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Agora: Le choix d'intégrer le privé

29 juin 2005 
Plusieurs intervenants ont manifesté une vive inquiétude à la suite de la décision de la Cour suprême du Canada d'ouvrir une brèche dans le système public de soins de santé. Médecine de riches, fuite des spécialistes vers le privé, allongement des listes d'attente, enrichissement de compagnies au détriment des besoins de la population: tous les arguments invoqués semblent pertinents et suscitent une méfiance extrême.

Ce qui m'apparaît plus inquiétant encore, c'est notre obstination chronique à refuser de reconnaître les faits. Notre cher système (au propre comme au figuré) s'est déjà écroulé! Les listes d'attente ont déjà atteint un seuil inacceptable. Des spécialistes sont déjà retirés du système et opèrent moyennant quelques milliers de dollars. D'autres, insatisfaits de leurs conditions de travail, s'exilent déjà vers des cieux plus intéressants. L'État réfère régulièrement des cas de diagnostic et de traitement aux cliniques privées (CSST ou SAAQ). La croissance de l'éléphantesque budget annuel consacré à la santé et aux services sociaux gruge déjà une part tout aussi croissante des budgets des autres fonctions essentielles de l'État telles que la justice, l'environnement ou les infrastructures.

Mais comment imaginer les solutions les plus appropriées si nous nous refusons à définir le problème? Depuis plus d'une décennie, la moindre tentative en ce sens provoque cris et hurlements. Nous agissons comme si nous voulions protéger à tout prix un système exceptionnel. En conséquence, le premier problème à résoudre, c'est le déni. À cet égard, la palme des visions voilées revient au ministre fédéral de la Santé, Ujjal Dosanjh, qui aurait déclaré en réaction au jugement de la Cour suprême: «Il ne faut pas tirer des conclusions trop hâtives voulant que nous ayons déjà un régime de soins à deux vitesses. Cela n'arrivera pas au Canada.» Première solution: se sortir la tête du sable, ouvrir les yeux et admettre les évidences. Tous les scénarios subséquents dépendent directement de cette première étape.

Reconnaissons également que nous sommes difficiles à contenter. Nous exigeons les meilleurs équipements, les médicaments les plus efficaces. Nous voulons voir chaque cas individuel traité avec tous les moyens disponibles. Mais il n'est absolument pas question d'augmenter le fardeau des contribuables. Donc, soyons clairs: nous avons collectivement besoin de plus d'argent mais nous refusons tout aussi collectivement d'augmenter nos contributions.

Une partie de la solution se trouve-t-elle dans une collaboration plus importante du secteur privé au système de santé? Je crois que oui, mais à une condition: une introduction du privé au sein du système public plutôt qu'une implantation graduelle mais solide d' un système parallèle.

L' État est imputable de l'efficacité globale du système de santé; c'est pourquoi il doit en garder le contrôle et en définir les orientations. Il doit déterminer les secteurs où une complémentarité peut s'exercer et s'assurer que les ressources disponibles fournissent une contribution équitable aux différentes clientèles.

Soyons réalistes: quels choix s'offrent à nous? Peut-on, le temps d'une réflexion, retirer les lunettes roses du bout de notre nez, les remplacer par une paire de lunettes vertes (pourquoi pas?) et imaginer sereinement le réaménagement du système de santé d'une société prospère? Et cette prospérité, elle repose sur l'esprit d'initiative et la contribution tout aussi importante des secteurs public et privé.






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