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Critique postcolonialiste - L'héritage de François-Xavier Verschave

8 juillet 2005 
La critique postcolonialiste que nous a léguée l'économiste et africaniste François-Xavier Verschave, disparu le 29 juin dernier, reste un problème global excédant largement le cas français pour concerner au premier chef des pays tels que le Canada.

Identifié avant tout à son combat contre la «Françafrique» — expression qu'il avait empruntée à l'Ivoirien Houphouët-Boigny —, Verschave a inlassablement critiqué les tractations occultes entre les élites politique, militaire, industrielle et financière françaises et une élite mise en place puis soutenue souvent au prix des pires compromissions dans les anciennes colonies devenues «indépendantes». Il faisait état de ses analyses dans le périodique Billets d'Afrique de l'association Survie qu'il présidait, dans les Dossiers noirs qu'il produisait régulièrement avec Survie et l'association Agir ici sous la forme de courts livres ainsi que dans des ouvrages de références tels que La Françafrique (Stock, 1998) et Noir silence (Les Arènes, 2000). Le Tribunal de grande instance de Paris de même que la Cour d'appel ont reconnu le sérieux de son travail dans le cadre d'un procès qu'il a remporté contre trois chefs d'État africains «amis» de l'élite politique parisienne.

Un pavé

Son éditeur Laurent Beccaria, des Arènes, se souvient que le maître ouvrage de Verschave «arriva sous la forme d'un pavé de plus d'un million et demi de signes, qui nous effraya. Nous sortîmes de la lecture de Noir silence à la fois accablés par son contenu, convaincus qu'il fallait publier le livre mais certains également que l'ouvrage était invendable. Pourtant, le jour de sa sortie, entre 9h et 12h, notre téléphone fut assailli par des demandes de lecteurs. Sans une ligne dans la presse, l'ouvrage fut réimprimé plusieurs fois.» (www.arenes.fr.) 50 000 exemplaires ont finalement trouvé preneur malgré l'absence de comptes rendus dans les journaux. Verschave y repérait avec l'aide d'associations internationales et françaises les coups fourrés, les manipulations électorales, le recours aux mercenaires, les malversations, les soutiens aux dictatures, les faits de corruption, les machinations de l'endettement... qui permettaient enfin de comprendre pourquoi ces peuples d'Afrique souffrent une misère souvent innommable au milieu de tant de richesses naturelles, et ce, dans tant de «républiques» plus «démocratiques» les unes que les autres.

Pourquoi? La réponse était à chercher au Nord, par exemple auprès d'entreprises pétrolières ou minières organisant elles-mêmes les guerres civiles qui leur permettent, avec le soutien de tel dictateur déguisé en vainqueur électoral et par la corruption de sa garde rapprochée, de s'approprier les points de forage, de terroriser telle population et de la vider de ses ressources tout en gageant sur celles-ci une dette infernale... Elle restait aussi à trouver auprès des forces politiques françaises qui se sont tellement compromises dans ces opérations qu'elles se sont faites les complices d'auteurs de crimes contre l'humanité au Congo-Brazzaville, au Liberia, au Rwanda...

Une «mafiafrique»

La «Françafrique» que Verschave a analysée sous tous ses angles à ses débuts devenait une «mafiafrique» au fur et à mesure qu'il en comprenait la dimension globale. La mafiafrique, c'est l'ensemble des structures techniques, financières et juridiques qui permettent aux nombreux projets de pillage et de destruction de l'Afrique de se dessiner à grande échelle. Ce sont les leviers dont usent pour ce faire différents industriels, banquiers, vendeurs d'armes, courtiers, armateurs... dans les repaires sans loi de la finance que sont les paradis fiscaux et judiciaires. Les industriels canadiens telle la pétrolière Heritage Oil, qui sévit comme force de guerre au Congo-Kinshasa, la Canac, qui privatise le chemin de fer reliant Bamako à Dakar en fermant les gares aux passagers dont l'économie dépend pour ne plus transporter que des marchandises vers les ports, la société d'État Hydro-Québec, dont les privatisations au Sénégal méritent d'être analysées, ou encore l'expérience soudanaise de Talisman sont autant de cas où le Canada s'intègre potentiellement à la mafiafrique. On pressent aussi ces acteurs de la mafiafrique en ceux qui se camouflent derrière de faux remords entourant le souvenir rwandais pour mieux légitimer des soutiens militaires aux entreprises canadiennes engagées par exemple dans la brousse congolaise ou qui nomment un Roméo Dallaire sénateur pour entretenir dans le monde l'image d'un Canada droits-de-l'hommiste qui n'en finit plus de se contredire sur le terrain.

La «Françafrique» que Verschave a analysée sous tous ses angles à ses débuts devenait une «mafiafrique» au fur et à mesure qu'il en comprenait la dimension globale. La mafiafrique, c'est l'ensemble des structures techniques, financières et juridiques qui permettent aux nombreux projets de pillage et de destruction de l'Afrique de se dessiner à grande échelle. Ce sont les leviers dont usent pour ce faire différents industriels, banquiers, vendeurs d'armes, courtiers, armateurs... dans les repaires sans loi de la finance que sont les paradis fiscaux et judiciaires. Les industriels canadiens telle la pétrolière Heritage Oil, qui sévit comme force de guerre au Congo-Kinshasa, la Canac, qui privatise le chemin de fer reliant Bamako à Dakar en fermant les gares aux passagers dont l'économie dépend pour ne plus transporter que des marchandises vers les ports, la société d'État Hydro-Québec, dont les privatisations au Sénégal méritent d'être analysées, ou encore l'expérience soudanaise de Talisman sont autant de cas où le Canada s'intègre potentiellement à la mafiafrique. On pressent aussi ces acteurs de la mafiafrique en ceux qui se camouflent derrière de faux remords entourant le souvenir rwandais pour mieux légitimer des soutiens militaires aux entreprises canadiennes engagées par exemple dans la brousse congolaise ou qui nomment un Roméo Dallaire sénateur pour entretenir dans le monde l'image d'un Canada droits-de-l'hommiste qui n'en finit plus de se contredire sur le terrain.

Le travail d'enquête est insondable, d'autant plus que les logiques qui ont cours et se développent au Sud risquent progressivement de se retourner contre le Nord, c'est-à-dire contre un Quart-Monde de plus en plus massif, reconduit dans les marges de l'histoire par un discours officiel qui donne son creux en célébrant les riches parce qu'ils sont riches et en désignant les pauvres, à la Kafka, coupables d'être coupables.






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