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Un Las Vegas pour Montréal

Le Cirque du Soleil investit son savoir-faire dans le projet de déménagement du casino, mais pas un sou

Guillaume Bourgault-Côté   23 juin 2005 
À la manière d’un Steve Jobs chez Apple, en bras de chemise et devant des projections multimédia, le p.-d.g. de Loto-Québec, Alain Cousineau, et celui du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, ont présenté hier les plans d’un casino déménagé au b
Photo : Jacques Nadeau
À la manière d’un Steve Jobs chez Apple, en bras de chemise et devant des projections multimédia, le p.-d.g. de Loto-Québec, Alain Cousineau, et celui du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, ont présenté hier les plans d’un casino déménagé au b
Si le gouvernement l’approuve, le projet de déménagement du Casino de Montréal de l’île Notre-Dame vers le bassin Peel deviendra le prétexte pour créer un gigantesque «complexe de divertissement» et de consommation de calibre international qui donnera à Montréal et à Pointe-Saint-Charles des airs de Las Vegas, d’autant plus que c’est le Cirque du Soleil qui réglera l’ensemble de la conception du site, avec droit de regard sur la gestion artistique future du complexe. Le Cirque du Soleil (CS) devient donc le premier partenaire privé officiellement engagé dans ce projet de 1,175 milliard de dollars... et ce, sans investir un sou dans l’aventure.

Ce que le CS avance plutôt, c’est son nom, son expertise, ses contacts et son goût des grandeurs: le complexe tel qu’imaginé à l’heure actuelle intégrera à un nouveau casino d’un seul étage (sans augmentation de l’offre de jeu, assure Loto-Québec) une salle de spectacle de 2500 places — la deuxième en importance à Montréal —, un hôtel avant-gardiste de 300 chambres, des espaces de création et de diffusion pour artistes, un spa submergé, des locaux commerciaux, un centre de foires (non-compris dans le budget), une marina au bassin Wellington et une scène extérieure qui servira notamment à accueillir les chapiteaux du Cirque du Soleil lorsque celui-ci sera en ville (le président et fondateur du CS, Guy Laliberté, a confirmé qu’il n’y aurait pas de spectacle permanent à Montréal, le marché étant jugé trop petit).
Le site s’étendrait sur 2,5 millions de pieds carrés, ce qui nécessitera la construction d’un monorail de cinq stations. Près de 4000 places de stationnement seront aussi aménagées, dont 1000 sur le site actuel d’un Costco que Loto-Québec s’est engagé à relocaliser à ses frais. Au total, quelque 6450 emplois directs ou indirects s’ajouteraient aux 3000 déjà existants. La période de construction jusqu’à l’ouverture, souhaitée pour 2010, pourrait occuper 14 200 travailleurs.
Au chapitre du financement, la société d’État assurerait une contribution de 997 millions tandis que le secteur privé devrait fournir 178 millions, une part que le gouvernement souhaiterait voir augmenter, a-t-on confirmé hier. «L’investissement se situe à l’intérieur des capacités financières de Loto-Québec, a affirmé Alain Cousineau, président-directeur général de Loto-Québec. Il n’ajouterait pas à la dette du Québec.»
Loto-Québec prendrait ainsi à sa charge le coût de construction du casino et de ses équipements afférents alors que le privé assumerait le coût des équipements complémentaires (hôtel, spa, salle de spectacle, monorail). Pour l’instant, aucun investisseur privé n’a confirmé sa participation à un projet qui demeure hypothétique (exception faite du diffuseur qui s’occupera de la salle de spectacle), mais chez Loto-Québec, on assure avoir «l’embarras du choix».
Quant à lui, le Cirque du Soleil sera responsable de toute la conception artistique du projet. «Il sera le concepteur, le directeur créatif et artistique du complexe de divertissement dans son ensemble. Il l’animera, lui donnera son cachet: tout portera la signature du Cirque», a déclaré M. Cousineau, hier, au cours d’une grande conférence de presse qui portait en elle-même le sceau de la multinationale. En effet, sur fond de projection multimédia et d’éclairage bleuté, la présentation du projet de déménagement s’est faite en «bras de chemise», façon Steve Jobs, de la société Apple.
À titre de concepteur (seul le «Quai des artistes» fera l’objet d’un concours d’architecture), le CS sera rémunéré par Loto-Québec à même le budget prévu de près de un milliard. Le porte-parole de Loto-Québec n’a pas pu préciser hier la part exacte qui sera versée au CS, qui s’est aussi réservé «plusieurs options d’investissement», selon Guy Laliberté, tout en garantissant à Loto-Québec qu’il pourra appeler des investisseurs étrangers à participer au projet.
En ce qui concerne la gestion future des installations, le CS a confirmé qu’il aurait une forme de droit de regard artistique sur tout ce qui sera présenté au Casino afin que, encore une fois, la signature du Cirque du Soleil ne soit pas trahie. C’est d’ailleurs Clear Channel, une entreprise avec laquelle la multinationale fait déjà affaire, qui s’occupera de l’exploitation de la salle de spectacle. «Le centre de spectacle [...] visera à accueillir des projets de spectacle de music-hall offerts dans les grandes villes du monde et qui ne peuvent être présentés à Montréal actuellement», a expliqué Guy Laliberté, en mentionnant que la porte serait aussi ouverte aux producteurs locaux.

Approbation
Mais aussi spectaculaire soit-il, ce projet pourrait bien ne jamais voir le jour. Il doit en effet être approuvé par le gouvernement, qui vient de mettre sur pied un comité interministériel chargé d’évaluer les impacts du déménagement. Si le gouvernement donne son accord, des consultations publiques seront ensuite tenues au niveau municipal.
Loto-Québec devra aussi soumettre au gouvernement un plan B, celui du maintien du casino à son emplacement actuel. Mais selon Alain Cousineau, celui-ci n’est pas viable. Le marché des casinos s’étant beaucoup développé depuis quelques années, le succès de ce type d’entreprise réside maintenant dans les «complexes intégrés» qui proposent une panoplie d’à-côtés.
Sans offrir les mêmes avantages que l’emplacement du bassin Peel (près de la rue Bridge et du pont Victoria), un agrandissement du casino actuel coûterait environ 700 millions, selon Loto-Québec. Et d’après M. Cousineau, il y aurait encore des contraintes d’espace qui nuiraient au «potentiel d’attraction» et réduiraient les revenus.
Le nouveau casino devrait pour sa part faire passer la fréquentation annuelle de 6,2 millions à neuf millions de personnes (c’est le marché international qui est visé). L’exploitation rapporterait au gouvernement 25 millions de plus qu’à l’heure actuelle (Loto-Québec prévoit une injection annuelle de 150 millions dans le PIB québécois, plus des retombées de 120 millions des activités périphériques).
Pour la société d’État, le terrain choisi a tous les atouts recherchés: il est enclavé, situé près du coeur touristique de la ville et éloigné des zones résidentielles. Et, surtout, les terrains sont disponibles: la société d’État aurait conclu avec les propriétaires actuels (dont le Canadien National) des ententes qui couvrent 96 % du territoire convoité. Le prix d’achat et de décontamination de ces terrains est compris dans l’enveloppe de 997 millions.
Quant à l’exploitation d’un centre de foire en marge du grand site, Alain Cousineau reconnaît qu’il s’agit là d’une activité qui ne relève pas du mandat de Loto-Québec, mais il estime que le développement économique généré pourrait justifier l’opération.

Craintes
Consciente des craintes que soulève l’idée du déménagement du casino dans ce quartier plutôt défavorisé de l’ouest de Montréal (des citoyens du secteur ont d’ailleurs manifesté hier matin pour dénoncer les impacts sociaux négatifs d’un tel projet), Loto-Québec a pris soin de réitérer son ouverture à discuter avec les acteurs concernés. M. Cousineau a ainsi parlé d’une politique d’embauche spéciale pour les résidants du secteur, et a aussi prévu une fenêtre pour la construction possible de 800 logements abordables en bordure du site.
La Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Tourisme Montréal ont pour leur part donné leur appui au projet, de même que Lucien Bouchard, coprésident de la Société du Havre, qui l’a jugé «extrêmement intéressant» pour le secteur.
La Ville de Montréal a quant à elle évitée de prendre position, estimant qu’il faut maintenant passer au stade de l’analyse des impacts avant d’aller plus loin. Même chose à Québec. «C’est au tour du comité interministériel de jouer», a mentionné Michel Rochette, du cabinet du ministre des Finances, Michel Audet. «Chacun va faire ses analyses, et on jugera ensuite.»
 
 
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