Architecture - Comme une seconde peau
Emmanuelle Vieira
7 septembre 2002
Le client a le sentiment de parcourir un lieu intemporel aux extémités duquel le tumulte de la ville bat son plein. - Photo Michel Brisson
Sur la carte du magasin, on peut lire: «Michel Brisson: mercerie contemporaine, lieu de rencontre sympathique, un espace signé Saucier+Perrotte architectes». Histoire d'une architecture conçue sur mesure.
Michel Brisson, propriétaire d'une nouvelle boutique de prêt-à-porter multimarques sur la rue Laurier Ouest, marche à contre-courant de tout ce qui se fait en ce moment à Montréal.
Ce professionnel dans l'art du vêtement voulait un projet qui soit dans l'esprit de la «mercerie contemporaine», «mercerie» étant le vieux mot pour désigner un endroit masculin où on faisait du prêt-à-porter sur mesure. Il souhaitait ramener cette notion dans une forme contemporaine pour ne garder que l'idée du service, d'un endroit confortable où les hommes iraient s'habiller tout en discutant devant un café. Les architectes Saucier+Perrotte ont exaucé le souhait de leur client, mais en y regardant d'un peu plus près, ils sont allés bien au delà.
Simplicité spatiale
L'espace de départ est formé d'un rectangle longitudinal délimité au nord par la rue Laurier, au sud par un mur aveugle et latéralement par des murs en béton et en brique. Les architectes, tout en préservant la simplicité spatiale, sont venus habiller l'endroit d'un volume en bois ouvert sur les côtés, qui émerge de la vitrine et traverse l'espace sur un axe central. Au fond de la boutique, la porte murée a été remplacée par une baie vitrée qui ouvre sur la ruelle et, toujours dans cet esprit de circulation visuelle, on a disposé un immense miroir qui prolonge la passerelle de manière illusoire tout en accentuant la dynamique de va-et-vient créée par la passerelle.
Le client est happé depuis la rue par la vitrine, un simple volume en verre qui ouvre directement sur l'espace scénographique et aérien de la boutique. Une fois à l'intérieur, il a le sentiment de parcourir un lieu intemporel aux extrémités duquel le tumulte de la ville bat son plein. Le parcours défini par la passerelle centrale et les deux allées latérales relève de la simplicité et de l'élégance. Le chêne brut de la passerelle, le métal blanc des plaques posées sur les murs, les poteaux en acier noir et le béton poli, voire le plâtre peint en noir lustré sont mis en oeuvre dans un jeu de volumes et d'espaces des plus subtils, faisant de cet endroit une expérience unique et très contemporaine qui se marie parfaitement avec l'univers masculin et stylisé des vêtements exposés.
Jeux de symétrie
Tout a été conçu et maîtrisé par les architectes jusque dans les moindres détails: du système d'accrochage, qui évoque l'idée d'une surpiqûre de fil noir sur fond blanc, en passant par l'éclairage, qui joue son rôle déterminant dans la mise en valeur des espaces et des vêtements. On trouve ainsi une ligne fluorescente dont une partie émerge en pointillé au bas des panneaux d'accrochage, ou encore, sur le plafond de la passerelle, l'idée de «surpiqûre lumineuse» qui est reprise et rythme le volume central d'une façon remarquable. Au-dessus de ce plafond de bois, des éclairages individuels à halogène sont camouflés et dirigés de chaque côté pour venir dessiner le contour des vêtements suspendus et les animer d'un jeu d'ombres intéressant. Tout est là pour faire ressortir l'essence, la poésie et la beauté de la matière, qu'elle soit architecturale ou textile, en rassemblant le tout dans un flux énergétique linéaire qui fuit en perspective vers les deux extrémités de la boutique. Les éléments communiquent entre eux et se répondent par des jeux de symétries ou de reflets, et les systèmes d'accrochage et les présentoirs sont tous interchangeables, dans un souci de moduler l'espace à l'infini.
Cet espace où l'on se sent à l'aise partage avec le vêtement l'art de la coupe et de la mesure. Ressenti comme une seconde peau, il nous rappelle sans cesse que l'architecture, comme un vêtement sur mesure, est conçue pour le bien-être de chacun.
- L'espace Michel Brisson: 1012, rue Laurier Ouest, à Montréal
- www.saucierperrotte.com
Michel Brisson, propriétaire d'une nouvelle boutique de prêt-à-porter multimarques sur la rue Laurier Ouest, marche à contre-courant de tout ce qui se fait en ce moment à Montréal.
Ce professionnel dans l'art du vêtement voulait un projet qui soit dans l'esprit de la «mercerie contemporaine», «mercerie» étant le vieux mot pour désigner un endroit masculin où on faisait du prêt-à-porter sur mesure. Il souhaitait ramener cette notion dans une forme contemporaine pour ne garder que l'idée du service, d'un endroit confortable où les hommes iraient s'habiller tout en discutant devant un café. Les architectes Saucier+Perrotte ont exaucé le souhait de leur client, mais en y regardant d'un peu plus près, ils sont allés bien au delà.
Simplicité spatiale
L'espace de départ est formé d'un rectangle longitudinal délimité au nord par la rue Laurier, au sud par un mur aveugle et latéralement par des murs en béton et en brique. Les architectes, tout en préservant la simplicité spatiale, sont venus habiller l'endroit d'un volume en bois ouvert sur les côtés, qui émerge de la vitrine et traverse l'espace sur un axe central. Au fond de la boutique, la porte murée a été remplacée par une baie vitrée qui ouvre sur la ruelle et, toujours dans cet esprit de circulation visuelle, on a disposé un immense miroir qui prolonge la passerelle de manière illusoire tout en accentuant la dynamique de va-et-vient créée par la passerelle.
Le client est happé depuis la rue par la vitrine, un simple volume en verre qui ouvre directement sur l'espace scénographique et aérien de la boutique. Une fois à l'intérieur, il a le sentiment de parcourir un lieu intemporel aux extrémités duquel le tumulte de la ville bat son plein. Le parcours défini par la passerelle centrale et les deux allées latérales relève de la simplicité et de l'élégance. Le chêne brut de la passerelle, le métal blanc des plaques posées sur les murs, les poteaux en acier noir et le béton poli, voire le plâtre peint en noir lustré sont mis en oeuvre dans un jeu de volumes et d'espaces des plus subtils, faisant de cet endroit une expérience unique et très contemporaine qui se marie parfaitement avec l'univers masculin et stylisé des vêtements exposés.
Jeux de symétrie
Tout a été conçu et maîtrisé par les architectes jusque dans les moindres détails: du système d'accrochage, qui évoque l'idée d'une surpiqûre de fil noir sur fond blanc, en passant par l'éclairage, qui joue son rôle déterminant dans la mise en valeur des espaces et des vêtements. On trouve ainsi une ligne fluorescente dont une partie émerge en pointillé au bas des panneaux d'accrochage, ou encore, sur le plafond de la passerelle, l'idée de «surpiqûre lumineuse» qui est reprise et rythme le volume central d'une façon remarquable. Au-dessus de ce plafond de bois, des éclairages individuels à halogène sont camouflés et dirigés de chaque côté pour venir dessiner le contour des vêtements suspendus et les animer d'un jeu d'ombres intéressant. Tout est là pour faire ressortir l'essence, la poésie et la beauté de la matière, qu'elle soit architecturale ou textile, en rassemblant le tout dans un flux énergétique linéaire qui fuit en perspective vers les deux extrémités de la boutique. Les éléments communiquent entre eux et se répondent par des jeux de symétries ou de reflets, et les systèmes d'accrochage et les présentoirs sont tous interchangeables, dans un souci de moduler l'espace à l'infini.
Cet espace où l'on se sent à l'aise partage avec le vêtement l'art de la coupe et de la mesure. Ressenti comme une seconde peau, il nous rappelle sans cesse que l'architecture, comme un vêtement sur mesure, est conçue pour le bien-être de chacun.
- L'espace Michel Brisson: 1012, rue Laurier Ouest, à Montréal
- www.saucierperrotte.com
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