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Le FIJM à p'tit budget

Serge Truffaut   30 juin 2005 
Champion, c’est lui. Le DJ et guitariste montréalais animera avec son band, les G-Strings, le grand show gratuit de mardi prochain, qui se déroulera en plein air dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal, qui s’ouvre ce soir.
Photo : Jacques Nadeau
Champion, c’est lui. Le DJ et guitariste montréalais animera avec son band, les G-Strings, le grand show gratuit de mardi prochain, qui se déroulera en plein air dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal, qui s’ouvre ce soir.
Aujourd'hui, le vénérable patron de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, va augmenter le loyer de l'argent de 25 points. Avant-hier, le litre d'essence a été majoré de façon si prononcée qu'il faut débourser un dollar et deux cents pour faire huit coins de rue, éviter quatorze piétons et encadrer trois vélos. Ajoutons que puisque les salaires se conjuguent désormais avec déflation, nous sommes condamnés au statut du p'tit budget.

Ray Davies, le chanteur des Kinks, le compositeur de Lola, Sunny Afternoon et London Song, y a vu. À quoi? À la déflation. Il en a fait une chanson dans laquelle il détaille qu'étant un low budget, il est dans l'obligation de fréquenter Woolworth, le Wal-Mart des Brits. Bon, tout ça pour introduire la programmation p'tit budget du 26e Festival international de jazz de Montréal.

Avant d'amorcer la promenade dans les méandres des séries gratuites, deux précisions méthodologiques. Étant une nullité sur bien des fronts musicaux, on a fait appel aux connaissances des collègues Sylvain Cormier et Bernard Lamarche. Bref, on a socialisé les informations, les délits d'initiés (pas ceux de l'argent, évidemment). Ensuite? Tous les choix sont concentrés en soirée, entre 18h et minuit pour être exact. Une dernière chose: Alan Greenspan, lorsqu'il était jeune, a longuement hésité entre la carrière d'économiste et celle de clarinettiste de jazz. C'est sérieux! Maman n'ayant guère apprécié, il a choisi ce que l'on sait.

L'aubaine Eric Bibb

Comme le sujet de l'argent est récurrent dans le blues, allons-y pour souligner d'emblée que l'aubaine de cette année s'appelle Eric Bibb. La guitare toujours acoustique et les phrases qu'on construit avec des mots toujours bien ciselés, Bibb en a fait sa marque de commerce. Avec Corey Harris, Alvin Youngblood et Guy Davis, il a renouvelé le genre du blues non électrifié. Il joue toujours en solo.

Le même soir, mais après Bibb, il y a le Jaipur Kawa Brass Band. Les membres de cette grande formation viennent tous de l'Inde. Dire cela, c'est indiquer que cet orchestre marie les singularités de la musique de la plus grande démocratie du monde avec celles d'une des plus anciennes, les États-Unis, évidemment. Selon Cormier, le résultat est fracassant.

Pianiste originaire de la Saskatchewan, Jon Ballantyne est le secret le mieux gardé du jazz canadien. Après avoir joué avec des grands comme le saxophoniste Joe Henderson, il s'est installé à New York, où il vit depuis plusieurs années. Bref, il a eu le courage de plonger dans la jungle du jazz. Son jeu est aussi aguerri que moderne. Après lui, il faut aller à la rencontre de Michael Jerome Browne qui, après un très long séjour au sein du Stephen Barry Blues Band, s'est consacré au bluegrass. C'est toujours rafraîchissant.

Parole du collègue Cormier, le trio Plaster est un des meilleurs représentants de cette catégorie où le groove côtoie le mixage funky, ou vice-versa. Plaster, ce sont un claviériste, un batteur et un bassiste. Les Moonlight Girls, c'est la nostalgie de ces quatuors vocaux des années 40, des Andrews Sisters et consorts. Ça devrait donc être haut en couleur.

Tortured Soul, soit, littéralement, l'âme déchirée, est un groupe versé dans le soul, celui qui a fait la réputation musicale de Detroit. Avec eux, il n'y a ni bidouillage, comme disent les jeunes, ni samplers. Ils défendent le dénuement. The Bomb Squad? Selon Lamarche, c'est du funk qui aiguise les muscles de la tête aux pieds.

Les musiciens de Platinum Pied Pipers, eux, viennent de Detroit. Allons-y avec une lapalissade: ils sont très versés dans le rhythm'n'blues, le Motown, qu'ils défendent avec vigueur et enthousiasme. Artist of the Year? Ceux-là sont des Montréalais. Selon Lamarche, «ils font avec le glitch des choses dont on n'a pas idée». Le glitch? De quoi t'est-ce? Il paraît que c'est le swing des bruits. Comprenne qui pourra.

Fredrik Lundin est un saxophoniste norvégien plein d'admiration pour le chanteur de blues Leadbelly. Récemment, il a consacré tout un album aux thèmes favoris de ce pionnier du blues du delta. Cette production a ceci de très étonnant qu'elle est plus moderne que respectueuse.

Dans la série blues, quatre noms sont à retenir: Eddie Shaw, Jack De Keyser, Mem Shannon et Jimmy Johnson. Ce dernier s'est fait connaître lors de la parution, à la fin des années 70, d'une série de quatre albums intitulée The Chicago Blues sur étiquette Alligator. C'est à cette époque que le blues à la Johnson a eu un écho retentissant. Il est un défendeur de la légèreté. Il est davantage blues du Midwest que blues de Chicago. Quoi d'autre? C'est un vieux pro. Il ne déçoit jamais.

Eddie Shaw... enfin! Cela fait bien longtemps que ce chaleureux saxophoniste, fier représentant du style dit West Side de Chicago, n'était pas venu à Montréal. Vétéran d'un blues qui disparaît lentement, Shaw déploie une énergie à laquelle personne n'échappe. Il chante avec puissance, joue avec beaucoup d'aisance, en plus d'avoir fondé un groupe qui joue toujours très tight.

Quoi d'autre? Le grand show gratuit du mardi 5 juillet sera animé, monté et signé par Champion et ses G-Strings. Selon les jeunesses expertes en DJ, Champion est la vedette montante du style «t'sais genre comme, mettons». Yo!






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