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Londres rafle les Jeux à Paris

Tony Blair triomphe. Le moral des Français est au plus bas.

Christian Rioux   7 juillet 2005 
Londres a été désignée par le CIO pour organiser les Jeux olympiques d’été 2012, battant en finale au quatrième tour de scrutin, par 54 voix contre 50, l’autre favorite, Paris, hier à Singapour. Réunis à Trafalgar Square, en plein coeur de
Photo : Agence Reuters
Londres a été désignée par le CIO pour organiser les Jeux olympiques d’été 2012, battant en finale au quatrième tour de scrutin, par 54 voix contre 50, l’autre favorite, Paris, hier à Singapour. Réunis à Trafalgar Square, en plein coeur de
Paris — Depuis une semaine, la presse française prédisait la grande déprime si Paris n'obtenait pas les Jeux olympiques de 2012. Après l'échec du référendum européen, le chômage à plus de 10 % et les sondages catastrophiques de Jacques Chirac, le pays était au moins convaincu d'obtenir la XXXe olympiade d'été comme prix de consolation.

C'est pourtant Londres qui a raflé les Jeux de 2012 dans un sprint de dernière minute qui l'opposait à Paris lors de la réunion du Comité international olympique (CIO), hier à Singapour. Après trois tours et l'élimination de Moscou, New York puis Madrid, au moment crucial, les photographes s'étaient tous tournés vers la délégation française. À la surprise générale, c'est Londres qui l'a emporté, par 54 voies contre 50.

Pendant que la foule éclatait de joie sur Trafalgar Square, le premier ministre Tony Blair a avoué avoir, tel un boxeur, décoché un coup de poing dans le vide et fait un jeu de jambes en apprenant la nouvelle. «C'est un moment historique pour Londres», a-t-il déclaré de Gleneagles, en Écosse, où s'ouvrait hier le Sommet du G8. Selon lui, Paris avait un «dossier solide», mais Londres promettait de léguer un riche héritage à la ville, au pays et au mouvement olympique. Il a nié que la décision du CIO puisse compromettre le Sommet du G8 et envenimer ses relations avec le président français, qui a appris la nouvelle à bord de l'avion qui le conduisait en Écosse.

Sur les Champs-Élysées, seuls les Britanniques avaient le sourire aux lèvres. Les mines étaient plus que déconfites sur la place de l'hôtel de ville de Paris, où quelques milliers de personnes étaient réunies. La foule a d'abord crié sa déception, puis hué les images en provenance de Londres avant d'être rappelée à l'ordre par l'adjointe du maire, Anne Hidalgo.

La défaite est d'autant plus amère que Paris était candidat pour la troisième fois en 20 ans et que Londres est entrée dans la course à la dernière minute. Tout le pays faisait bloc derrière Paris alors que la candidature britannique avait d'abord soulevé la controverse. De peur d'un gouffre financier, des personnalités britanniques avaient même souhaité ouvertement la victoire de Paris.

Londres aura mis du temps à séduire le CIO. Dans un rapport publié l'an dernier, la ville arrivait troisième derrière Madrid. Le CIO ne se gênait pas, par exemple, pour qualifier les transports publics londoniens d'«obsolètes».

Au contraire, le dossier technique de Paris a toujours été considéré comme le meilleur. Ayant appris de leurs déboires précédents, les organisateurs avaient pris soin de proposer des Jeux sobres et économes, comme le souhaitait le CIO.

Les responsables français n'ont pas fini de s'interroger sur les raisons de cette déconfiture. «On n'est pas près de voir les Jeux en France», a déclaré le ministre des Sports, Jean-François Lamour. «Je suis d'autant plus déçu que mon pays traverse une crise psychologique», a renchéri Jean-Paul Huchon, président de la région Île-de-France.

À Paris, on invoque vite des raisons qui n'ont rien de sportif. «Il y a sans doute des arguments qui ne sont pas sportifs, qui sont de type géopolitique, qui ont dû l'emporter, et ça, ça me questionne», déclarait Bernard Amsalem, président de la Fédération française d'athlétisme. Il semble que le report des voix soutenant Madrid ait favorisé Londres. On sait que depuis le dernier sommet européen, Tony Blair est en bons termes avec le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero.

Dans le contexte politique français, cette décision représente une nouvelle défaite personnelle pour Jacques Chirac, qui s'était rendu à Singapour plaider pour la ville dont il a longtemps été le maire. Après la guerre en Irak et l'échec du dernier sommet européen, les Jeux de 2012 ont été l'occasion d'un nouvel affrontement personnel entre Tony Blair et un président français dont la popularité n'a jamais été aussi basse depuis 1995.

Le Financial Times de Londres attribuait hier cette victoire à l'arraché à l'extraordinaire lobbying britannique ainsi qu'à la présentation très sentie de l'ancien médaillé olympique lord Sebastian Coe, qui avait invité une trentaine d'écoliers pour l'occasion.

Londres a choisi d'utiliser les Jeux pour revitaliser un quartier de la ville qui en a bien besoin. La XXXe olympiade d'été se tiendra dans les quartiers pauvres de l'est de la capitale, près de Stratford, dans la vallée de la rivière Lea. Contrairement à Paris, qui possédait déjà 80 % des équipements nécessaires, presque tout est à construire. Tony Blair a promis qu'il se mettrait à l'oeuvre 48 heures après l'annonce du CIO. Les coûts sont estimés à environ cinq milliards de dollars, dont plus de la moitié devrait provenir d'une nouvelle loterie.

Londres devient ainsi la première capitale du monde à recevoir les Jeux pour la troisième fois. Londres et Paris les ont tous deux organisés à deux reprises. Berceau de l'olympisme moderne, Paris n'a pas accueilli les Jeux depuis 1924 alors que Londres les a accueillis en 1948. Les Britanniques avaient déjà subi les échecs de Birmingham pour les Jeux de 1992 et de Manchester pour ceux de 1996 et 2000.

À l'heure où les Britanniques commémorent le centième anniversaire de la bataille de Trafalgar, ce nouveau succès est largement attribué à Tony Blair, qui a mené une campagne forcenée depuis trois mois. Les Jeux apparaissent aussi comme le dernier d'une série de coups sans faute pour le premier ministre depuis sa réélection, en mai dernier.

«C'est une victoire exceptionnelle pour Tony Blair», confirmait le politologue Pascal Boniface sur les ondes de France Info. «Peut-être que le CIO a pensé que le vent de la modernité soufflait plus du côté de Londres que de Paris.»

La Ville lumière comptait pourtant sur les Jeux olympiques «pour répondre à sa crise de langueur identitaire», écrivait hier la presse française. Les Jeux auraient été un baume temporaire sur un chômage endémique. La ville espérait des retombées de cinq à six milliards d'euros et la création de 60 000 emplois pendant sept ans. Hier, le quotidien Libération posait la question qui demeure après ce lendemain de veille: «Pourquoi, après dix ans de chiraquisme, la France croit-elle si peu en elle qu'elle ait besoin du miroir de l'olympisme pour s'admirer?»

Collaborateur du Devoir à Paris
Londres a été désignée par le CIO pour organiser les Jeux olympiques d’été 2012, battant en finale au quatrième tour de scrutin, par 54 voix contre 50, l’autre favorite, Paris, hier à Singapour. Réunis à Trafalgar Square, en plein coeur de Si Londres exultait, Paris cachait mal son amertume. Une immense déception, beaucoup d’incrédulité et un terrible sentiment d’injustice: ainsi qu’en témoigne l’expression de ce gamin croquée près de l’hôtel de ville, la France était sou
 
 
 
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