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Perspectives: Rarement FFM aura-t-il paru aussi anémique

Odile Tremblay   3 septembre 2002 
Le 26e FFM s'est clôturé hier et, de l'avis général, son cru était faible et ses visiteurs clairsemés. Pour tout dire, le festival a rarement paru aussi chancelant aux observateurs du milieu. La compétition m'a semblé la plus anémique des dix dernières années. Oui, quelques films locomotives tiraient le train, oui la moitié des oeuvres dans cette section présentaient un certain intérêt, mais tant d'autres n'avaient rien à faire là que leur présence soulève des questions quant aux critères soutenant pareils choix douteux. Jeux de diplomatie ou autres peut-être, mais jeux qui n'ont rien à voir avec la rigueur requise dans une section compétitive.

Quatre cent six films toutes sections confondues, c'est trop, comme une forêt non débroussaillée où le public doit chercher son chemin sans repères. La vocation du FFM semble vouloir se résumer à de plus en plus de films, à de plus en plus de pays représentés, à la course texane au gigantisme et à la quantité. Oui mais dans quel but? Qui voit 406 films de toute façon?

Vingt-six longs métrages en compétition. Quel nombre excessif là aussi! Cette année, les films qui concouraient se sont marché mutuellement sur les pieds dans des cases horaires impossibles. Cinématographiquement parlant, plusieurs d'entre eux avaient l'air des soldés de fonds de tiroirs (venus de Turquie, de Croatie, de Chine ou d'ailleurs) ayant pour seul mérite de faire voyager les spectateurs. Ici, le public fait la tournée des pays à l'écran, comme il assiste aux conférences des Grands Explorateurs, me faisait remarquer un de mes collègues. Mais un bon festival réclame plus que ça: un choix qui repose sur des considérations cinéphiliques. Une présélection éclairée. Où est-elle?

De plus en plus, le FFM a du mal à recruter des visiteurs. Oui, Robert de Niro est venu faire son tour en vitesse sans avoir grand-chose à dire, oui, Gérard Depardieu (le clou de cette édition) avec son visage tuméfié d'accidenté, de toute évidence soutenu par l'alcool (qui parfois soulage bien des maux), a donné une vraie performance en conférence de presse. Mais en 2002 la venue de ces acteurs (comme celle de Luc Besson) est l'arbre qui cache la forêt. Les grands cinéastes et les stars se bousculent à Venise et à Toronto tandis qu'on les compte à Montréal sur les doigts d'une main. Manque de chance, cette année, Jean-Luc Godard s'est fait porter pâle, Sophie Marceau, demeurée en France, s'est contentée d'une conférence vidéo. Ni Guillaume Depardieu (au départ attendu aux côtés de son père) ni Charlotte Rampling, ni Carole Bouquet, ni les grandes vedettes du film de clôture 8 femmes de François Ozon (pas plus que le cinéaste, en tournage) ne se sont déplacés. Raisons privées, raisons de santé, raisons de tournage, de ceci ou de cela. Sans compter les autres.

Toutes sortes de défections moins voyantes montrent que Montréal n'est plus une escale importante sur la route des festivals. Philippe Blasband, dont le film Un honnête commerçant était au FFM en compétition et dans une section parallèle à Venise, a préféré se rendre dans la cité des doges qu'ici et s'est fait représenter à Montréal par son acteur. Le mot se passe en Europe et ailleurs que l'accueil n'est pas fameux, qu'ailleurs, c'est plus «hot». Ça fait plusieurs années que la situation perdure, mais en 2002, l'évidence du problème saute aux yeux plus que jamais.

On a l'impression que le FFM doit se redéfinir complètement. Déjà coincé entre les rendez-vous de Venise et de Toronto, il lui faut désormais conjuguer avec la concurrence accrue du festival de Locarno en Suisse, qui se déroule en août. Cette année, celui-ci est devenu compétitif, détournant à son profit des films qui ne peuvent plus concourir au FFM. Comme Aime ton père de Jacob Berger, avec les Depardieu père et fils, projeté ici hors concours, dont la présence aurait rehaussé le niveau de la compétition montréalaise.

Le grand paradoxe du FFM c'est que plus son cru paraît faible, plus les médias se font critiques, plus le public est au poste. Pleines qu'elles sont, les salles du Parisien, de l'Impérial et des autres. Pleines et archipleines. Pourtant son public ne se renouvelle pas par la base. Les festivaliers de moins de quarante ans manquent à l'appel. C'est l'effet festival d'été qui joue et gagne. Le public va voir des films à la fin août comme il écoute du jazz ou se tord les côtes de rire plus tôt dans la saison. Parce que ça se fait en foule et que le programme est garni. Une grande partie de ce public FFM ne se présente pas dans les cinémas de répertoire le reste de l'année. Il ne carbure qu'aux événements de groupe.

Certains observateurs du milieu croient que dans quelques années, quand de nouvelles salles auront poussé au centre-ville, le FFM disparaîtra de la carte et sera remplacé par son grand rival, le Festival du nouveau cinéma. Montréal pourra-t-il s'offrir bien longtemps deux rendez-vous de cinémas d'envergure à un mois et demi d'intervalle, demandent-ils. Et puis, le festival de Toronto est devenu une telle institution sur la planète septième art, qu'il n'est plus de mise d'avoir notre propre événement à couteaux tirés avec lui, comme le FFM. Dans l'avenir, il faudra un rendez-vous qui collabore avec la Ville-Reine. Le Festival du nouveau cinéma (FCMM) est copain copain avec celui de Toronto et recueille dans sa case automnale plusieurs excellents films lancés là-bas. Mais si le FCMM était en août plutôt qu'en octobre, Toronto, qui désire les films en primeur pour sa cour, lui ferait moins de cadeaux. Or le grand public ne se déplace massivement qu'en été pendant ses vacances. D'où la popularité du FFM, même d'un FFM en panne de souffle.

Quel que soit le futur de ce festival ou d'un autre rendez-vous de cinéma montréalais qui pourrait s'imposer un jour, il devra s'accrocher à la belle saison mais aussi essayer de compléter Toronto plutôt que de l'affronter, développer des créneaux originaux, resserrer sa programmation, courtiser et amadouer les visiteurs. Le public est là, mais si des vrais coups de barre ne sont pas donnés, il pourrait bien s'effilocher. Surtout si le festival ne tente pas d'atteindre la relève des jeunes, ces grands absents d'un FFM en mal d'avenir.






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