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Beaugrand-Champagne remet les pendules à l'heure

La ministre véhicule des chiffres erronés, affirme l'ex-p.-d.g. de TQ

Kathleen Lévesque   30 juin 2005 
La p.-d.g. sortante de Télé-Québec, Paule Beaugrand-Champagne, se désole que la ministre de la Culture, Line Beauchamp, véhicule depuis des mois des informations erronées sur la chaîne de télévision publique pour justifier la privatisation de la production maison.

Dans une dernière sortie qu'elle dit mue non par amertume mais plutôt par respect pour les auditeurs et les employés de Télé-Québec, Mme Beaugrand-Champagne a décidé de rétablir les faits en femme d'information qu'elle a toujours été. «Je ne ferai pas de grande déclaration. Je crois en la vérité. Je crois dans l'information correcte et j'ai le respect des lecteurs, des auditeurs, des téléspectateurs et des employés de Télé-Québec. C'est pour eux que je le fais, pour qu'ils soient en mesure de juger et de comprendre les articles publiés et les interviews qui sont données», a expliqué Mme Beaugrand-Champagne hier au Devoir.

Le Devoir publie aujourd'hui en page Idées le document en dix points dans lequel Paule Beaugrand-Champagne déconstruit la démonstration chiffrée de la ministre de la Culture. Il ne s'agit pas d'une réplique à la ministre: «Ce sont des affirmations», a précisé la p.-d.g. congédiée il y a deux semaines.

Et les erreurs de faits de Line Beauchamp sont nombreuses, a précisé Mme Beaugrand-Champagne, qui ne s'explique toutefois pas une telle attitude de la part de la ministre. «Je m'en désole», a-t-elle même laissé tomber.

Le premier élément souligné concerne le nombre d'heures d'émissions produites par Télé-Québec. La ministre de la Culture martèle sur toutes les tribunes qu'il ne s'agit que de 70 heures par année alors que Mme Beaugrand-Champagne explique que la ministre «oublie» 179 autres heures. Le vrai total serait donc 248 heures d'émissions maison. «Si c'était 70 heures, j'aurais du monde assis dans la cafétéria à tricoter», a tranché Mme Beaugrand-Champagne.

Elle corrige également le montant de la subvention annuelle accordée. «Télé-Québec ne reçoit pas 57,6 millions en subvention de fonctionnement mais 53,9 millions (la différence est une subvention réservée au service de la dette et ne peut d'aucune façon être transférée aux opérations)», écrit Paule Beaugrand-Champagne, ajoutant: «Cette subvention ne sert pas seulement à produire des émissions maison: mettre face à face 70 heures de production autonome et 57 millions dépasse l'entendement.»

Elle confirme par ailleurs l'information révélée plus tôt cette semaine par Le Devoir selon laquelle le scénario d'une résiliation du bail, provoquée par la privatisation de la production télévisuelle, coûterait au gouvernement «une fortune», soit 48 millions. En réaction, la ministre Beauchamp avait affirmé lundi au Devoir n'avoir jamais eu connaissance de cette somme. Or cela correspond au loyer de 2005 à 2019.

«C'est exactement le bon chiffre. Il y aurait des négociations, mais il n'y a pas un propriétaire au monde qui laisserait aller 48 millions en disant "merci beaucoup"», a fait valoir Mme Beaugrand-Champagne.

À ce chapitre, la ministre Beauchamp privilégierait une sous-location des studios et des bureaux. Mais voilà, c'est déjà le cas à l'heure actuelle. La sous-location est une voie empruntée depuis 1995 avec une accélération au cours des dernières années.

Pour ce qui est du plan de réduction du personnel par attrition, il a été soumis par la direction générale de Télé-Québec avant même que le Groupe de travail chargé de l'examen de Télé-Québec, présidé par Claude Bédard, ne soit rendu public, en mars dernier.

L'avenir de Télé-Québec est au coeur de cette bataille de chiffres. Dans ce contexte, le rapport Bédard a-t-il été un exercice de consultation mené afin d'étayer une décision politique déjà prise? «C'est le genre de question qu'il va falloir poser à la ministre», s'est bornée à dire Mme Beaugrand-Champagne.

Chose certaine, la ministre Beauchamp souhaite mettre le rapport Bédard en application le plus rapidement possible. Mais il y a un hic d'ordre financier. Près de quatre mois après son dépôt, le rapport Bédard a peu d'alliés. Même le Conseil du trésor a de sérieuses réserves sur son application puisque la décision de confier au privé l'ensemble de la production d'émissions coûterait plus de 70 millions (bail de 48 millions et indemnités de départ de 23 millions), comme Le Devoir le révélait lundi.

Le «virage», également appelé «modernisation» de Télé-Québec, est confié à Michèle Fortin, longtemps associée à Radio-Canada. Ce «regard neuf» signifie-t-il un démantèlement à moyen terme de Télé-Québec? La p.-d.g. sortante refuse de prêter quelque intention que ce soit à quiconque. «Démantèlement, c'est un mot un peu galvaudé, mais ça traîne dans le paysage depuis 35 ans. De nombreuses personnes dans chacun des gouvernements ont un jour pensé à démanteler Télé-Québec ou à réduire son importance. Mme Beauchamp n'a jamais dit qu'elle voulait la privatisation de Télé-Québec», a noté Mme Beaugrand-Champagne.






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