«Mon devoir est ici»
Gilles Duceppe renonce à se lancer dans la course à la direction du PQ
Alec Castonguay
14 juin 2005
Photo : Agence Reuters
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a tenu une conférence de presse à Ottawa, hier, pour annoncer sa décision de demeurer «sur le front fédéral».
Ottawa — Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a confirmé hier qu'il laissait la voie libre aux différents candidats qui désirent prendre la tête du Parti québécois. Pour «le bien du mouvement souverainiste», le politicien le plus populaire du Québec a choisi de rester «sur le front fédéral» à Ottawa. Une décision qui a rapidement nourri les attaques libérales, parfois de façon très personnelle.
Gilles Duceppe a expliqué hier en conférence de presse que, dès le lundi 4 juin, soit deux jours après le départ-surprise de Bernard Landry, son «intuition» l'incitait à rester aux commandes du Bloc. Il a tout de même consulté des gens «pour confronter cette intuition», mais la même question le hantait sans arrêt. «Est-ce que c'est responsable d'avoir deux courses au leadership en même temps, avec le même monde, et une élection qui s'en vient? C'est une question simple dans le fond. Et la réponse est non. C'est mon devoir de rester ici. C'est ma responsabilité», a-t-il dit hier, dans une petite salle bondée du Parlement.
Le chef du Bloc, qui avait promis à ses troupes et aux Québécois d'être présent lors de la prochaine campagne électorale fédérale, juge que le mouvement souverainiste a besoin de lui à Ottawa, même s'il se sentait prêt à faire le saut à Québec.
«Je pense que ma responsabilité envers le mouvement souverainiste, envers l'idéal que je partage avec des millions de personnes au Québec, m'amène à cette décision, a-t-il soutenu. [...] Il y avait autant d'arguments pour que contre. Je me sentais prêt à faire cette tâche-là à Québec. C'était tentant. Mais si j'affaiblis le front à Ottawa, est-ce que ça sert le mouvement souverainiste? J'en conclus que non.»
Selon M. Duceppe, ce sont vraiment les circonstances qui le poussent à refuser les appels du pied de ses supporters à Québec, et non pas le fait que le Bloc se retrouverait sans chef connu à la veille d'une élection. «C'est un parti solide, le Bloc, avec des gens de grands talents qui pourraient être chef, je n'ai aucun doute là-dessus», a-t-il dit. Il n'a d'ailleurs pas fait une croix à vie sur un poste à Québec. «Je n'ai pas de plan de carrière», a-t-il répété.
Les libéraux fédéraux n'ont pas mis longtemps avant d'attaquer le chef bloquiste sur cette décision, eux qui, visiblement, espéraient avoir la tâche plus facile lors de la prochaine élection qui doit avoir lieu en février. En Chambre, le premier ministre Paul Martin a souligné, sourire en coin, sa joie de voir M. Duceppe «choisir le Canada». «J'espère qu'il va faire la même recommandation aux Québécois», a-t-il lancé, ironique.
Ses lieutenants au Québec étaient toutefois beaucoup plus cinglants hier. Quelques minutes après l'annonce de Gilles Duceppe, la ministre des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, soutenait que le chef du Bloc «aimait la confrontation, les critiques», et ce, depuis ses années de syndicaliste. «Il est bien là-dedans. [...] On voit un gars qui n'aime pas prendre des risques», a-t-elle dit sur le réseau CBC.
Le ministre des Transports et lieutenant politique de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, avait déjà commencé la veille à traiter Gilles Duceppe de «lâche». S'il a répété ce mot en anglais hier, il n'a pas osé le redire en français. «Le mot que je dirais, c'est plutôt "peureux", parce qu'au fond il pensait peut-être avoir un mouvement qui vien[drai]t le chercher à Ottawa. Mais il n'y a pas eu de mouvement. Il y a plutôt eu un silence très éloquent», a-t-il dit à la sortie de la période de questions.
Jean Lapierre a ensuite repris la ligne du premier ministre, soutenant que Gilles Duceppe avait «raison d'avoir choisi le Canada». «C'est stable. C'est fiable. C'est confortable», a-t-il dit.
Le chef du Bloc est resté calme devant ces attaques. «Si j'étais allé [à Québec], les mêmes adversaires auraient dit "regardez, il suit ses ambitions personnelles au détriment des intérêts du Québec". Ils avaient deux discours de prêts. Ça fait partie de la joute partisane. [...] Je ne veux pas faire de la politique à la hauteur de Jean Lapierre», a-t-il dit.
De son côté, le chef du NPD, Jack Layton, se disait «à moitié surpris» de la décision de son adversaire bloquiste. Il espère maintenant que le Bloc votera en faveur du budget dans les prochains jours, «un bon budget pour le Québec», a-t-il dit.
Les conservateurs, eux, refusaient de lancer des roches au chef du Bloc, même si la décision est «étonnante». «C'est curieux de ne pas choisir d'aller là où la souveraineté doit se faire», a soutenu au Devoir Josée Verner, la lieutenante politique de Stephen Harper au Québec. Pour les conservateurs, les plans ne changent pas. «On verra comment les Québécois vont interpréter ce qui vient de se passer. C'est un politicien d'expérience, c'est vrai, mais les gens voulaient l'avoir à Québec. Duceppe devra expliquer ça à la population. Nous, on est convaincus que les Québécois en ont marre de la position de contestation du Bloc et qu'ils veulent une alternative.»
À la grande joie de ses députés, qui faisaient pression sur lui depuis une semaine pour qu'il reste à Ottawa, Gilles Duceppe a promis de continuer à «défendre bec et ongles les intérêts du Québec». «On est très content et heureux de cette décision», a soutenu au Devoir le leader en Chambre du Bloc et vétéran député Michel Gauthier. «Nous voyez-vous sérieusement avec deux courses au leadership en même temps, avec en plus une préparation électorale à l'automne? Faut quand même pas courir après la misère!»
Selon lui, Gilles Duceppe a tissé des liens très utiles avec le reste du Canada et même les ambassadeurs étrangers. «Il a de bons contacts au Canada, et c'est important pour que le reste du pays ne tombe pas des nues à la suite d'un référendum, soutient Michel Gauthier. M. Duceppe rencontre aussi chaque année depuis sept ans tous les ambassadeurs pour expliquer notre démarche. On a besoin de lui ici.»
Le chef du Bloc n'a pas pris position dans la course au leadership naissante du PQ, préférant souhaiter bonne chance «à tous les candidats et candidates». «J'aimerais leur dire, ainsi qu'à tous les militants du Parti québécois, que le gagnant pourra compter sur mon appui indéfectible et sur ma loyauté comme ce fut le cas avec Lucien Bouchard puis Bernard Landry», a-t-il souligné.
Gilles Duceppe a expliqué hier en conférence de presse que, dès le lundi 4 juin, soit deux jours après le départ-surprise de Bernard Landry, son «intuition» l'incitait à rester aux commandes du Bloc. Il a tout de même consulté des gens «pour confronter cette intuition», mais la même question le hantait sans arrêt. «Est-ce que c'est responsable d'avoir deux courses au leadership en même temps, avec le même monde, et une élection qui s'en vient? C'est une question simple dans le fond. Et la réponse est non. C'est mon devoir de rester ici. C'est ma responsabilité», a-t-il dit hier, dans une petite salle bondée du Parlement.
Le chef du Bloc, qui avait promis à ses troupes et aux Québécois d'être présent lors de la prochaine campagne électorale fédérale, juge que le mouvement souverainiste a besoin de lui à Ottawa, même s'il se sentait prêt à faire le saut à Québec.
«Je pense que ma responsabilité envers le mouvement souverainiste, envers l'idéal que je partage avec des millions de personnes au Québec, m'amène à cette décision, a-t-il soutenu. [...] Il y avait autant d'arguments pour que contre. Je me sentais prêt à faire cette tâche-là à Québec. C'était tentant. Mais si j'affaiblis le front à Ottawa, est-ce que ça sert le mouvement souverainiste? J'en conclus que non.»
Selon M. Duceppe, ce sont vraiment les circonstances qui le poussent à refuser les appels du pied de ses supporters à Québec, et non pas le fait que le Bloc se retrouverait sans chef connu à la veille d'une élection. «C'est un parti solide, le Bloc, avec des gens de grands talents qui pourraient être chef, je n'ai aucun doute là-dessus», a-t-il dit. Il n'a d'ailleurs pas fait une croix à vie sur un poste à Québec. «Je n'ai pas de plan de carrière», a-t-il répété.
Les libéraux fédéraux n'ont pas mis longtemps avant d'attaquer le chef bloquiste sur cette décision, eux qui, visiblement, espéraient avoir la tâche plus facile lors de la prochaine élection qui doit avoir lieu en février. En Chambre, le premier ministre Paul Martin a souligné, sourire en coin, sa joie de voir M. Duceppe «choisir le Canada». «J'espère qu'il va faire la même recommandation aux Québécois», a-t-il lancé, ironique.
Ses lieutenants au Québec étaient toutefois beaucoup plus cinglants hier. Quelques minutes après l'annonce de Gilles Duceppe, la ministre des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, soutenait que le chef du Bloc «aimait la confrontation, les critiques», et ce, depuis ses années de syndicaliste. «Il est bien là-dedans. [...] On voit un gars qui n'aime pas prendre des risques», a-t-elle dit sur le réseau CBC.
Le ministre des Transports et lieutenant politique de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, avait déjà commencé la veille à traiter Gilles Duceppe de «lâche». S'il a répété ce mot en anglais hier, il n'a pas osé le redire en français. «Le mot que je dirais, c'est plutôt "peureux", parce qu'au fond il pensait peut-être avoir un mouvement qui vien[drai]t le chercher à Ottawa. Mais il n'y a pas eu de mouvement. Il y a plutôt eu un silence très éloquent», a-t-il dit à la sortie de la période de questions.
Jean Lapierre a ensuite repris la ligne du premier ministre, soutenant que Gilles Duceppe avait «raison d'avoir choisi le Canada». «C'est stable. C'est fiable. C'est confortable», a-t-il dit.
Le chef du Bloc est resté calme devant ces attaques. «Si j'étais allé [à Québec], les mêmes adversaires auraient dit "regardez, il suit ses ambitions personnelles au détriment des intérêts du Québec". Ils avaient deux discours de prêts. Ça fait partie de la joute partisane. [...] Je ne veux pas faire de la politique à la hauteur de Jean Lapierre», a-t-il dit.
De son côté, le chef du NPD, Jack Layton, se disait «à moitié surpris» de la décision de son adversaire bloquiste. Il espère maintenant que le Bloc votera en faveur du budget dans les prochains jours, «un bon budget pour le Québec», a-t-il dit.
Les conservateurs, eux, refusaient de lancer des roches au chef du Bloc, même si la décision est «étonnante». «C'est curieux de ne pas choisir d'aller là où la souveraineté doit se faire», a soutenu au Devoir Josée Verner, la lieutenante politique de Stephen Harper au Québec. Pour les conservateurs, les plans ne changent pas. «On verra comment les Québécois vont interpréter ce qui vient de se passer. C'est un politicien d'expérience, c'est vrai, mais les gens voulaient l'avoir à Québec. Duceppe devra expliquer ça à la population. Nous, on est convaincus que les Québécois en ont marre de la position de contestation du Bloc et qu'ils veulent une alternative.»
À la grande joie de ses députés, qui faisaient pression sur lui depuis une semaine pour qu'il reste à Ottawa, Gilles Duceppe a promis de continuer à «défendre bec et ongles les intérêts du Québec». «On est très content et heureux de cette décision», a soutenu au Devoir le leader en Chambre du Bloc et vétéran député Michel Gauthier. «Nous voyez-vous sérieusement avec deux courses au leadership en même temps, avec en plus une préparation électorale à l'automne? Faut quand même pas courir après la misère!»
Selon lui, Gilles Duceppe a tissé des liens très utiles avec le reste du Canada et même les ambassadeurs étrangers. «Il a de bons contacts au Canada, et c'est important pour que le reste du pays ne tombe pas des nues à la suite d'un référendum, soutient Michel Gauthier. M. Duceppe rencontre aussi chaque année depuis sept ans tous les ambassadeurs pour expliquer notre démarche. On a besoin de lui ici.»
Le chef du Bloc n'a pas pris position dans la course au leadership naissante du PQ, préférant souhaiter bonne chance «à tous les candidats et candidates». «J'aimerais leur dire, ainsi qu'à tous les militants du Parti québécois, que le gagnant pourra compter sur mon appui indéfectible et sur ma loyauté comme ce fut le cas avec Lucien Bouchard puis Bernard Landry», a-t-il souligné.
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