Le choix de la grève
Jean-Robert Sansfaçon
15 juin 2005
Le personnel syndiqué à la CSN de quelque 310 centres de la petite enfance est en grève dans le but d'arracher le meilleur règlement possible en matière d'équité salariale. Malgré la sympathie populaire à laquelle ces travailleuses ont toujours eu droit, à l'instar d'autres groupes qui oeuvrent au service du public, on ne peut que déplorer cette grève, qui prive les parents du service essentiel auquel ils ont droit.
Les techniciennes du réseau des centres de la petite enfance ne sont pas les salariées les mieux payées du Québec, tant s'en faut. Cela dit, il faut tout de même rappeler que le réseau est jeune et que voilà une activité humaine millénaire qui vient tout juste de passer de la sphère privée à celle du travail salarié. Les premiers travailleurs de nos garderies n'avaient pour toute compétence que l'amour des enfants à offrir, en échange de quelques centaines de dollars par semaine. Or, ce n'est que depuis l'avènement d'un financement public stable qu'on a haussé les exigences requises tout en relevant les salaires, qui sont passés de 10 $ l'heure, il y a 11 ans, à 19,50 $ l'heure selon l'actuelle proposition gouvernementale. Ce n'est toujours pas le Pérou, mais cette progression de 95 % en une décennie place les éducatrices au même niveau que bien d'autres techniciens de formation collégiale.
Le problème, c'est que, à cause de la Loi sur l'équité salariale, que la CSN et la CSQ ont appris à manipuler comme une arme de négociations parallèles aussi puissante qu'insidieuse, tous les conflits du genre avec l'État se perdent dans des dédales techniques interminables avant de tourner au cauchemar politique et financier. Ce ne sont pas les gouvernements qui font traîner les choses en longueur, mais les exigences démesurées de ces deux centrales.
Dans le cas des éducatrices, dont l'employeur n'est pourtant pas le gouvernement du Québec, les négociations trébuchent sur le salaire horaire maximum et la rétroactivité du règlement. Si Québec cédait aux pressions syndicales, les contribuables devraient consentir rien de moins que cinq années de rétroactivité salariale, de sorte que le coût total d'un éventuel règlement est évalué entre 100 et 300 millions de dollars! Et ce n'est pas tout puisqu'il restera toujours la demande de hausse salariale de 4 % par année à négocier dans le cadre du renouvellement de la convention collective...
Quand on se rappelle que ce réseau, qui devait coûter 250 millions par année à l'origine, en coûte aujourd'hui 1,5 milliard et se dirige à grande vitesse vers les deux milliards, on se demande si la formule retenue par le gouvernement du Parti québécois, qui ne répond que très inégalement aux besoins des familles, était la plus cohérente et la plus juste. N'oublions pas que Québec n'a toujours pas récupéré les crédits d'impôt fédéraux perdus lors du passage à la formule de 5 $, preuve supplémentaire que ce programme était totalement improvisé.
En dix ans, les éducatrices ont obtenu de l'État la création d'un régime d'assurance collective et d'un régime de retraite modestes, mais tout de même supérieurs à ceux de la majorité des travailleurs québécois. Quant aux salaires, ils sont désormais conformes aux compétences requises. Cette grève n'a donc aucune raison d'être et la ministre Carole Théberge ne doit pas céder au chantage.
Plus le temps passe, plus l'évidence saute aux yeux: aucune nouvelle augmentation de salaire dans le secteur public ne doit être consentie avant que l'on connaisse avec précision les coûts récurrents d'un règlement des nombreux litiges encore pendants dans le dossier de l'équité salariale. Car même si les éducatrices, les infirmières ou les enseignants ont une bonne cause à défendre au plan personnel, nous attendons tous du gouvernement qu'il prenne d'abord en compte les besoins de la population dans le respect de sa capacité de payer, avant de consentir aux demandes cumulatives excessives de ses 450 000 employés.
Les techniciennes du réseau des centres de la petite enfance ne sont pas les salariées les mieux payées du Québec, tant s'en faut. Cela dit, il faut tout de même rappeler que le réseau est jeune et que voilà une activité humaine millénaire qui vient tout juste de passer de la sphère privée à celle du travail salarié. Les premiers travailleurs de nos garderies n'avaient pour toute compétence que l'amour des enfants à offrir, en échange de quelques centaines de dollars par semaine. Or, ce n'est que depuis l'avènement d'un financement public stable qu'on a haussé les exigences requises tout en relevant les salaires, qui sont passés de 10 $ l'heure, il y a 11 ans, à 19,50 $ l'heure selon l'actuelle proposition gouvernementale. Ce n'est toujours pas le Pérou, mais cette progression de 95 % en une décennie place les éducatrices au même niveau que bien d'autres techniciens de formation collégiale.
Le problème, c'est que, à cause de la Loi sur l'équité salariale, que la CSN et la CSQ ont appris à manipuler comme une arme de négociations parallèles aussi puissante qu'insidieuse, tous les conflits du genre avec l'État se perdent dans des dédales techniques interminables avant de tourner au cauchemar politique et financier. Ce ne sont pas les gouvernements qui font traîner les choses en longueur, mais les exigences démesurées de ces deux centrales.
Dans le cas des éducatrices, dont l'employeur n'est pourtant pas le gouvernement du Québec, les négociations trébuchent sur le salaire horaire maximum et la rétroactivité du règlement. Si Québec cédait aux pressions syndicales, les contribuables devraient consentir rien de moins que cinq années de rétroactivité salariale, de sorte que le coût total d'un éventuel règlement est évalué entre 100 et 300 millions de dollars! Et ce n'est pas tout puisqu'il restera toujours la demande de hausse salariale de 4 % par année à négocier dans le cadre du renouvellement de la convention collective...
Quand on se rappelle que ce réseau, qui devait coûter 250 millions par année à l'origine, en coûte aujourd'hui 1,5 milliard et se dirige à grande vitesse vers les deux milliards, on se demande si la formule retenue par le gouvernement du Parti québécois, qui ne répond que très inégalement aux besoins des familles, était la plus cohérente et la plus juste. N'oublions pas que Québec n'a toujours pas récupéré les crédits d'impôt fédéraux perdus lors du passage à la formule de 5 $, preuve supplémentaire que ce programme était totalement improvisé.
En dix ans, les éducatrices ont obtenu de l'État la création d'un régime d'assurance collective et d'un régime de retraite modestes, mais tout de même supérieurs à ceux de la majorité des travailleurs québécois. Quant aux salaires, ils sont désormais conformes aux compétences requises. Cette grève n'a donc aucune raison d'être et la ministre Carole Théberge ne doit pas céder au chantage.
Plus le temps passe, plus l'évidence saute aux yeux: aucune nouvelle augmentation de salaire dans le secteur public ne doit être consentie avant que l'on connaisse avec précision les coûts récurrents d'un règlement des nombreux litiges encore pendants dans le dossier de l'équité salariale. Car même si les éducatrices, les infirmières ou les enseignants ont une bonne cause à défendre au plan personnel, nous attendons tous du gouvernement qu'il prenne d'abord en compte les besoins de la population dans le respect de sa capacité de payer, avant de consentir aux demandes cumulatives excessives de ses 450 000 employés.
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