vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h58


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Juste le foulard

Josée Boileau   20 juin 2005 
L'avis sur les signes religieux rendu par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a été résumé de façon lapidaire la semaine dernière: le foulard islamique ne peut plus être interdit à l'école privée.

Mais cet avis s'arrime à un autre document, au titre explicite: Réflexion sur la portée et les limites de l'obligation d'accommodement raisonnable en matière religieuse. De manière encore plus ferme que lorsqu'elle avait permis, en 1995, le foulard islamique dans les écoles publiques, la Commission y démontre que l'acceptation des signes religieux n'ouvre pas, tant s'en faut, la porte à n'importe quoi.

Le principe de base est simple: «les droits et libertés sont inséparables des droits et libertés d'autrui ainsi que du bien-être général». Devant les demandes d'accommodement sur des bases religieuses, il est dès lors possible de faire valoir les contraintes excessives qui en découleraient, que ce soit du point de vue financier ou de celui d'atteintes à d'autres droits, comme l'égalité des sexes. Du coup, octroyer un lieu de prière ne va pas nécessairement de soi. Et nulle revendication religieuse ne peut interdire aux filles de suivre les mêmes cours que les garçons.

On pourra cependant déplorer que le respect de la différence ne s'étende pas à toutes les écoles privées. Ici comme dans les autres provinces, la Charte québécoise des droits donne en effet une prime à l'intégrisme. Une école réservée aux adeptes d'une religion et qui peut démontrer qu'il serait excessif pour elle de trouver des accommodements pour les tenants d'une autre confession n'aura toujours pas à s'ouvrir aux autres.

Quelle ironie! Les écoles catholiques du Québec, sous la pression de la modernisation de la société, ont dû renoncer à leur sectarisme, celui-là même qui a contribué à envoyer des générations d'immigrants dans les écoles protestantes, c'est-à-dire anglophones. Même les écoles privées catholiques se sont adaptées à cette évolution pour accueillir des enfants de toutes confessions. Les voilà maintenant tenues d'accepter des signes religieux dont elles se seraient passées.

À l'inverse, parce que des communautés, notamment chez les juifs et les musulmans, ont gardé une forte imprégnation religieuse, leurs écoles pourront rester centrées sur elles-mêmes.

C'est ici que le message de Pierre Marois, le président de la Commission des droits de la personne, doit être lu dans son entier. Le Québec a traité jusqu'à maintenant de ces questions au cas par cas, au gré des réclamations d'individus. Mais que souhaitons-nous comme société?

Or, il existe des réponses politiques à de tels enjeux. Par exemple, si la Charte permet l'existence d'écoles réservées à des confessions religieuses, l'État a-t-il à les financer?

De même, nul n'a encore pris à bras-le-corps ces histoires qu'on raconte en privé, de ces garçons qui se rebiffent devant l'autorité d'une enseignante au collégial, de ces femmes qui n'acceptent pas, à l'hôpital, qu'un homme les soigne. Incidents isolés ou qui se répandent? On l'ignore car, pour le moment, le silence sert la paix sociale. Ne serait-il pas temps, pour nos élus, de s'y intéresser avant que les crises n'éclatent?






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Betty Cohen
    Abonné
    lundi 20 juin 2005 07h45
    Vous avez entièrement raison
    « Il est essentiel, tout en gardant la notion d'accomodement raisonnable qui fait notre spécificité, de freiner -- je dirais même tuer dans l'oeuf -- tout velleité d'aller plus loin. L'expérience française est édifiante à cet égard. Il n'en tient qu'à nous d'en surveiller l'évolution afin d'éviter les mêmes dérives. Il faut donc, d'emblée établir les règles concernant le sport à l'école, les soins dans les hôpitaux et toutes les questions rattachées à la pratique d'une religion.

    Je pense aussi que toute école confessionnelle privée devrait pouvoir s'autofinancer, pour deux raisons. La première est que les finances gouvernementales, déjà limitées, devraient être consacrées à la promotion de la société que nous avons choisie en élisant ce gouvernement. La seconde est qu'une telle contrainte serait le seul moyen de ramener les enfants vers les écoles et une éducation plus ouverte qui, avec le temps, suscitera peut-être un questionnement et un changement d'attitude chez les générations suivantes.

    Merci »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 20 juin 2005 14h03
    Ces signes extérieurs exclusifs
    « Je partage vos inquiétudes madame Boileau. J'ai toujours pensé que la religion relève dabord du privé, de sa vie intérieure, de ses croyances profondes et n'ont pas, ces croyances, à être assénés par des cignes distinctifs, exclusifs face aux autres religions. En tous cas, pas dans un État laîque. Je suis mal à l'aise avec le geste de m'afficher sur quelques enjeux même si je le fait car j'ai l'impression de brimer mon entourage qui ne peut me répliquer. Quand je vois les juifs orthodoxes (je pourrais parler de n'importe laquelle autre religion dont les membres affiches des signes ou des ornements distinctifs, excluant, bien sûr, les ministres de ces religions) afficher leurs différences je m'interroge sur le respect qu'ils doivent envers leurs communautés d'accueils, ici le Québec. Quand on immigre au Québec l'on devrait savoir que c'est une communauté laîque où la religion est une affaire personnel qui doit aussi respecter les valeurs d'ici (égalité des sexes et autre). »

  • Michele Poupore
    Inscrite
    jeudi 23 juin 2005 10h09
    Reponse a Mme Jobin: financement des écoles religieuses
    « Mme Jobin, les Chartes des droits de l'homme protegent la liberte de religion. En ne financant pas les ecoles religieuses le gouvernement enfreindrait ainsi bons nombres de chartes et pactes internationaux qu'il a ratifie: entre autres l'article 41 de la charte quebecoise stipule qu'un parent a le droit de choisir le type d'education qu'il desire pour son enfant.

    Vous mentionnez certains prejudices que subissent les femmes membres de groupes religieux, par contre, vous omettez de mentionner les nombreuses chirurgies plastiques, interventions et pressions que subissent les femmes liberees...occidentales. Sommes-nous vraiment mieux?

    On s'offusque du port du voile tout en passant sous silence le port du String et le comportement sexuel des jeunes... Est-ce vraiment le type d'ecole que les parents desirent?

    A l'encontre des liberaux, les traditionnalistes, eux, ont des enfants...Il faudrait peut-etre commencer a les ecouter... Car le futur de la democratie, si cette tendance se maintient, sera entre leur main. Couper les fonds destines aux ecoles religieuses ne fera que radicaliser le mouvement. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Idées
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009