces deux dernières années», conclut Rob Navias.

Après tout, Discovery a subi une révision de plus d'un milliard de dollars, «de la proue à la poupe».

Au Johnson Space Center, situé à quelques jets de pierre de Saturne, la rue principale, bordée de tous les restaurants de fast-food que les États-Unis peuvent offrir, c'est l'honneur de la bannière étoilée qui se joue dans le ciel de l'humanité.

Collaborateur du Devoir






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