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Libre opinion: Le miroir vietnamien aux alouettes

Phung Van Hanh - Ex-président de la Communauté vietnamienne du Canada (section Montréal), l'auteur a déjà passé 12 ans dans un camp de rééducation au Vietnam.  8 juin 2005 
Le Devoir a publié en avril et mai derniers une série d'articles du journaliste Fabien Deglise portant sur le retour des Viêt kieu [NDLR: en français, Vietnamiens expatriés] ainsi que sur les transformations que semble subir le Vietnam à l'heure actuelle. Bien que décortiquant avec justesse les raisons idéologiques et politiques qui ont incité des milliers de Vietnamiens à fuir il y a 30 ans, ces articles n'abordent finalement qu'un aspect de la réalité vietnamienne, qui est loin d'être partagée par l'ensemble de la diaspora installée à Montréal.

Les changements actuellement perceptibles au Vietnam n'ont rien d'une révolution. Il ne s'agit en fait que de la récolte prévisible des fruits du débordement de la prospérité des alentours et des pays capitalistes en général. Ils n'ont surtout rien à voir avec une quelconque ouverture du régime communiste qui, une fois de plus, dans sa politique dite de rénovation, vient tromper le peuple vietnamien dans le seul but de permettre à ses élites de s'enrichir.

La diaspora n'est pas dupe. Pour elle, un devoir de mémoire s'impose d'ailleurs afin que tous les Vietnamiens vivant à l'étranger soient en mesure d'envisager le présent et le futur convenablement sans pour autant susciter la haine contre les dirigeants du passé.

Le marasme avant la prospérité

Le Vietnam serait aujourd'hui plus prospère, dit-on. Sans doute. Mais il ne faut pas perdre de vue que sans l'arrivée des communistes au Vietnam du Sud, le pays le serait aujourd'hui bien davantage avec une richesse et des conditions de vie qui s'apparenteraient sans doute à celles de la Corée du Sud.

À défaut d'un tel contexte socioéconomique, le Vietnam a sombré pendant près de 30 ans dans un marasme économique et social sans précédent. Au nom de la classe ouvrière, les communistes ont systématiquement éliminé toutes les autres classes sociales, appauvrissant du même coup le pays d'un point de vue intellectuel et financier tout en hypothéquant l'avenir de deux, voire de trois générations de Vietnamiens.

Les exploits de Ho Chí Minh et de ses fidèles auront finalement été les atrocités de la réforme agraire, l'élimination systématique des partis politiques nationalistes mais aussi les goulags pour les religieux, les croyants, les intellectuels, les artistes dissidents, les officiers, les soldats de l'armée du Sud, les fonctionnaires du gouvernement nationaliste... L'hypocrisie et les cruautés de Ho sont si nombreuses que «l'eau de l'océan Pacifique n'arriverait pas à tout laver», comme le dit le poète Bui Minh Quoc.

Ces crimes justifient la demande maintes fois répétée par la diaspora du départ pur et simple du Parti communiste, qui n'est rien d'autre, dans cette région, qu'un anachronisme qui, tout en parlant de progrès, agit pour que l'inverse se produise.

Incompétence

L'incompétence du dirigisme communiste au Vietnam est flagrante: durant les 15 dernières années de l'ouverture économique, seulement la moitié des 40 milliards de dollars en aide provenant des pays industrialisés a été absorbée, faute d'une expertise technique à même de mener à bien les projets de développement sur la table. Des 20 milliards restants, combien de dollars ont été acheminés dans les coffres du Parti communiste et de ses éminents partisans dans ce pays où, comme le souligne Le Devoir, «le concept de l'enveloppe brune qui ouvre les portes, détend les réglementations ou accélère les procédures administratives est encore très implanté à tous les échelons de l'appareil gouvernemental»?

Ceux qui proclament aujourd'hui les bienfaits de la République socialiste du Vietnam dans les reportages de Fabien Deglise ne sont finalement que des fonctionnaires privilégiés du régime ou des sympathisants. La plupart des Viêt kieu, après un voyage au pays ancestral, rapportent plutôt, de retour à Montréal, leur déception de voir les maux sociaux tels la pollution, le chômage, la baisse des valeurs morales et la corruption affliger toujours autant la société.

Dans ce contexte, deux choses pourraient finalement permettre au Vietnam de prendre l'envol dont tout le monde parle: la fin du monopartisme et des élections libres afin de donner enfin la parole au peuple pour qu'il s'exprime sur son avenir.

Cette véritable ouverture doit également passer par l'apparition d'une presse vraiment libre, capable d'aborder tous les sujets mais aussi de tout révéler. La chose est loin d'être possible puisque la censure, toujours efficace dans ce pays où chaque citoyen est surveillé et fiché, ne permet pas de remettre en question le parti unique ou encore de critiquer l'héritage d'Ho Chí Minh.

En fait, tant que les communistes seront là, y compris ceux qui aujourd'hui optent pour une économie de marché, l'espoir de voir le pays s'améliorer véritablement, lui, n'y sera pas. Qui plus est, le retour de Viêt kieu demeurera toujours un phénomène marginal puisque plusieurs membres de la diaspora, tout comme moi, se refusent encore, après des années d'exil, à faire le voyage tant et aussi longtemps que le mot «liberté» ne résonnera pas véritablement dans l'ensemble du pays, comme cela aurait dû être le cas depuis des décennies.
 
 
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