Pelletier discrédite Corriveau
Photo : Jacques Nadeau
Jean Pelletier dans la salle d’audience de la commission Gomery, où il s’est de nouveau présenté hier pour témoigner.
Jean Pelletier entretenait une vive méfiance à l'égard d'un acteur central du scandale des commandites, Jacques Corriveau, un sentiment qu'il a transmis à son patron, le premier ministre Jean Chrétien.
Dès 1998 ou 1999, de sourdes rumeurs au sujet de Jacques Corriveau se sont rendues aux oreilles de Jean Pelletier, qui remplissait à l'époque les fonctions de chef de cabinet du premier ministre. «J'ai incité le premier ministre à de la prudence. Quand il y a des rumeurs, il faut quand même que le premier ministre soit protégé et qu'il soit prudent», a déclaré M. Pelletier, hier, à la commission Gomery.
M. Corriveau évoquait son amour de la musique pour franchir le seuil du 24 Sussex un peu trop souvent au goût de M. Pelletier. Le vieux loup de la politique a suivi son seul instinct en suggérant à M. Chrétien de prendre ses distances, car les faits portés à sa connaissance étaient inexistants. «Je suis un vieil animal politique qui a été maire d'une grande ville pendant 12 ans, et j'ai vu bien du monde devant moi. À un moment donné, on regarde dans les yeux, on a un pif, et tout à coup le pif, on ne sait pas trop pourquoi, il nous incite à la prudence», a-t-il dit.
C'est la première fois, depuis que la commission Gomery s'est transportée à Montréal, qu'un membre de la garde rapprochée de Jean Chrétien met autant d'insistance à dissocier l'ex-premier ministre de Jacques Corriveau.
À un jour ou deux de la fin des audiences, il apparaît clair que M. Corriveau, un ami intime de Jean Chrétien, ne pourra sortir blanchi de l'exercice.
M. Corriveau a perçu des commissions de 6,2 millions de dollars sur les commandites accordées au groupe Polygone/Expour et Groupaction. L'homme a insisté hier pour dire qu'il s'agissait d'honoraires pour ses précieux conseils, alors qu'il a admis lors de sa comparution initiale qu'il s'agissait principalement de commissions. Honoraires ou commissions, c'est «de la sémantique», a lancé Jacques Corriveau.
M. Corriveau a aussi exercé de son influence auprès de Joe Morselli, un ami d'Alfonso Gagliano, afin que Chants libres et les Jeunesses musicales du Canada puissent bénéficier de commandites qui leur avaient été refusées au préalable. Sa mémoire, toujours aussi défaillante, lui est revenue de façon parcellaire à ce sujet.
Trois témoins, le publicitaire Jean Brault et les ex-dirigeants libéraux Daniel Dezainde et Michel Béliveau, ont décrit M. Corriveau comme un homme maniant l'argent liquide au bénéfice du parti, ce que le principal intéressé a encore nié avec une maladresse n'ayant d'égale que son irascibilité.
Après avoir affirmé, lors de sa première comparution, qu'il n'avait effectué que des contributions officielles au PLC-Q, M. Corriveau a reconnu que sa firme, Pluri-Design, avait versé quelque 100 000 $ à trois employés que le parti était incapable de payer, une entorse à la loi fédérale sur les élections qui lui permettait au passage de bénéficier de déductions fiscales accordées aux entreprises.
Pelletier navré
Jean Pelletier a demandé lui-même à être entendu de nouveau par le commissaire John Gomery, après avoir pris connaissance des récents témoignages qui l'ont «navré», afin de réaffirmer que le cabinet du premier ministre n'était pas mêlé à ce scandale.
«Toute l'administration et la gestion financière du programme des commandites était au ministère des Travaux publics, et le bureau du premier ministre n'avait rien à faire. [...] Nous n'avons pas choisi les agences, nous n'avons pas déterminé les conditions de contrats», a-t-il dit.
M. Pelletier a réservé ses plus vives critiques à l'ex-responsable du programme des commandites Charles Guité, qui signait les lucratifs, voire surréalistes, contrats consentis aux agences de publicité, très souvent sans appel d'offres et sans prendre en considération le travail fourni. «M. Guité essaie de distribuer son chapeau à bien des têtes, y compris la mienne.»
M. Guité a dit qu'un Yves Gougoux en furie avait appelé au cabinet de Jean Pelletier lorsque BCP a terminé deuxième lors du concours de sélection d'une agence pour Tourisme Canada. À la suite de ces pressions de M. Gougoux, le contrat avait été scindé en deux, a témoigné M. Guité, permettant à BCP de décrocher des mandats de 61,3 millions. M. Pelletier jure qu'il n'a jamais parlé à Yves Gougoux, ni pour le dossier de Tourisme Canada ni pour d'autres contrats.
Si les agences de publicité et des employés de l'État ont commis des irrégularités dans le cadre du programme des commandites, le cabinet du premier ministre l'ignorait, a assuré M. Pelletier. «Certains ont abusé de notre bonne foi, a-t-il conclu. À mon âge, après 25 années de vie publique, de penser que certains ont pu vouloir m'associer à une magouille, ça me fait de la peine. C'est extrêmement difficile à prendre, non seulement pour moi, mais pour ma famille et mes collaborateurs honnêtes.»
Chrétien seuspend sa demande
Par ailleurs, l'ancien premier ministre Jean Chrétien a suspendu, du moins pour l'instant, sa requête en destitution du commissaire John Gomery. L'annonce surprise est survenue hier, à une semaine du début de l'audience en Cour fédérale.
Dans un bref communiqué, les avocats de l'ex-premier ministre ont fait valoir que leur client s'était rendu à l'un des arguments du gouvernement du Canada voulant qu'il soit «trop tard» pour remplacer celui qui préside la Commission d'enquête sur le programme des commandites.
On peut lire dans le communiqué qu'«en raison de l'étape à laquelle se trouvent actuellement les procédures et l'achèvement de la preuve, les avocats de M. Chrétien se prononcent en accord» avec la position du gouvernement du Canada.
De l'avis de Sylvain Lussier, procureur du gouvernement devant la Commission sur les commandites, il s'agit d'une bonne nouvelle. La position qui prévaudra, a-t-il indiqué, sera celle où «le commissaire, le juge John Gomery, n'était pas partial et pouvait parfaitement bien en arriver à une conclusion impartiale en se basant sur la preuve qui lui sera présentée».
La requête de M. Chrétien suscitait bien des craintes que les travaux de la commission ne soient retardés, voire compromis. M. Chrétien n'a toutefois pas dit son dernier mot. Dans son entente avec le gouvernement, il se réserve le droit de «resoumettre [sic] une demande de contrôle judiciaire pour les mêmes motifs, ainsi que des motifs additionnels, à une date future».
Une source proche de l'ancien premier ministre a expliqué que l'ancien premier ministre n'avait pas pour autant changé d'avis quant à l'impartialité du juge. «Il ne conclut pas que le commissaire est devenu objectif», a souligné cette source.
Avec la Presse canadienne
Dès 1998 ou 1999, de sourdes rumeurs au sujet de Jacques Corriveau se sont rendues aux oreilles de Jean Pelletier, qui remplissait à l'époque les fonctions de chef de cabinet du premier ministre. «J'ai incité le premier ministre à de la prudence. Quand il y a des rumeurs, il faut quand même que le premier ministre soit protégé et qu'il soit prudent», a déclaré M. Pelletier, hier, à la commission Gomery.
M. Corriveau évoquait son amour de la musique pour franchir le seuil du 24 Sussex un peu trop souvent au goût de M. Pelletier. Le vieux loup de la politique a suivi son seul instinct en suggérant à M. Chrétien de prendre ses distances, car les faits portés à sa connaissance étaient inexistants. «Je suis un vieil animal politique qui a été maire d'une grande ville pendant 12 ans, et j'ai vu bien du monde devant moi. À un moment donné, on regarde dans les yeux, on a un pif, et tout à coup le pif, on ne sait pas trop pourquoi, il nous incite à la prudence», a-t-il dit.
C'est la première fois, depuis que la commission Gomery s'est transportée à Montréal, qu'un membre de la garde rapprochée de Jean Chrétien met autant d'insistance à dissocier l'ex-premier ministre de Jacques Corriveau.
À un jour ou deux de la fin des audiences, il apparaît clair que M. Corriveau, un ami intime de Jean Chrétien, ne pourra sortir blanchi de l'exercice.
M. Corriveau a perçu des commissions de 6,2 millions de dollars sur les commandites accordées au groupe Polygone/Expour et Groupaction. L'homme a insisté hier pour dire qu'il s'agissait d'honoraires pour ses précieux conseils, alors qu'il a admis lors de sa comparution initiale qu'il s'agissait principalement de commissions. Honoraires ou commissions, c'est «de la sémantique», a lancé Jacques Corriveau.
M. Corriveau a aussi exercé de son influence auprès de Joe Morselli, un ami d'Alfonso Gagliano, afin que Chants libres et les Jeunesses musicales du Canada puissent bénéficier de commandites qui leur avaient été refusées au préalable. Sa mémoire, toujours aussi défaillante, lui est revenue de façon parcellaire à ce sujet.
Trois témoins, le publicitaire Jean Brault et les ex-dirigeants libéraux Daniel Dezainde et Michel Béliveau, ont décrit M. Corriveau comme un homme maniant l'argent liquide au bénéfice du parti, ce que le principal intéressé a encore nié avec une maladresse n'ayant d'égale que son irascibilité.
Après avoir affirmé, lors de sa première comparution, qu'il n'avait effectué que des contributions officielles au PLC-Q, M. Corriveau a reconnu que sa firme, Pluri-Design, avait versé quelque 100 000 $ à trois employés que le parti était incapable de payer, une entorse à la loi fédérale sur les élections qui lui permettait au passage de bénéficier de déductions fiscales accordées aux entreprises.
Pelletier navré
Jean Pelletier a demandé lui-même à être entendu de nouveau par le commissaire John Gomery, après avoir pris connaissance des récents témoignages qui l'ont «navré», afin de réaffirmer que le cabinet du premier ministre n'était pas mêlé à ce scandale.
«Toute l'administration et la gestion financière du programme des commandites était au ministère des Travaux publics, et le bureau du premier ministre n'avait rien à faire. [...] Nous n'avons pas choisi les agences, nous n'avons pas déterminé les conditions de contrats», a-t-il dit.
M. Pelletier a réservé ses plus vives critiques à l'ex-responsable du programme des commandites Charles Guité, qui signait les lucratifs, voire surréalistes, contrats consentis aux agences de publicité, très souvent sans appel d'offres et sans prendre en considération le travail fourni. «M. Guité essaie de distribuer son chapeau à bien des têtes, y compris la mienne.»
M. Guité a dit qu'un Yves Gougoux en furie avait appelé au cabinet de Jean Pelletier lorsque BCP a terminé deuxième lors du concours de sélection d'une agence pour Tourisme Canada. À la suite de ces pressions de M. Gougoux, le contrat avait été scindé en deux, a témoigné M. Guité, permettant à BCP de décrocher des mandats de 61,3 millions. M. Pelletier jure qu'il n'a jamais parlé à Yves Gougoux, ni pour le dossier de Tourisme Canada ni pour d'autres contrats.
Si les agences de publicité et des employés de l'État ont commis des irrégularités dans le cadre du programme des commandites, le cabinet du premier ministre l'ignorait, a assuré M. Pelletier. «Certains ont abusé de notre bonne foi, a-t-il conclu. À mon âge, après 25 années de vie publique, de penser que certains ont pu vouloir m'associer à une magouille, ça me fait de la peine. C'est extrêmement difficile à prendre, non seulement pour moi, mais pour ma famille et mes collaborateurs honnêtes.»
Chrétien seuspend sa demande
Par ailleurs, l'ancien premier ministre Jean Chrétien a suspendu, du moins pour l'instant, sa requête en destitution du commissaire John Gomery. L'annonce surprise est survenue hier, à une semaine du début de l'audience en Cour fédérale.
Dans un bref communiqué, les avocats de l'ex-premier ministre ont fait valoir que leur client s'était rendu à l'un des arguments du gouvernement du Canada voulant qu'il soit «trop tard» pour remplacer celui qui préside la Commission d'enquête sur le programme des commandites.
On peut lire dans le communiqué qu'«en raison de l'étape à laquelle se trouvent actuellement les procédures et l'achèvement de la preuve, les avocats de M. Chrétien se prononcent en accord» avec la position du gouvernement du Canada.
De l'avis de Sylvain Lussier, procureur du gouvernement devant la Commission sur les commandites, il s'agit d'une bonne nouvelle. La position qui prévaudra, a-t-il indiqué, sera celle où «le commissaire, le juge John Gomery, n'était pas partial et pouvait parfaitement bien en arriver à une conclusion impartiale en se basant sur la preuve qui lui sera présentée».
La requête de M. Chrétien suscitait bien des craintes que les travaux de la commission ne soient retardés, voire compromis. M. Chrétien n'a toutefois pas dit son dernier mot. Dans son entente avec le gouvernement, il se réserve le droit de «resoumettre [sic] une demande de contrôle judiciaire pour les mêmes motifs, ainsi que des motifs additionnels, à une date future».
Une source proche de l'ancien premier ministre a expliqué que l'ancien premier ministre n'avait pas pour autant changé d'avis quant à l'impartialité du juge. «Il ne conclut pas que le commissaire est devenu objectif», a souligné cette source.
Avec la Presse canadienne
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