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Le sens du mariage

Jean Lapointe - Montréal, le 8 août 2002  5 septembre 2002 
Dans Le Devoir du 8 août 2002 («Le sens commun et les grands esprits»), Louis O'Neill nous donne l'impression de penser que parce que, jusqu'à tout récemment, le Code civil du Québec définissait le mariage comme un contrat «entre un homme et une femme qui expriment publiquement leur consentement libre et éclairé à cet égard» (article 365), que parce que le dictionnaire Quillet parle de «l'union légitime d'un homme et d'une femme» et que Le Petit Larousse dit que le mariage est «un acte solennel par lequel un homme et une femme établissent entre eux une union dont les conditions, les effets et la dissolution sont régis par les dispositions juridiques en vigueur dans leur pays», il faille considérer ces définitions comme définitives, comme étant incontestables.

M. O'Neill ne réalise-t-il pas que ces définitions ne font que refléter ce que leurs auteurs pensaient du mariage au moment où ils les ont rédigées? M. O'Neill ne réalise-t-il pas que ce n'est pas parce qu'un code civil donné et divers dictionnaires donnent une définition d'un mot que ce même mot doive nécessairement conserver ad infinitum le même sens? M. O'Neill ne réalise-t-il pas que des institutions comme le mariage ont le sens que les hommes veulent bien leur donner à une certaine époque et que, par conséquent, ce sens puisse très bien être différent à une autre époque?

J'ai comme l'impression qu'au fond, M. O'Neill déplore que l'Assemblée nationale du Québec ait décidé d'accorder les mêmes droits aux homosexuels qu'aux hétérosexuels à cause d'une certaine homophobie de sa part et qu'il essaie de se donner bonne conscience en s'appuyant sur des textes écrits à une autre époque.

Comme argument, c'est plutôt très faible, je trouve. Si M. O'Neill est vraiment contre la pleine et entière reconnaissance des homosexuels dans notre société, il faudrait qu'il trouve d'autres arguments que celui-là: la référence aux dictionnaires n'est en rien convaincante.

M. O'Neill nous dit aussi qu'il aurait quelques homosexuels parmi ses amis. Et, d'après lui, «ils ne feraient pas de leur orientation affective particulière un étendard de combat ni la composante première de leur identité».

Or, d'une part, il faudrait demander à ces messieurs qu'il dit être de ses amis si ce qu'a écrit leur ami à leur sujet est vrai. Très souvent, les homosexuels restent très discrets et ne disent pas nécessairement à tout le monde ce qu'ils font. Ce que dit M. O'Neill est peut-être une interprétation qui ne serait pas du tout conforme à la réalité. Et s'il le dit, c'est sans doute parce que cela fait son affaire à lui.

D'autre part, il est aussi possible que ce soit vrai que les amis homosexuels de M. O'Neill ne soient pas très militants. C'est leur affaire. Ce ne sont pas tous les homosexuels, hommes ou femmes, qui sont obligés de s'engager ouvertement dans le combat pour leur pleine émancipation. Mais heureusement qu'il y en a, des militants, parce qu'autrement, il n'y aurait pas grand-chose qui se ferait. Et ces amis de M. O'Neill réalisent sans doute aussi, du moins je l'espère, qu'ils bénéficient eux-mêmes des avancées obtenues grâce en particulier à l'action menée par ces militants.
 
 
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