dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Murdochville: un défi pour le gouvernement Landry

Jules Bélanger - L'auteur est professeur de littérature à la retraite. Historien, il est co-auteur de Histoire de la Gaspésie, paru chez Boréal en 1981 et réédité (IQRC) en 1999.  6 septembre 2002 
On connaît la catastrophe économique qui frappe Murdochville et aggrave la situation économique déjà problématique de toute la Gaspésie. On connaît aussi les résultats du référendum tenu à Murdochville le 25 août dernier. Il y a là une tragédie sociale. Le gouvernement du Québec, seule autorité habilitée à ouvrir ou à fermer une ville, s'est donné un temps additionnel de réflexion avant de mettre ses cartes sur la table. Il ne lui reste que quelques jours pour le faire. Il y a là pour lui, évidemment, matière à très sérieuse réflexion.

Que fera-t-il donc? Ou bien il sort de sa manche une ou deux cartes capables d'insuffler une nouvelle vie à Murdochville, ou bien il installe dans le complexe fermé par la compagnie Noranda un respirateur artificiel sous forme de subventions spéciales, ou bien, avouant son impuissance, il annonce la fermeture de la petite ville gaspésienne âgée de 50 ans.

Évidemment, c'est la première de ces trois issues qu'il faut souhaiter, pour Murdochville, pour la Gaspésie et pour le Québec tout entier. Car le Québec, aujourd'hui comme demain, a besoin que l'activité économique anime aussi ses régions.

Grave problème social

La fermeture de la Fonderie Gaspé est un grave problème social d'abord pour Murdochville. Même si tout le monde sait que la vie d'une ville minière ne dure généralement pas plus longtemps que la rentabilité du gisement qui lui a donné naissance, il demeure que 50 ans de travail, 50 ans de multiples engagements et réalisations sociaux et communautaires, de projets d'avenir, de rêves légitimes et d'enracinement constant dans une petite ville ayant surgi au beau milieu de la forêt, tout ça fait nécessairement d'une population quelque chose comme un arbre qui a planté profondément de solides racines. C'est très difficile à déplacer.

Il faut donc comprendre le dynamisme et la ténacité avec lesquels les chefs de file de Murdochville explorent depuis quelques années déjà les divers moyens d'empêcher la fermeture de leur ville. Il faut souhaiter que les recherches en cours aboutissent rapidement à la découverte de nouvelles sources d'emplois: gisements nouveaux, preneurs pour les installations en place, implantation d'industries forestières ou autres.

Quoi faire alors? Le gouvernement du Québec a pris, en avril dernier, le leadership d'un «comité spécial de soutien» pour chercher des moyens de faire face à la situation, et le premier ministre Landry s'est engagé à «déployer tout ce qu'il peut pour venir au secours de Murdochville». Des idées, des projets ont jailliÉ venant d'experts de tout acabit pour permettre la survie de cette ville de 1100 habitants et pour compenser, autant que possible, les pertes d'emplois subies ailleurs en Gaspésie.

Il faut davantage

Si l'on trouve une rentabilité à de nouveaux gisements du sous-sol gaspésien et/ou des industriels intéressés à l'acquisition des installations de la Noranda à Murdochville, bravo! Mais il faut davantage: il faut penser aussi et surtout aux ressources renouvelables permettant l'émergence dans la péninsule d'une économie durable. Or, il existe de telles ressources en Gaspésie et elles attendent d'être exploitées.

D'abord il faut reconnaître qu'on ne peut exploiter n'importe comment les ressources renouvelables comme on l'a fait, malheureusement, pour la morue et comme il y a danger qu'on le fasse aussi pour la forêt. Pour cela, il faut moins s'en remettre à mère nature pour la reproduction du poisson et se mettre davantage et résolument à l'aquaculture et à la mariculture. Il faut importer les connaissances techniques éprouvées en d'autres pays.

À chacun ses compétences: le Québec exporte son expertise en transport de l'électricité à haute tension et la Norvège réussit l'élevage à haute échelle de la morue en eau froide.

Et il y a plus. Il y a le tourisme, évidemment encore trop peu exploité en Gaspésie. Le tourisme est l'une des plus grandes, sinon la plus grande industrie au monde. Or, incontestablement, la Gaspésie possède un potentiel touristique extraordinaire, un potentiel touristique différent de ceux de Montréal, de Québec, du Mont-Tremblant ou de la région de Charlevoix.

Mine d'or à exploiter

Il y a là une mine d'or à exploiter, une mine inépuisable. L'un des facteurs essentiels au développement optimal de ce vaste potentiel, c'est l'amélioration des moyens de communication vers la Gaspésie. Que vienne donc le jour où on pourra voir atterrir en Gaspésie de gros porteurs chargés de touristes étrangers désireux de goûter les charmes inépuisables de la nature gaspésienne, en hiver comme en été! Ce jour-là, évidemment, il devra y avoir aussi en Gaspésie les infrastructures capables d'accueillir et d'accommoder ces nombreux visiteurs.

Il y a plus encore. Il y a en Gaspésie un port de mer naturel extraordinaire, celui de Gaspé. Ses avantages exceptionnels (localisation géographique, profondeur d'eau, faiblesse des marées, uniformité du couvert de glace, protection contre les tempêtes, etc.) ont déjà été amplement démontrés. Le port de Gaspé offre des possibilités à faire rêver de nombreux pays. Une conjoncture nouvelle ne favorise-t-elle pas ce port de mer?

Le fleuve Saint-Laurent voit son niveau d'eau baisser de façon inquiétante, particulièrement pour les compagnies de transport maritime. Ce niveau baissera davantage quand les Américains auront pompé des Grands Lacs toute l'eau dont ils ont besoin pour leurs terres agricoles du «Midwest». Ce bas niveau d'eau du fleuve augmente les dangers de tragédies écologiques et il justifie la pression légitime des écolos de même que l'inquiétude des transporteurs, qui préfèrent utiliser les navires toujours plus gros que peuvent construire les chantiers navals.

Le développement de ce port naturel entraînerait automatiquement l'achalandage et le développement du chemin de fer de la Gaspésie, dont la survie est sérieusement menacée par la fermeture de la Fonderie Gaspé à Murdochville.

Le plan québécois de relance de la Gaspésie, qui commence à porter des fruits, doit donc non seulement se poursuivre, mais s'intensifier afin d'éviter qu'on ait à regretter demain de ne pas avoir fait assez lorsqu'il en était encore temps. Il est plus difficile de rapatrier des déracinés que d'empêcher leur déracinement.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012