Qui a peur des sans-statut?
Mohamed Lotfi - Journaliste et réalisateur radio
25 juin 2005
Ce n'est pas tous les jours qu'une centaine d'hommes et de femmes décident de marcher durant huit jours pour défendre une cause. Des citoyens du Québec le font depuis le 18 juin en traversant à pied villes et villages, de Montréal jusqu'à Ottawa où, aujourd'hui même, se retrouveront des centaines de personnes de partout du Canada pour une grande manifestation devant la Chambre des communes.
La marche rappelle quatre revendications: la régularisation de toutes les personnes sans statut (200 000 au Canada), la fin des expulsions, la fin des détentions des migrants, immigrants et réfugiés ainsi que l'abolition des certificats de sécurité.
Se cacher
Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette marche n'aura pas causé un vacarme médiatique; pourtant, l'enjeu qu'elle soulève nous concerne tous. L'avenir du Québec et du Canada repose aussi sur ces immigrants sans statut et leurs enfants qui partagent les bancs d'école avec les nôtres. Mine de rien, ils font partie de nous. «Il suffit d'ouvrir les yeux», me disait une des organisatrices de la marche.
Les amis de ces personnes, les amoureux et amoureuses de ces personnes partagent leur insécurité, leurs souffrances, parfois leurs joies, leur vie. A-t-on idée de ce que cela signifie, 200 000 personnes non régularisées au Canada? Cela signifie que ces gens sont sans accès normal aux soins de santé, sans vie normale. Certains doivent vivre en cachette; d'autres ont des enfants nés ici mais sans les mêmes droits que les autres enfants.
Citons le cas d'une Algérienne. Arrivée il y a 13 ans au Québec avec son mari, elle a aujourd'hui cinq enfants, tous nés ici, mais elle n'est toujours pas régularisée. Pire, elle est menacée d'expulsion avec son mari et ses enfants.
Pourquoi ce silence?
Je ne comprends pas le silence des médias à propos de cette marche: à peine quelques images aux téléjournaux et un petit reportage à la radio nationale. Faut-il attendre d'avoir un problème avec les autorités policières pour que, tout d'un coup, la marche existe? On a attendu que Mohamed Cherfi se réfugie dans une église pour s'intéresser à son sort! Des familles entières se réfugient pendant des mois dans les sous-sols d'église avant qu'on n'évoque leurs problèmes. N'est-ce pas ridicule d'avoir peur de personnes qui ont encore plus peur que nous?
La marche «Personne n'est illégal» souligne le dixième anniversaire de la marche «Du pain et des roses», une autre marche historique. Ces deux marches revendiquent simplement la dignité: la première contre la pauvreté, la deuxième contre l'insécurité, la peur et la pauvreté.
Cependant, contrairement à la marche «Du pain et des roses», aucun artiste, aucune personnalité célèbre n'a pris part à la marche «Personne n'est illégal» pour lui donner un minimum de visibilité. Pourtant, quelle belle et noble cause! Pourquoi ce silence, j'ose dire cette méfiance?
Jean (Leloup) Leclerc est sorti de sa cachette pour faire une sortie médiatique pour deux amis arrêtés et détenus. Sans lui, je n'en aurais jamais entendu parler. Bravo pour l'amitié. Les sans-statut, eux, ont le malheur de ne pas avoir comme amis Jean Leclerc, Paul Piché, Dan Bigras ou quelque personnalité publique que ce soit, pour qui les micros s'ouvrent plus facilement.
Les sans-statut ont comme amis des étudiants qui, depuis des mois, se donnent corps et âme pour rendre possible une marche pacifique de grande envergure. Ni les certificats de sécurité ni les mises en scène de peur ne les impressionnent. La marche «Personne n'est illégal» entrera désormais dans l'histoire autant par la cause qu'elle défend que par cette volonté titanesque d'une trentaine de jeunes d'améliorer le sort de leurs prochains. Quels que soient les résultats de cette marche, ses jeunes organisateurs, membres de la coalition Solidarité sans frontières, me rassurent un peu sur l'avenir, et je leur dis merci. Un peu, c'est déjà beaucoup.
La marche rappelle quatre revendications: la régularisation de toutes les personnes sans statut (200 000 au Canada), la fin des expulsions, la fin des détentions des migrants, immigrants et réfugiés ainsi que l'abolition des certificats de sécurité.
Se cacher
Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette marche n'aura pas causé un vacarme médiatique; pourtant, l'enjeu qu'elle soulève nous concerne tous. L'avenir du Québec et du Canada repose aussi sur ces immigrants sans statut et leurs enfants qui partagent les bancs d'école avec les nôtres. Mine de rien, ils font partie de nous. «Il suffit d'ouvrir les yeux», me disait une des organisatrices de la marche.
Les amis de ces personnes, les amoureux et amoureuses de ces personnes partagent leur insécurité, leurs souffrances, parfois leurs joies, leur vie. A-t-on idée de ce que cela signifie, 200 000 personnes non régularisées au Canada? Cela signifie que ces gens sont sans accès normal aux soins de santé, sans vie normale. Certains doivent vivre en cachette; d'autres ont des enfants nés ici mais sans les mêmes droits que les autres enfants.
Citons le cas d'une Algérienne. Arrivée il y a 13 ans au Québec avec son mari, elle a aujourd'hui cinq enfants, tous nés ici, mais elle n'est toujours pas régularisée. Pire, elle est menacée d'expulsion avec son mari et ses enfants.
Pourquoi ce silence?
Je ne comprends pas le silence des médias à propos de cette marche: à peine quelques images aux téléjournaux et un petit reportage à la radio nationale. Faut-il attendre d'avoir un problème avec les autorités policières pour que, tout d'un coup, la marche existe? On a attendu que Mohamed Cherfi se réfugie dans une église pour s'intéresser à son sort! Des familles entières se réfugient pendant des mois dans les sous-sols d'église avant qu'on n'évoque leurs problèmes. N'est-ce pas ridicule d'avoir peur de personnes qui ont encore plus peur que nous?
La marche «Personne n'est illégal» souligne le dixième anniversaire de la marche «Du pain et des roses», une autre marche historique. Ces deux marches revendiquent simplement la dignité: la première contre la pauvreté, la deuxième contre l'insécurité, la peur et la pauvreté.
Cependant, contrairement à la marche «Du pain et des roses», aucun artiste, aucune personnalité célèbre n'a pris part à la marche «Personne n'est illégal» pour lui donner un minimum de visibilité. Pourtant, quelle belle et noble cause! Pourquoi ce silence, j'ose dire cette méfiance?
Jean (Leloup) Leclerc est sorti de sa cachette pour faire une sortie médiatique pour deux amis arrêtés et détenus. Sans lui, je n'en aurais jamais entendu parler. Bravo pour l'amitié. Les sans-statut, eux, ont le malheur de ne pas avoir comme amis Jean Leclerc, Paul Piché, Dan Bigras ou quelque personnalité publique que ce soit, pour qui les micros s'ouvrent plus facilement.
Les sans-statut ont comme amis des étudiants qui, depuis des mois, se donnent corps et âme pour rendre possible une marche pacifique de grande envergure. Ni les certificats de sécurité ni les mises en scène de peur ne les impressionnent. La marche «Personne n'est illégal» entrera désormais dans l'histoire autant par la cause qu'elle défend que par cette volonté titanesque d'une trentaine de jeunes d'améliorer le sort de leurs prochains. Quels que soient les résultats de cette marche, ses jeunes organisateurs, membres de la coalition Solidarité sans frontières, me rassurent un peu sur l'avenir, et je leur dis merci. Un peu, c'est déjà beaucoup.
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