Le Mario Dumont des conservateurs ?
Chantal Hébert
3 septembre 2002
Pendant que le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, devenait la coqueluche de l'électorat québécois, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, devenait celle d'une partie importante de l'establishment conservateur fédéral qui voudrait absolument l'avoir pour chef. Les deux événements ne sont pas étrangers l'un à l'autre. La cour effrénée que subit actuellement M. Lord carbure aux sondages qui font état de la montée inexorable de l'ADQ dans la faveur populaire. Voici pourquoi.
De tous les changements de garde qui se profilent au tournant de la saison politique 2002-2003, aucun, y compris la succession en cours de Jean Chrétien, ne s'annonce aussi significatif pour la suite des choses que celui qui se prépare à Québec.
Avec le départ prévisible du pouvoir du Parti québécois aux prochaines élections, tout est en place pour un réalignement important sur la scène fédérale. Pour la première fois en dix ans, les plaques tectoniques canadiennes sont en mouvement.
Leur déplacement pourrait cimenter encore davantage la position dominante du Parti libéral du Canada sur l'échiquier politique ou encore permettre un retour à un environnement électoral fédéral plus compétitif.
Ce qui est certain, c'est que, déclin péquiste accéléré et départ de Jean Chrétien aidant, le Bloc québécois risque de se retrouver en chute libre aux prochaines élections fédérales.
Au minimum, la quarantaine de circonscriptions du Bloc sera plus vulnérable que jamais. Il s'agit du plus gros bloc de sièges mous à aboutir sur le marché électoral depuis le début de l'ère Chrétien.
Dans l'état actuel des choses, ce sont des circonscriptions que les libéraux s'attendent à récolter comme autant de fruits mûrs. Avec Paul Martin comme chef, leurs stratèges s'attendent à remporter la vaste majorité des 75 sièges fédéraux du Québec à la première occasion. Jusqu'à présent, les sondages leur donnent plutôt raison.
Si les libéraux atteignent leur objectif, le statut retrouvé de forteresse libérale du Québec leur permettra d'envisager plus sereinement la perte prévisible de sièges en Ontario lors d'élections subséquentes.
Ce n'est pas le NPD et encore moins l'Alliance canadienne qui vont se mettre en travers de la reconquête du Québec francophone par les libéraux aux prochaines élections fédérales.
Sans égard au chef que cette formation choisira en janvier, le NPD a encore des tonnes de croûtes à manger avant d'avoir une place à la table électorale québécoise.
Quant à l'Alliance, dirigée comme elle l'est par un Stephen Harper qui a gagné ses lettres de noblesse en se faisant le champion d'une ligne plus dure à l'égard de la souveraineté, on imagine mal qu'elle devienne jamais dépositaire des votes nationalistes.
La montée de l'ADQ tend pourtant à montrer qu'il existe un groupe imposant d'électeurs francophones, qui, tout en délaissant les partis à vocation souverainiste, n'est pas nécessairement disposé à se rallier au premier parti fédéraliste venu.
Cette résistance pourrait voir le pouvoir glisser entre les doigts de Jean Charest aux prochaines élections québécoises. Rien ne permet de croire que Paul Martin y soit complètement imperméable.
Même si son appui passé aux Accords du lac Meech a toujours bien servi l'ancien ministre des Finances au Québec, il débarquerait néanmoins dans la prochaine campagne fédérale porteur du bilan de Jean Chrétien, à commencer par la Loi sur la clarté qu'il a appuyée à toutes les étapes de son parcours législatif. Le débat à la succession libérale ne manquera pas de rappeler ce fait d'armes aux électeurs québécois.
C'est l'idée que le Parti conservateur pourrait puiser au réservoir de votes bloquistes à la place de Paul Martin si Bernard Lord était son chef qui pousse plusieurs des meilleurs esprits stratégiques de cette formation à faire autant la cour au premier ministre du Nouveau-Brunswick.
Les racines québécoises de M. Lord et le profit électoral qu'il y aurait à en tirer au Québec ne leur ont évidemment pas échappé.
Mais surtout, ils calculent que les électeurs qui sont en voie de propulser Mario Dumont de sa relative obscurité à l'Assemblée nationale au bureau du premier ministre envers et contre Jean Charest pourraient, dans le même genre d'esprit, se laisser convaincre de préférer Bernard Lord à Paul Martin et, évidemment, à Gilles Duceppe.
Ceux qui rêvent de la candidature de M. Lord se souviennent que c'est le Québec nationaliste qui avait servi de rampe de lancement vers le pouvoir à Brian Mulroney en 1984.
Rien ne dit que le premier ministre néo-brunswickois fera le pari risqué que lui propose le PC. Mais ce qui est certain, c'est que M. Lord resterait à Fredericton plutôt que d'affronter la machine de l'ancien premier ministre ontarien Mike Harris pour devenir chef du parti fédéral.
Car il se trouve également des conservateurs pour prôner le recrutement de l'architecte en chef de la Révolution du bon sens, ou, plus probablement, d'un de ses ex-lieutenants — tous aussi unilingues les uns que les autres en passant — pour mener le parti dans une campagne à saveur allianciste sur le terrain de l'Ontario au prochain scrutin fédéral.
Ce qui est tout aussi certain, c'est que si les conservateurs choisissent d'aligner leurs derniers bataillons sur le champ de bataille encombré de l'Ontario plutôt que de monter au front québécois aux prochaines élections, les libéraux reprendront vraisemblablement le Québec sans coup férir.
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
De tous les changements de garde qui se profilent au tournant de la saison politique 2002-2003, aucun, y compris la succession en cours de Jean Chrétien, ne s'annonce aussi significatif pour la suite des choses que celui qui se prépare à Québec.
Avec le départ prévisible du pouvoir du Parti québécois aux prochaines élections, tout est en place pour un réalignement important sur la scène fédérale. Pour la première fois en dix ans, les plaques tectoniques canadiennes sont en mouvement.
Leur déplacement pourrait cimenter encore davantage la position dominante du Parti libéral du Canada sur l'échiquier politique ou encore permettre un retour à un environnement électoral fédéral plus compétitif.
Ce qui est certain, c'est que, déclin péquiste accéléré et départ de Jean Chrétien aidant, le Bloc québécois risque de se retrouver en chute libre aux prochaines élections fédérales.
Au minimum, la quarantaine de circonscriptions du Bloc sera plus vulnérable que jamais. Il s'agit du plus gros bloc de sièges mous à aboutir sur le marché électoral depuis le début de l'ère Chrétien.
Dans l'état actuel des choses, ce sont des circonscriptions que les libéraux s'attendent à récolter comme autant de fruits mûrs. Avec Paul Martin comme chef, leurs stratèges s'attendent à remporter la vaste majorité des 75 sièges fédéraux du Québec à la première occasion. Jusqu'à présent, les sondages leur donnent plutôt raison.
Si les libéraux atteignent leur objectif, le statut retrouvé de forteresse libérale du Québec leur permettra d'envisager plus sereinement la perte prévisible de sièges en Ontario lors d'élections subséquentes.
Ce n'est pas le NPD et encore moins l'Alliance canadienne qui vont se mettre en travers de la reconquête du Québec francophone par les libéraux aux prochaines élections fédérales.
Sans égard au chef que cette formation choisira en janvier, le NPD a encore des tonnes de croûtes à manger avant d'avoir une place à la table électorale québécoise.
Quant à l'Alliance, dirigée comme elle l'est par un Stephen Harper qui a gagné ses lettres de noblesse en se faisant le champion d'une ligne plus dure à l'égard de la souveraineté, on imagine mal qu'elle devienne jamais dépositaire des votes nationalistes.
La montée de l'ADQ tend pourtant à montrer qu'il existe un groupe imposant d'électeurs francophones, qui, tout en délaissant les partis à vocation souverainiste, n'est pas nécessairement disposé à se rallier au premier parti fédéraliste venu.
Cette résistance pourrait voir le pouvoir glisser entre les doigts de Jean Charest aux prochaines élections québécoises. Rien ne permet de croire que Paul Martin y soit complètement imperméable.
Même si son appui passé aux Accords du lac Meech a toujours bien servi l'ancien ministre des Finances au Québec, il débarquerait néanmoins dans la prochaine campagne fédérale porteur du bilan de Jean Chrétien, à commencer par la Loi sur la clarté qu'il a appuyée à toutes les étapes de son parcours législatif. Le débat à la succession libérale ne manquera pas de rappeler ce fait d'armes aux électeurs québécois.
C'est l'idée que le Parti conservateur pourrait puiser au réservoir de votes bloquistes à la place de Paul Martin si Bernard Lord était son chef qui pousse plusieurs des meilleurs esprits stratégiques de cette formation à faire autant la cour au premier ministre du Nouveau-Brunswick.
Les racines québécoises de M. Lord et le profit électoral qu'il y aurait à en tirer au Québec ne leur ont évidemment pas échappé.
Mais surtout, ils calculent que les électeurs qui sont en voie de propulser Mario Dumont de sa relative obscurité à l'Assemblée nationale au bureau du premier ministre envers et contre Jean Charest pourraient, dans le même genre d'esprit, se laisser convaincre de préférer Bernard Lord à Paul Martin et, évidemment, à Gilles Duceppe.
Ceux qui rêvent de la candidature de M. Lord se souviennent que c'est le Québec nationaliste qui avait servi de rampe de lancement vers le pouvoir à Brian Mulroney en 1984.
Rien ne dit que le premier ministre néo-brunswickois fera le pari risqué que lui propose le PC. Mais ce qui est certain, c'est que M. Lord resterait à Fredericton plutôt que d'affronter la machine de l'ancien premier ministre ontarien Mike Harris pour devenir chef du parti fédéral.
Car il se trouve également des conservateurs pour prôner le recrutement de l'architecte en chef de la Révolution du bon sens, ou, plus probablement, d'un de ses ex-lieutenants — tous aussi unilingues les uns que les autres en passant — pour mener le parti dans une campagne à saveur allianciste sur le terrain de l'Ontario au prochain scrutin fédéral.
Ce qui est tout aussi certain, c'est que si les conservateurs choisissent d'aligner leurs derniers bataillons sur le champ de bataille encombré de l'Ontario plutôt que de monter au front québécois aux prochaines élections, les libéraux reprendront vraisemblablement le Québec sans coup férir.
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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