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Lettres: Une Saint-Jean sous le signe du capitalisme

25 juin 2005 
Alors qu'une vague de privatisations déferle sur le Québec, Les Cowboys fringants se mettent de la partie en nous concoctant cette année une Saint-Jean-Baptiste privée, donc monnayable. Certes, l'actuelle Fête nationale publique bat de l'aile. Organisée sans grande conviction par ce valeureux gouvernement libéral qui n'a pas manqué de lui amputer une partie de ses revenus, la commémoration de notre culture commune ressemble de plus en plus à un mauvais show. Elle a perdu son sens politique et identitaire en même temps que ses grands artistes rassembleurs.

Cette décadence de la Saint-Jean-Baptiste doit certainement susciter une réflexion sur l'identité québécoise qui, sous l'effet narcotique de la perte de sens généralisée, tend à se noyer dans le flot des promesses matérielles. Le désir des Cowboys fringants et de leurs amis de s'engager dans la réhabilitation d'une Saint-Jean-Baptiste politique, socialiste, écologique et souverainiste demeure un projet louable. En effet, trop nombreux sont les artistes aujourd'hui qui préfèrent demeurer à l'écart des questions sociales et politiques en se confortant dans le nid douillet du succès commercial et médiatique.

En ce sens, Les Cowboys fringants font exception. Seulement, peut-être ne se rendent-ils eux-mêmes pas compte que l'avenue alternative proposée réfute symboliquement et globalement leurs idéaux démocratiques, écologistes et humanistes. En faisant payer les Québécois de 25 à 30 $ pour assister à la commémoration de leur propre identité culturelle, ces jeunes artistes fringants s'inscrivent dans l'histoire: dorénavant, nous magasinerons notre fête nationale avant de l'acheter et de la consommer.

Ces artistes «engagés» s'approprient aujourd'hui un symbole culturel avant de le revendre, comme s'il s'agissait d'un produit usiné, commercialisé et vendu à de simples consommateurs en quête d'idéaux. Ceux qui en auront les moyens se paient donc une fête de la Saint-Jean-Baptiste de luxe, discours politiques en prime. Pour les autres, ce sera le show édulcoré qu'on connaît. Pourtant, tôt ou tard, nous devrons nous rendre à l'évidence: le patriotisme, comme l'amour et le bonheur, ne s'achète pas. Il se cultive dans le coeur et dans l'esprit. Ce destin commun qui nous lie dans le passé comme dans le futur en tant que nation est une résultante commune. Ce n'est certainement pas l'affaire d'une poignée d'artistes déguisés en hommes d'affaires.






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