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Libre opinion: Le jupon du professeur Massicotte dépasse un peu trop

Jean-Pierre Charbonneau - Député de Borduas et ex-ministre de la Réforme des institutions démocratiques  22 juin 2005 
Le professeur Louis Massicotte, du département des sciences politiques de l'Université de Montréal, est vexé parce que je l'ai associé au Parti libéral du Québec et surtout aux manoeuvres partisanes des ministres Dupuis et Pelletier, tour à tour responsables du dossier de la réforme du mode de scrutin depuis les dernières élections générales d'avril 2003 («Quand Jean-Pierre Charbonneau déraille», Le Devoir, 17 juin 2005).

Si j'ai péché par culpabilité par association, je m'en excuse auprès de l'éminent universitaire. Toutefois, je veux lui faire remarquer que sa propre défense d'impartialité pèche aussi par des excès de discrédit ad hominem et que ce n'est pas la première fois que le très neutre professeur Massicotte s'amuse à miner publiquement ma crédibilité dans le dossier de la réforme des institutions démocratiques.

Dans son texte intitulé «Réforme du mode de scrutin: l'art de noyer le poisson», publié dans l'édition 2003 de L'Annuaire du Québec, le grand universitaire s'en est pris avec sarcasme à mes intentions affichées de faire progresser sur plusieurs fronts le débat sur la réforme des institutions démocratiques, y compris le changement du mode de scrutin dont on parle depuis 1902... Prenant à son compte les propos de quelques-uns de mes détracteurs politiques ou médiatiques, M. Massicotte a tenté de ridiculiser toute la démarche des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques que j'ai pilotée avec conviction, malgré même les réticences de certains de mes propres compagnons de route péquistes.

Reprenant à son compte la dénonciation du critique libéral de l'époque, le député Jacques Chagnon, qui présentait le chantier de réflexion démocratique que j'ouvrais de «pâté chinois», le réservé professeur agréé concluait du haut de sa chaire universitaire «qu'on voudrait noyer le poisson qu'on ne s'y prendrait pas autrement».

Engagement renié

Et aujourd'hui, le professeur Massicotte joue les vierges offensées après avoir cautionné un gouvernement qui a renié son engagement électoral de doter le Québec d'un nouveau mode de scrutin de type proportionnel pour les prochaines élections et qui, sous ses judicieux conseils d'expert, a concocté à huis clos un modèle qui, selon Pierre Serré, docteur en sciences politiques et autre éminent spécialiste des modes de scrutin, «favoriserait outrageusement le Parti libéral du Québec, écarterait le Parti québécois du pouvoir de manière permanente, favoriserait les tiers partis fédéralistes de droite tout en limitant l'influence des partis issus de forces de démocratisation de la société québécoise».

Sans compter que les conseils du professeur Massicotte ont conduit le gouvernement libéral à noyer le projet de réforme du mode de scrutin dans un avant-projet de loi omnibus de 711 articles couvrant toute une série de questions secondaires de notre code électoral, ce qui donne prétexte au Parti libéral de se presser lentement pour des changements fondamentaux qui ne seront pas en vigueur avant 2012!

À ce que je sache, si le professeur Massicotte trouve que le gouvernement libéral l'a un peu trop utilisé pour se donner une image d'objectivité, il n'a pas jugé bon de dénoncer ses maîtres qui ne se gênent pas pour se draper de l'aura de leur grand conseiller universitaire pour faire de la politique bien partisane dans ce dossier.

En fin de compte, pour celui qui prétend m'enseigner les règles cardinales de la vie en société, il y a un vieil adage sur lequel il pourrait méditer dans ses temps libres: «Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse.»
 
 
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