Lettres: La bêtise et le chou
Louis Bourque - Le 27 juin 2005
30 juin 2005
Je crois que le discours entourant le développement du Casino de Montréal et la création d'une infrastructure ludique démontre avant tout notre capacité de mystification des phénomènes économiques, celle de nous prendre au jeu.
Intuitivement, j'avancerais d'abord que le «développement économique» repose sur les qualités d'oeuvre, contraires au désoeuvrement, et nécessite une mesure de l'utilité de l'activité humaine productive. Tout aussi intuitivement, j'avancerais qu'il convient de distinguer, à l'égard de la chaîne économique, les concepts de production de richesse, de dynamisation économique et de rassemblement de capitaux, souvent confondus avec le financement, comme simple permission de produire.
Or la construction d'un casino nous renseigne admirablement sur la perte possible du lien qui doit exister entre la permission de produire et la valeur utile de cette production. J'entends ici que le casino est une perte sèche et que n'importe quel prétexte — même la guerre — peut servir à produire un dynamisme économique. Aussi bien en saisir un qui soit socialement utile.
La principale utilité du casino serait précisément de démontrer l'état de stagnation, de concentration et d'abstraction économiques dans lequel se trouve actuellement le capital: la profitabilité d'une futilité, aussi importante soit-elle, démontre avant tout la désintégration de la structure économique, du tissu social, comme elle démontre l'inadéquation de la production qui, lorsque adéquate, se diversifie entre demande et offre, démocratisant la production.
Un second amalgame mériterait ici d'être défait, celui qui consiste à agencer jeu, divertissement et culture. Divertissement et culture ont des valeurs et des potentiels distincts! La culture possède une valeur capitale que vient seulement soutenir le divertissement. Comment ne pas souligner, donc, le rôle capital d'une oeuvre comme la Grande Bibliothèque et fonder en une futilité, en le désoeuvrement, l'espoir d'une revitalisation urbaine? La culture est l'essence même de l'économie, ancienne et nouvelle; comment négliger son développement davantage qu'en dépensant cinq fois le coût de la GBQ dans une aventure ludique?
Enfin, puisqu'il convient souvent de s'assurer que notre gouvernement ne commette pas d'actes de mépris, je ferais l'éloge de la redécouverte du pouvoir de taxer. L'essor du jeu ne démontre-t-il pas la légitimité d'adopter des moyens sûrs pour faire passer des billets de main en main? Face à la grossièreté de la chose, j'exige que le gouvernement modifie explicitement sa conception du développement économique et social. On ne saurait confondre la poudre aux yeux et le développement de nos enfants, de nos aptitudes, de notre sociabilité.
Intuitivement, j'avancerais d'abord que le «développement économique» repose sur les qualités d'oeuvre, contraires au désoeuvrement, et nécessite une mesure de l'utilité de l'activité humaine productive. Tout aussi intuitivement, j'avancerais qu'il convient de distinguer, à l'égard de la chaîne économique, les concepts de production de richesse, de dynamisation économique et de rassemblement de capitaux, souvent confondus avec le financement, comme simple permission de produire.
Or la construction d'un casino nous renseigne admirablement sur la perte possible du lien qui doit exister entre la permission de produire et la valeur utile de cette production. J'entends ici que le casino est une perte sèche et que n'importe quel prétexte — même la guerre — peut servir à produire un dynamisme économique. Aussi bien en saisir un qui soit socialement utile.
La principale utilité du casino serait précisément de démontrer l'état de stagnation, de concentration et d'abstraction économiques dans lequel se trouve actuellement le capital: la profitabilité d'une futilité, aussi importante soit-elle, démontre avant tout la désintégration de la structure économique, du tissu social, comme elle démontre l'inadéquation de la production qui, lorsque adéquate, se diversifie entre demande et offre, démocratisant la production.
Un second amalgame mériterait ici d'être défait, celui qui consiste à agencer jeu, divertissement et culture. Divertissement et culture ont des valeurs et des potentiels distincts! La culture possède une valeur capitale que vient seulement soutenir le divertissement. Comment ne pas souligner, donc, le rôle capital d'une oeuvre comme la Grande Bibliothèque et fonder en une futilité, en le désoeuvrement, l'espoir d'une revitalisation urbaine? La culture est l'essence même de l'économie, ancienne et nouvelle; comment négliger son développement davantage qu'en dépensant cinq fois le coût de la GBQ dans une aventure ludique?
Enfin, puisqu'il convient souvent de s'assurer que notre gouvernement ne commette pas d'actes de mépris, je ferais l'éloge de la redécouverte du pouvoir de taxer. L'essor du jeu ne démontre-t-il pas la légitimité d'adopter des moyens sûrs pour faire passer des billets de main en main? Face à la grossièreté de la chose, j'exige que le gouvernement modifie explicitement sa conception du développement économique et social. On ne saurait confondre la poudre aux yeux et le développement de nos enfants, de nos aptitudes, de notre sociabilité.
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