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    Affaire Bernardo-Homolka - Des crimes sexistes

    4 juin 2005 |Marie-Andrée Bertrand - Criminologue et professeure émérite à l'Université de Montréal
    Les analystes de l'affaire Bernardo-Homolka ont mis en lumière le caractère sexuel, pornographique, pédophile et sadique des actes commis. Ils ont fait ressortir les rapports de parenté entre Mme Homolka et une des victimes. À ma connaissance, personne ne s'est attardé au fait que toutes les victimes, tant celles de Paul Bernardo agissant seul que celles du couple, étaient de sexe féminin. [...]

    Le meurtre est un crime rare dans les pays occidentaux, et c'est le cas au Canada. Les meurtres d'enfants sont des faits rares. Les meurtres sadiques le sont encore plus. Les femmes sont moins souvent que les hommes les victimes d'homicides.

    Les viols sont sûrement beaucoup plus fréquents, mais ils demeurent des faits rares. Leurs victimes ne sont pas que des femmes. Le nombre et le taux de meurtres et de viols au Canada diminuent depuis 15 ans. Les faits auxquels nous ramène l'affaire Bernardo et Homolka appartiennent à une époque de décroissance de la criminalité contre les personnes.

    Pas une affaire nationale

    Nous sommes tous d'accord pour estimer que les faits en cause sont horribles. Cela ne nous autorise pas à les voir partout ni à leur accorder une importance qu'ils n'ont ni dans notre vie quotidienne ni d'un point de vue statistique. À l'inverse, cela ne nous autorise pas à isoler cette affaire d'autres cas malheureusement similaires. L'affaire Bernardo-Homolka n'est pas une affaire nationale. C'est notre réaction qui en fait une affaire nationale.

    Les victimes d'homicides sont bien moins souvent des femmes que des hommes. Or, ici, les deux victimes en cause sont des filles. Les actes de pédophilie ne sont pas tous dirigés contre de petites filles. Les victimes d'agressions sexuelles ne sont pas toutes de sexe féminin. On compte de plus en plus de jeunes garçons parmi les victimes de pédophilie et d'agressions sexuelles. Or, ici, les victimes d'actes de pédophilie et de sadisme sexuel sont des filles.

    Les auteurs de crimes de violence allant jusqu'à l'homicide ne sont pas tous des hommes; des femmes sont de plus en plus souvent accusées de voies de fait, de violence verbale et d'humiliations. Elles représentent près de 16 % des criminels qui attentent à la vie d'autres personnes. Karla Homolka n'est pas la seule femme qui ait tué un ou des enfants ou contribué à leur décès dans le cadre d'autres infractions. [...]

    Quand peut-on qualifier un crime de «sexiste»?

    Sont sexistes les infractions dirigées intentionnellement contre des femmes en tant que femmes, avec l'intention de les contrôler, de les pénétrer sexuellement contre leur gré, de les blesser dans l'acte sexuel, de les tuer. Les offenses sexistes vont des paroles aux attitudes de mépris, aux voies de fait, aux coups et blessures, aux menaces de mort et, finalement, à l'homicide, coupable ou non.

    Les femmes sont capables de crimes sexistes à l'endroit des hommes qu'elles agressent, humilient, tentent de tuer ou tuent parce que ce sont des hommes. Nous oublions qu'il existe des meurtres carrément sexistes sans être sexuels. L'affaire de Polytechnique est un exemple célèbre de meurtres multiples non sexuels mais sexistes, où l'auteur exprime sa volonté claire d'écarter les femmes d'un lieu et d'une formation dont il est exclu en les exterminant.

    Dans les crimes de Paul Bernardo et de Karla Homolka, tant d'éléments sont réunis qu'on risque d'en perdre certains de vue. Ce qui domine à mon avis, c'est la volonté de dominer, d'utiliser des êtres inférieurs par la force physique, l'expérience, la capacité de tromper. Par plaisir, on utilise, instrumentalise, chosifie le corps de l'autre, impuissant. Dans ce cas, il s'agit du corps de fillettes et de jeunes filles.

    Bien sûr, aucun des gestes ne serait moins ou plus grave si les victimes étaient de sexe masculin et si les deux infracteurs étaient des hommes. D'une part, le fait qu'ils ne le soient pas n'est pas insignifiant. D'autre part, la complicité homme-femme dans les crimes sexuels et sadiques n'est pas si rare qu'on tente de le faire croire.

    La réaction sociale

    L' important, c'est la réaction sociale au phénomène. Elle est inquiétante. Les gestes et la personnalité de Karla Homolka sont devenus objets de culte sur plusieurs sites, suscitant des réactions d'amour chez plusieurs, de haine chez d'autres. Dans ce dernier cas, la haine s'étend parfois à toutes les femmes; le crime est jugé mille fois plus grave parce qu'il a été commis par une femme.

    La curiosité fait créer, avec le secours de moyens informatiques, des scènes de viol et de torture. Quelques-unes sont des clones des scènes décrites par les auteurs des monographies et des articles sur l'affaire Bernardo-Homolka. Comment expliquer cet appétit de sévices, de tortures? Doit-on s'en inquiéter? Quelle est la fréquentation de ces sites?

    Le Parlement canadien a été saisi d'un projet de loi qui tente de limiter, voire de sanctionner la transmission par courriel de scènes érotiques saisies à l'insu des intéressés. Mais peut-on protéger le droit à la vie privée des victimes en lésant le droit à la correspondance par courriel? Un des motifs d'inquiétude qui suscitent des projets de loi semblables, c'est, entre autres, la prolifération sur Internet de scènes érotiques utilisant le corps de jeunes garçons d'origine autochtone et parfois asiatique. Voyeurisme pédophile et raciste?
     
     
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