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Grande Bibliothèque: l'engouement persiste

Claude Turcotte   30 mai 2005 
L’intérêt des Montréalais pour leur Grande Bibliothèque ne se dément pas, un mois après l’ouverture de l’établissement.
Photo : Pascal Ratthé
L’intérêt des Montréalais pour leur Grande Bibliothèque ne se dément pas, un mois après l’ouverture de l’établissement.
Un mois après son ouverture, la Grande Bibliothèque continue de susciter autant d'intérêt qu'au début. Hier, première journée entièrement ensoleillée depuis belle lurette, il y avait des gens partout à l'intérieur de cet immense immeuble qui, de toute évidence étonne, impressionne et séduit les visiteurs qui y viennent par milliers.

Il est sûr que la Grande Bibliothèque a profité un peu hier de l'affluence que génère la Journée des musées qui offre aux curieux un circuit d'autobus sur mesure et des entrées gratuites. La Grande Bibliothèque fait partie du réseau, mais en tout temps on peut y venir sans aucuns frais d'entrée. Patrice Juneau, responsable des communications externes, souligne que, mardi dernier, il y a eu 13 000 visiteurs. Sa collègue, Danielle Chagnon, directrice des services à la clientèle, ajoute que le mardi est toujours la meilleure journée de la semaine, probablement parce que le lundi est jour de fermeture et que cela amène un plus grand nombre d'usagers le jour suivant.

Il y a actuellement environ 130 000 abonnés à la Grande Bibliothèque, y compris les 65 000 hérités de la Bibliothèque nationale du Québec, dont toute la documentation et les collections ont été intégrées à cette nouvelle institution de la rue Berri. Au cours de la première semaine qui a suivi son ouverture, il y a eu 63 000 visiteurs et on y a enregistré 50 810 prêts de documents (livres, bandes dessinées, DVD, etc.). À la deuxième semaine, la Grande Bibliothèque a reçu 49 000 visiteurs et effectué 44 291 prêts de documents. Et depuis, le même rythme se maintient. La compilation des statistiques exactes n'était pas disponible hier.

Mais à l'entrée, hier, comme tous les jours, il y avait 50 à 100 personnes qui faisaient la queue pour s'inscrire à la Grande Bibliothèque. Au premier coup d'oeil, on est frappé par le nombre d'Asiatiques et autres membres des communautés ethniques. Il y a aussi de nombreux anglophones. Mme Chagnon qui a déjà travaillé dans d'importantes bibliothèques en milieu anglophone, à Ottawa et à Winnipeg, sait bien qu'au Canada anglais et même ailleurs en Amérique du Nord le taux de fréquentation des bibliothèques est plus élevé que parmi les populations francophones, traditionnellement moins portées sur la lecture pour des raisons socio-économiques qui laissent forcément des traces dans les pratiques culturelles. Par exemple, à Seattle, le taux d'abonnement de la population à la bibliothèque est de 80 %, alors qu'à Montréal le taux d'abonnement aux bibliothèques municipales est de 30 à 40 %.

Le prestige et le pouvoir d'attraction de la Grande Bibliothèque pourraient sans doute contribuer à faire évoluer les habitudes. Mme Chagnon mentionne qu'en un mois seulement plus de gens ont fréquenté la Collection Saint-Sulpice que pendant toute l'année dernière alors qu'elle était sur les rayons de la Bibliothèque nationale.

Contrairement à ce que certains pourraient penser, la Grande Bibliothèque ne fait aucune discrimination de clientèle, que ce soit en ce qui a trait à l'âge, la langue, les secteurs d'intérêt, de la philosophie jusqu'à la musique rock. En fait, les rayons les plus dégarnis hier étaient ceux des DVD, qui attirent beaucoup les jeunes.

En fait, à peu près tout est en place, sauf certains aspects, comme celui d'un système de réservations pour les postes Internet. Jusqu'à maintenant, il n'y a pas eu de problèmes de disponibilité pour ces 350 postes, mais cela pourrait venir. Un bon système de réservations permettra de faire une gestion de ce service et d'assurer aux usagers qu'ils auront leur poste Internet à l'heure et au jour qu'ils auront choisis.

Après un mois seulement, il y a déjà des habitués de la Grande Bibliothèque qui y reviennent tous les jours pour lire, écouter de la musique, naviguer sur Internet, pour y brancher leur portable et pour y effectuer de la recherche et des travaux scolaires dans une ambiance, une tranquillité et un confort certains. Autant l'immeuble peut avoir l'air sévère et glacial de l'extérieur, autant on s'y sent bien à l'intérieur, comme si l'on était chez soi. Certains d'ailleurs font tout comme, en prenant toutes leurs aises pour lire. Il ne manque qu'un bon feu de cheminée et probablement aussi une cafétéria ou un petit restaurant, ce qui devrait venir cet automne. Mais il y a tout de même au rez-de-chaussée, à l'extrémité nord de l'immeuble, quelques tables disponibles pour les familles ayant apporté leur lunch ou pour une mère désireuse de satisfaire la faim de son nourrisson en toute discrétion.

Personne ne s'attend à ce que l'engouement actuel se prolonge indéfiniment. Selon M. Juneau, la vitesse de croisière devrait se situer à un volume de 5000 à 6000 visiteurs par jour. Ce sont des prévisions fondées sur les performances constatées dans des bibliothèques de taille comparable pour desservir des populations semblables à celle de Montréal, entre autres Seattle et Vancouver. Mais même à 6000 visiteurs par jour, ce sera deux fois plus que ce que recevait la Bibliothèque nationale du Québec.

Au début, il est normal pour des raisons de curiosité et de nouveauté qu'il y ait plus de monde. Néanmoins, la réaction populaire présente est significative. Qui sait? Peut-être la Grande Bibliothèque surprendra-t-elle tout le monde. Il y a tout juste à côté l'UQAM qui offre un potentiel de clients importants, sans oublier le Cégep du Vieux-Montréal, qui est à deux pas de là. Normalement, il devrait y avoir un ralentissement pendant l'été, encore que la Grande Bibliothèque fera partie du circuit touristique de Montréal. Il y a déjà des gens des régions et de Québec qui viennent la visiter et qui pourront en devenir des usagers par l'entremise de leur propre bibliothèque locale.

En somme, jusqu'à maintenant, la Grande Bibliothèque connaît un départ impeccable en offrant au public une richesse importante de 1,2 million de livres, un très grand nombre en français dont toute la production littéraire québécoise. Il y a des livres dans une dizaine de langues, celles parlées par les principaux groupes d'immigrants au Québec. Il y a en plus des expositions particulières. Mme Chagnon souligne enfin que les visiteurs et les usagers, malgré leur grand nombre, sont très respectueux des lieux, ainsi que des uns et des autres. «Jusqu'à maintenant, il n'y a eu aucun incident majeur», constate-t-elle.






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