Secteur public: rendez-vous manqué
Les espoirs d'un accord avec les enseignants et les fonctionnaires se sont évanouis
Clairandrée Cauchy
20 juin 2005
Les espoirs de règlement printanier entre le gouvernement, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et les deux syndicats de la fonction publique se sont évanouis en fin de semaine. À moins d'un très improbable revirement, le rejet de la dernière offre salariale — informelle — par la CSQ et les déclarations de la présidente du Conseil du trésor qui ne démord pas de son cadre financier initial sonnent le glas des négociations à court terme.
La grande argentière du gouvernement québécois, Monique Jérôme-Forget, s'est dite «déçue» hier de constater «l'impasse» dans les négociations. Réunis en conseil général de négociations en fin de semaine, les délégués de la CSQ ont rejeté à l'unanimité une offre «informelle» de hausse salariale de 10 %, soit 2 % de plus que la dernière offre déposée vendredi, ce qui aurait dépassé le cadre financier du gouvernement de 12,6 % en six ans (équité salariale comprise). La CSQ note que l'offre ne protège pas le pouvoir d'achat des employés.
Or la ministre n'a pas l'intention d'ouvrir les goussets davantage et nie même s'être avancée jusqu'à 10 %. «Je n'imprime pas l'argent. Je dois aller le chercher dans la poche des contribuables [...]. Je ne le fais pas par mesquinerie, mais parce que nous n'avons pas ces sommes. [...] Je suis obligée de bloquer des choses très essentielles parce que nous n'avons pas l'argent», a-t-elle expliqué hier, fermant ainsi la porte à une nouvelle offre.
Elle soutient même que le président de la CSQ, Réjean Parent, a lui-même pris l'initiative de discuter avec ses 400 membres, réunis en fin de semaine, de la perspective d'une hausse salariale de 10 %. «Les offres officielles étaient de 8 %. Je n'ai jamais ouvert plus que cela», a affirmé Mme Jérôme-Forget, qui reconnaît cependant avoir dit au président de la centrale qu'il pouvait «explorer des avenues» avec ses membres pour ensuite lui présenter une proposition officielle. «S'il était arrivé avec quelque chose comme 10 % et un règlement en bonne et due forme, manifestement je l'aurais considéré de façon importante», a toutefois ajouté la ministre, qui rejette sans détour la demande syndicale de 12 %.
À la CSQ, on maintient que la ministre avait bel et bien bonifié son offre lors d'une discussion téléphonique avec le président survenue samedi matin. On souligne que ce dernier n'aurait pas présenté à ses membres un scénario qui relève de la «fabulation».
Sans fermer définitivement la porte à des discussions estivales, la présidente du Conseil du trésor reconnaît que cette avenue est difficilement praticable. «J'ai gardé la fenêtre bien ouverte, bien longtemps. Les syndicats rencontraient leurs instances ce week-end. Je vois mal comment ils vont pouvoir convoquer ces instances pendant l'été», a déclaré Monique Jérôme-Forget.
À Philadelphie, le premier ministre Jean Charest a lui aussi rappelé que les ressources de l'État étaient «limitées» et il a plaidé pour une pause dans les négociations. «Il y aura une période d'accalmie, et nous les reprendrons quand nous estimerons que le dialogue va être plus productif», a affirmé M. Charest.
L'argent avant les élèves en difficulté
Soulignant les avancées faites à la table sectorielle de négociation avec les enseignants du primaire et du secondaire où le gouvernement proposait d'investir 100 millions d'ici quatre ans pour aider les élèves en difficulté, la ministre s'est dite «très attristée parce que toute l'affaire s'écroule à cause des salaires».
Cette insinuation a fait bondir la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Johanne Fortier. Elle juge que l'attitude de la ministre est «méprisante et arrogante» et souligne que le Conseil du trésor a lui-même téléguidé l'arrêt des pourparlers vendredi à 23h. «On s'approchait d'une proposition qui aurait été défendable et qui aurait pu être expliquée aux membres», a-t-elle fait remarquer, estimant que la ministre se sert du refus des offres salariales comme prétexte pour «empêcher d'aboutir à un règlement» sur les autres aspects de la convention.
Pour la ministre cependant, les deux fronts de la négociation ne peuvent être pris séparément: «C'est un package.»
Les négociations ont aussi été rompues du côté du collégial, où les discussions tournaient déjà en rond. «Il n'y avait pas matière à entente», a indiqué le président de la Fédération des enseignants de cégeps, Réginald Sorel, affirmant que le gouvernement est fermé aux demandes syndicales quant à la précarité des emplois et à l'embauche de nouveaux enseignants.
La présidente de la FSE-CSQ, Johanne Fortier, entend bien faire porter le poids de la rupture des négociations sur les épaules du gouvernement: «Lorsqu'on connaîtra un automne très chaotique au niveau du fonctionnement dans les écoles, j'espère que toute la population s'en souviendra pour que [le gouvernement] puisse en payer le prix et que cela ne nous retombe pas sur le dos.»
Les menaces de perturbation de la rentrée scolaire n'intimident pas la présidente du Conseil du trésor qui a adressé un avertissement aux syndicats: «Ce n'est pas parce qu'on est dans une situation de monopole et qu'on a le droit de grève, qu'on peut l'utiliser impunément», a-t-elle déclaré sans toutefois préciser de quelle façon elle pourrait intervenir pour limiter les perturbations. Le gouvernement a déjà échoué dans sa tentative légale d'empêcher les fonctionnaires de priver l'État de revenus importants par des grèves ciblées.
Le rendez-vous de l'automne
À moins d'une surprise de dernière minute, la CSQ, le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), qui représentent ensemble 175 000 employés de l'État, ont donc échoué dans leur tentative de forcer la signature d'une convention avant l'été.
Ils se joindront donc cet automne à leurs collègues de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec, de la CSN et de la FTQ, représentant environ 250 000 syndiqués du secteur public, qui préféraient mettre en marche le train des négociations seulement à l'automne.
Le président de la FTQ, Henri Massé croit que les membres de la CSQ ont bien fait de rejeter la dernière offre. «Si on veut un règlement, il faut au moins que l'ensemble du monde ait une augmentation [qui corresponde] au coût de la vie et, dans plusieurs cas, cela va prendre du rattrapage avec le secteur privé», a-t-il soutenu hier. Tout en prenant bien garde de ne pas conclure trop rapidement à l'échec des négociations printanières, M. Massé a observé que le «rapport de force est un peu plus grand» lorsque tous les syndicats négocient en même temps.
«C'est clair que cela va être difficile à l'automne», reconnaît pour sa part Mme Jérôme-Forget. «Je suis obligée d'être responsable dans cette négociation pour nous permettre d'être capables de répondre à nos obligations», conclut-elle.
La CSQ, le SFPQ et le SPGQ feront le point ce matin sur la série négociations.
Avec la Presse canadienne
La grande argentière du gouvernement québécois, Monique Jérôme-Forget, s'est dite «déçue» hier de constater «l'impasse» dans les négociations. Réunis en conseil général de négociations en fin de semaine, les délégués de la CSQ ont rejeté à l'unanimité une offre «informelle» de hausse salariale de 10 %, soit 2 % de plus que la dernière offre déposée vendredi, ce qui aurait dépassé le cadre financier du gouvernement de 12,6 % en six ans (équité salariale comprise). La CSQ note que l'offre ne protège pas le pouvoir d'achat des employés.
Or la ministre n'a pas l'intention d'ouvrir les goussets davantage et nie même s'être avancée jusqu'à 10 %. «Je n'imprime pas l'argent. Je dois aller le chercher dans la poche des contribuables [...]. Je ne le fais pas par mesquinerie, mais parce que nous n'avons pas ces sommes. [...] Je suis obligée de bloquer des choses très essentielles parce que nous n'avons pas l'argent», a-t-elle expliqué hier, fermant ainsi la porte à une nouvelle offre.
Elle soutient même que le président de la CSQ, Réjean Parent, a lui-même pris l'initiative de discuter avec ses 400 membres, réunis en fin de semaine, de la perspective d'une hausse salariale de 10 %. «Les offres officielles étaient de 8 %. Je n'ai jamais ouvert plus que cela», a affirmé Mme Jérôme-Forget, qui reconnaît cependant avoir dit au président de la centrale qu'il pouvait «explorer des avenues» avec ses membres pour ensuite lui présenter une proposition officielle. «S'il était arrivé avec quelque chose comme 10 % et un règlement en bonne et due forme, manifestement je l'aurais considéré de façon importante», a toutefois ajouté la ministre, qui rejette sans détour la demande syndicale de 12 %.
À la CSQ, on maintient que la ministre avait bel et bien bonifié son offre lors d'une discussion téléphonique avec le président survenue samedi matin. On souligne que ce dernier n'aurait pas présenté à ses membres un scénario qui relève de la «fabulation».
Sans fermer définitivement la porte à des discussions estivales, la présidente du Conseil du trésor reconnaît que cette avenue est difficilement praticable. «J'ai gardé la fenêtre bien ouverte, bien longtemps. Les syndicats rencontraient leurs instances ce week-end. Je vois mal comment ils vont pouvoir convoquer ces instances pendant l'été», a déclaré Monique Jérôme-Forget.
À Philadelphie, le premier ministre Jean Charest a lui aussi rappelé que les ressources de l'État étaient «limitées» et il a plaidé pour une pause dans les négociations. «Il y aura une période d'accalmie, et nous les reprendrons quand nous estimerons que le dialogue va être plus productif», a affirmé M. Charest.
L'argent avant les élèves en difficulté
Soulignant les avancées faites à la table sectorielle de négociation avec les enseignants du primaire et du secondaire où le gouvernement proposait d'investir 100 millions d'ici quatre ans pour aider les élèves en difficulté, la ministre s'est dite «très attristée parce que toute l'affaire s'écroule à cause des salaires».
Cette insinuation a fait bondir la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Johanne Fortier. Elle juge que l'attitude de la ministre est «méprisante et arrogante» et souligne que le Conseil du trésor a lui-même téléguidé l'arrêt des pourparlers vendredi à 23h. «On s'approchait d'une proposition qui aurait été défendable et qui aurait pu être expliquée aux membres», a-t-elle fait remarquer, estimant que la ministre se sert du refus des offres salariales comme prétexte pour «empêcher d'aboutir à un règlement» sur les autres aspects de la convention.
Pour la ministre cependant, les deux fronts de la négociation ne peuvent être pris séparément: «C'est un package.»
Les négociations ont aussi été rompues du côté du collégial, où les discussions tournaient déjà en rond. «Il n'y avait pas matière à entente», a indiqué le président de la Fédération des enseignants de cégeps, Réginald Sorel, affirmant que le gouvernement est fermé aux demandes syndicales quant à la précarité des emplois et à l'embauche de nouveaux enseignants.
La présidente de la FSE-CSQ, Johanne Fortier, entend bien faire porter le poids de la rupture des négociations sur les épaules du gouvernement: «Lorsqu'on connaîtra un automne très chaotique au niveau du fonctionnement dans les écoles, j'espère que toute la population s'en souviendra pour que [le gouvernement] puisse en payer le prix et que cela ne nous retombe pas sur le dos.»
Les menaces de perturbation de la rentrée scolaire n'intimident pas la présidente du Conseil du trésor qui a adressé un avertissement aux syndicats: «Ce n'est pas parce qu'on est dans une situation de monopole et qu'on a le droit de grève, qu'on peut l'utiliser impunément», a-t-elle déclaré sans toutefois préciser de quelle façon elle pourrait intervenir pour limiter les perturbations. Le gouvernement a déjà échoué dans sa tentative légale d'empêcher les fonctionnaires de priver l'État de revenus importants par des grèves ciblées.
Le rendez-vous de l'automne
À moins d'une surprise de dernière minute, la CSQ, le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), qui représentent ensemble 175 000 employés de l'État, ont donc échoué dans leur tentative de forcer la signature d'une convention avant l'été.
Ils se joindront donc cet automne à leurs collègues de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec, de la CSN et de la FTQ, représentant environ 250 000 syndiqués du secteur public, qui préféraient mettre en marche le train des négociations seulement à l'automne.
Le président de la FTQ, Henri Massé croit que les membres de la CSQ ont bien fait de rejeter la dernière offre. «Si on veut un règlement, il faut au moins que l'ensemble du monde ait une augmentation [qui corresponde] au coût de la vie et, dans plusieurs cas, cela va prendre du rattrapage avec le secteur privé», a-t-il soutenu hier. Tout en prenant bien garde de ne pas conclure trop rapidement à l'échec des négociations printanières, M. Massé a observé que le «rapport de force est un peu plus grand» lorsque tous les syndicats négocient en même temps.
«C'est clair que cela va être difficile à l'automne», reconnaît pour sa part Mme Jérôme-Forget. «Je suis obligée d'être responsable dans cette négociation pour nous permettre d'être capables de répondre à nos obligations», conclut-elle.
La CSQ, le SFPQ et le SPGQ feront le point ce matin sur la série négociations.
Avec la Presse canadienne
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