Libre opinion: Le tabac ne mobilise pas
Alexandre Meunier - Coordonnateur de projets jeunesse
7 avril 2010 09h54
Réponse d’un fumeur au texte «La fin ne justifie pas les moyens» de Jacques Bernard (Le Devoir, 14 mai 2005)
Dans la lutte antitabac actuelle, certains semblent ourdir des pratiques déloyales qui s’apparenteraient à de la propagande. Une seule réaction possible: amis de la démocratie, aux armes! Pourtant convaincu moi aussi que la propagande est une négation de la démocratie, je ne crierai pas au scandale dans ce cas précis.
J’éprouve en fait un léger problème de conscience en lisant l’article de Jacques Bernard. Je sais que l’objectivité est ce vers quoi il faut tendre en tout temps et que l’enfreindre consciemment pour défendre plus vigoureusement une idée s’appelle de la propagande. Aucune différenciation possible entre la propagande honnie, qui a des relents de scandale des commandites, et celle adressant à la population des messages, appuyés scientifiquement, touchant la santé publique.
Suivant cette logique, comme les partisans des lois antitabac n’ont pas fait état des études qui leur tiraient dans le pied et n’ont pas cherché à argumenter leurs thèses ou à éviter certaines exagérations, ils se sont rendus coupables de propagande. Cette explication me laisse sur ma faim.
Pour éviter la banalisation du terme «propagande» en l’utilisant à toutes les sauces comme capital d’indignation, ne serait-il pas intéressant de retourner le problème et d’envisager la faiblesse du lobby protabac, qui ne réussit pas à faire contrepoids aux études brandies par les antitabacs?
Qui montera aux barricades?
Dans un débat public, pour qu’il y ait affrontement d’idées, il faut au moins deux protagonistes. On a bien vu çà et là quelques pétitions protabac et même des publicités dans les quotidiens du Québec (dont Le Devoir) qui invitaient les fumeurs à plus d’activisme, mais rien n’est apparu très organisé ou mobilisateur.
David contre Goliath, certes, mais le tabac ne mobilise pas. Il faut se rendre à l’évidence dès maintenant: les fumeurs ne monteront pas aux barricades pour défendre le tabac, pas plus que les producteurs maraîchers québécois qui ont remplacé le tabac par de nouvelles cultures.
Sans doute la plupart des fumeurs éprouveraient-ils une certaine culpabilité à réclamer jouissance absolue pour un produit aussi «socialement détesté» que le tabac. Une éventuelle «marche pour les droits des fumeurs dans les lieux publics» présenterait peu de chances de ressembler aux grèves étudiantes du printemps. Et pourtant, 25 % de fumeurs au Québec, c’est un bassin de mobilisation comparable à celui des étudiants...
Ce sentiment de culpabilité a-t-il été transmis par le seul projet démagogique d’une clique de non-fumeurs? Le sentiment ne provient-il pas aussi de l’état d’esprit de bien des fumeurs, qui reconnaissent sans trop de mal les effets néfastes du tabac et se sentent néanmoins incapables de mettre un terme à cette mauvaise habitude (ou cette dépendance persistante)?
La lutte antitabac correspond à un véritable désir dans la population, répandu même parmi les fumeurs, d’éliminer le tabac dans les lieux publics. Les partisans d’une intervention de l’État pour endiguer le tabagisme ne sont pas qu’une poignée de militants et de lobbyistes.
Pas besoin d’aller bien loin pour les trouver, ces partisans. Tous les fumeurs de mon entourage ont essayé d’écraser à quelques reprises au cours de leur vie. Lorsqu’ils s’avouent vaincus par l’envie d’en griller une, les néo-anciens-fumeurs reconnaissent souvent que leur désir aurait pu rester inassouvi dans un environnement sans fumée. Ils en viennent alors à souhaiter une loi qui les empêchera de fumer où bon leur semble et se considèrent dès lors comme des «toxicomanes incapables de décider d’eux-mêmes».
Si certains fumeurs appréhendent le 1er janvier 2006, date prévue de l’entrée en vigueur des lois antitabac, d’autres voient cette date d’un bon oeil et pensent que leur résolution du Nouvel An aura plus de chances de se réaliser que les années précédentes. Je leur souhaite déjà bonne année.
Dans la lutte antitabac actuelle, certains semblent ourdir des pratiques déloyales qui s’apparenteraient à de la propagande. Une seule réaction possible: amis de la démocratie, aux armes! Pourtant convaincu moi aussi que la propagande est une négation de la démocratie, je ne crierai pas au scandale dans ce cas précis.
J’éprouve en fait un léger problème de conscience en lisant l’article de Jacques Bernard. Je sais que l’objectivité est ce vers quoi il faut tendre en tout temps et que l’enfreindre consciemment pour défendre plus vigoureusement une idée s’appelle de la propagande. Aucune différenciation possible entre la propagande honnie, qui a des relents de scandale des commandites, et celle adressant à la population des messages, appuyés scientifiquement, touchant la santé publique.
Suivant cette logique, comme les partisans des lois antitabac n’ont pas fait état des études qui leur tiraient dans le pied et n’ont pas cherché à argumenter leurs thèses ou à éviter certaines exagérations, ils se sont rendus coupables de propagande. Cette explication me laisse sur ma faim.
Pour éviter la banalisation du terme «propagande» en l’utilisant à toutes les sauces comme capital d’indignation, ne serait-il pas intéressant de retourner le problème et d’envisager la faiblesse du lobby protabac, qui ne réussit pas à faire contrepoids aux études brandies par les antitabacs?
Qui montera aux barricades?
Dans un débat public, pour qu’il y ait affrontement d’idées, il faut au moins deux protagonistes. On a bien vu çà et là quelques pétitions protabac et même des publicités dans les quotidiens du Québec (dont Le Devoir) qui invitaient les fumeurs à plus d’activisme, mais rien n’est apparu très organisé ou mobilisateur.
David contre Goliath, certes, mais le tabac ne mobilise pas. Il faut se rendre à l’évidence dès maintenant: les fumeurs ne monteront pas aux barricades pour défendre le tabac, pas plus que les producteurs maraîchers québécois qui ont remplacé le tabac par de nouvelles cultures.
Sans doute la plupart des fumeurs éprouveraient-ils une certaine culpabilité à réclamer jouissance absolue pour un produit aussi «socialement détesté» que le tabac. Une éventuelle «marche pour les droits des fumeurs dans les lieux publics» présenterait peu de chances de ressembler aux grèves étudiantes du printemps. Et pourtant, 25 % de fumeurs au Québec, c’est un bassin de mobilisation comparable à celui des étudiants...
Ce sentiment de culpabilité a-t-il été transmis par le seul projet démagogique d’une clique de non-fumeurs? Le sentiment ne provient-il pas aussi de l’état d’esprit de bien des fumeurs, qui reconnaissent sans trop de mal les effets néfastes du tabac et se sentent néanmoins incapables de mettre un terme à cette mauvaise habitude (ou cette dépendance persistante)?
La lutte antitabac correspond à un véritable désir dans la population, répandu même parmi les fumeurs, d’éliminer le tabac dans les lieux publics. Les partisans d’une intervention de l’État pour endiguer le tabagisme ne sont pas qu’une poignée de militants et de lobbyistes.
Pas besoin d’aller bien loin pour les trouver, ces partisans. Tous les fumeurs de mon entourage ont essayé d’écraser à quelques reprises au cours de leur vie. Lorsqu’ils s’avouent vaincus par l’envie d’en griller une, les néo-anciens-fumeurs reconnaissent souvent que leur désir aurait pu rester inassouvi dans un environnement sans fumée. Ils en viennent alors à souhaiter une loi qui les empêchera de fumer où bon leur semble et se considèrent dès lors comme des «toxicomanes incapables de décider d’eux-mêmes».
Si certains fumeurs appréhendent le 1er janvier 2006, date prévue de l’entrée en vigueur des lois antitabac, d’autres voient cette date d’un bon oeil et pensent que leur résolution du Nouvel An aura plus de chances de se réaliser que les années précédentes. Je leur souhaite déjà bonne année.
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