Dernière offensive libérale
Photo : Agence Reuters
L’arrivée chez les libéraux de la conservatrice Belinda Stronach n’a pas impressionné le député indépendant David Kilgour, qui tient le sort du gouvernement entre ses mains. «Avez-vous été impressionné? Je ne l’ai pas été, que ce soit p
Ottawa — À 24 heures du vote sur le budget et du déclenchement possible d’élections, les libéraux se démenaient hier pour éviter la défaite tout en se prémunissant contre les accusations de faire campagne avec de l’argent «sale», si une élection devait avoir lieu bientôt.
Ainsi, contrairement à ce qu’affirmait le premier ministre Paul Martin mardi, son équipe aurait tenté d’obtenir l’appui de quelques députés conservateurs en échange de considérations futures. Le député conservateur Gurmant Grewal a soutenu hier, enregistrement à l’appui, que le chef de cabinet du premier ministre, Tim Murphy, a invité M. Grewal et sa femme Nina, qui est aussi députée, à s’abstenir lors du vote de ce soir.
M. Grewal affirme qu’il a d’abord été approché par le ministre de la Santé, Ujjal Dosanjh, et a eu ensuite des conversations et des rencontres avec le ministre et M. Murphy. Les récompenses éventuelles concernaient un poste au Sénat ou ailleurs, de dire le député. M. Grewal a fourni un premier enregistrement hier soir et prévoit rendre publics tous les autres ce matin. Il dit avoir enregistré ces conversations afin de pouvoir fournir une preuve à la presse qui, prévoyait-il, l’exigerait.
Le ministre Dosanjh, qui a le sentiment d’avoir été piégé, a répliqué plus tard en soirée en reconnaissant que des discussions avaint eu lieu, y compris avec M. Murphy. Mais il a précisé que c’était M. Grewal qui l’avait approché en fin de semaine, et non l’inverse, avec des demandes qui ne pouvaient être acceptées, comme un poste au cabinet pour M. Grewal et un poste de sénateur pour son épouse.
M. Murphy a pour sa part déclaré par voie de communiqué qu’aucune offre n’avait été faite à M. Grewal et qu’il n’avait pas été convoité par les libéraux. C’est M. Grewal qui tenait à s’opposer au budget, plutôt que de s’abstenir, qui voulait joindre les rangs libéraux et qui réclamait une offre, poursuit M. Murphy, qui ajoute que le dévoilement de la totalité des enregistrements permettrait de le prouver.
Toutes ces révélations ont quand même eu pour effet de remettre les libéraux sur la défensive pendant un moment, eux qui avaient repris l’initiative à la suite du passage de Belinda Stronach du Parti conservateur au Parti libéral mardi.
Les libéraux croyaient aussi, hier après-midi, avoir continué à améliorer leur position, même en cas d’élections. Les ministres Jean Lapierre et Scott Brison ont annoncé la mise sur pied par le Parti libéral du Canada d’une fiducie où sera versé l’argent «souillé» des commandites. Cette décision n’est pas étrangère à l’imminence possible des élections, ont affirmé les partis d’opposition. Ces derniers exigent sa création depuis des semaines, mais le gouvernement a toujours résisté.
M. Lapierre a nié tout lien avec le vote de ce soir. «Pourquoi maintenant? Moi, je vais vous dire que j’ai changé d’idée, personnellement, sur la nécessité d’avoir un fonds en fiducie après le témoignage de [l’ancien directeur général du parti au Québec, Michel] Béliveau [devant la commission Gomery].» M. Béliveau a alors confirmé la réception de quelques centaines de milliers de dollars en argent liquide qui étaient distribués au noir à des travailleurs et organisateurs d’élections. Jean Lapierre insiste pour dire que la création de la fiducie est un «geste préventif» et que le gouvernement ne veut pas que des élections soient déclenchées.
La fiducie est entrée en service hier. Elle relève du Parti libéral du Canada et non de sa section québécoise. Le PLC prévoit y verser «une base de départ», selon M. Lapierre, de 750 000 $, qui servira à rembourser le gouvernement si la commission Gomery confirme que le parti a reçu des dons douteux ou même illégaux de compagnies et de personnes associées au scandale des commandites.
L’annonce de MM. Brison et Lapierre a bien failli toutefois être éclipsée par un incident imprévu. Quelques minutes plus tôt, le député libéral Jim Karygiannis a ressenti des douleurs à la poitrine en pleine période des questions, faisant craindre le pire à ceux qui l’entouraient. Les députés Keith Martin et Bernard Patry, qui sont aussi médecins, ont pris soin de lui avant de le faire transporter à l’hôpital. On apprenait en fin d’après-midi qu’il aurait finalement souffert d’une crise sévère de brûlements d’estomac et d’oesophage, un mal qui peut parfois donner des douleurs aiguës et faire croire à une crise cardiaque. Sur le coup, cependant, tout le monde s’est demandé s’il pourrait être là pour le vote d’aujourd’hui ou, sinon, s’il serait jumelé avec un député de l’opposition pour éviter d’affecter le résultat final.
C’est que la conclusion de ce vote tient à un fil. Le camp libéral et néo-démocrate compte, avec l’appui de l’indépendante Carolyn Parrish et l’arrivée chez les libéraux de la conservatrice Belinda Stronach, 152 voix au total, autant que le camp conservateur et bloquiste. Le sort du gouvernement dépendra donc de la décision des deux députés indépendants restants, Chuck Cadman et David Kilgour.
Pourchassés par la presse et les différents partis, les deux hommes ont laissé transparaître leur préférence hier mais sans révéler leur choix définitif. En répondant à une question sur la défection de Mme Stronach hier, M. Kilgour a dit: «Y a-t-il une personne qui a été impressionnée par ça? Avez-vous été impressionné? Je ne l’ai pas été, que ce soit par ce que le premier ministre a fait ou ce que Mme Stronach a fait. Et c’est un des facteurs que je prendrai en considération.» M. Kilgour est aussi insatisfait du plan fédéral pour venir en aide au Darfour. Il a toutefois précisé qu’il ferait connaître sa position sur le budget environ une heure avant le vote de ce soir.
M. Cadman a de son côté confié à CBC que, malgré un face-à-face avec le premier ministre, il n’avait toujours pas pris de décision. Il a toutefois mentionné que les sondages, peut-être peu fiables, effectués dans son comté montraient une légère préférence pour la position du gouvernement.
Deux votes budgétaires auront lieu ce soir et tous les deux peuvent mener à la défaite du gouvernement. Les conservateurs ont annoncé mardi soir qu’ils appuieront le budget original du gouvernement, c’est-à-dire le projet de loi C-43 qui prévoit des investissements dans les garderies, les infrastructures, les villes et qui comprend l’accord sur les revenus pétroliers extracôtiers conclu avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse.
Les troupes de Stephen Harper s’opposeront par contre au second projet de loi, le C-48, qui vise à mettre en oeuvre l’accord budgétaire de 4,6 milliards sur cinq ans intervenu à la fin d’avril entre le gouvernement et le NPD. Si le gouvernement est défait, des élections pourraient avoir lieu dès le 27 juin.
Dans ce contexte, tout, à Ottawa, est jugé à l’aune de possibles élections. Chaque petit événement prend des allures de rebondissement, rien d’aussi spectaculaire cependant que le passage de Belinda Stronach au Parti libéral. Heureux de leur coup, les libéraux ont encore cherché à profiter des commentaires «sexistes» et «misogynes» émis par quelques conservateurs à l’endroit de Mme Stronach pour s’en prendre à l’ensemble du PC.
Un député conservateur provincial de l’Ontario a affirmé que Mme Stronach était «une jolie idiote mais une idiote quand même». Un député fédéral, Maurice Vellacott, a pour sa part affirmé qu’«il y a des gens qui se prostituent à des prix variés. Elle s’est vendue pour une place au cabinet».
Cinq députées libérales ont tenu une conférence de presse. La vice-première ministre Anne McLellan a lancé le bal au caucus. «Ce que nous avons vu de députés conservateurs, leurs commentaires sur notre collègue, ce ne sont rien de moins que [des propos] sexistes et misogynes. C’est tout à fait inacceptable.» Elle affirmait pourtant mardi que l’arrivée de Mme Stronach dans les rangs libéraux était la bienvenue à cause, entre autres, de ces «merveilleuses chaussures».
Avec la collaboration d’Alec Castonguay
Ainsi, contrairement à ce qu’affirmait le premier ministre Paul Martin mardi, son équipe aurait tenté d’obtenir l’appui de quelques députés conservateurs en échange de considérations futures. Le député conservateur Gurmant Grewal a soutenu hier, enregistrement à l’appui, que le chef de cabinet du premier ministre, Tim Murphy, a invité M. Grewal et sa femme Nina, qui est aussi députée, à s’abstenir lors du vote de ce soir.
M. Grewal affirme qu’il a d’abord été approché par le ministre de la Santé, Ujjal Dosanjh, et a eu ensuite des conversations et des rencontres avec le ministre et M. Murphy. Les récompenses éventuelles concernaient un poste au Sénat ou ailleurs, de dire le député. M. Grewal a fourni un premier enregistrement hier soir et prévoit rendre publics tous les autres ce matin. Il dit avoir enregistré ces conversations afin de pouvoir fournir une preuve à la presse qui, prévoyait-il, l’exigerait.
Le ministre Dosanjh, qui a le sentiment d’avoir été piégé, a répliqué plus tard en soirée en reconnaissant que des discussions avaint eu lieu, y compris avec M. Murphy. Mais il a précisé que c’était M. Grewal qui l’avait approché en fin de semaine, et non l’inverse, avec des demandes qui ne pouvaient être acceptées, comme un poste au cabinet pour M. Grewal et un poste de sénateur pour son épouse.
M. Murphy a pour sa part déclaré par voie de communiqué qu’aucune offre n’avait été faite à M. Grewal et qu’il n’avait pas été convoité par les libéraux. C’est M. Grewal qui tenait à s’opposer au budget, plutôt que de s’abstenir, qui voulait joindre les rangs libéraux et qui réclamait une offre, poursuit M. Murphy, qui ajoute que le dévoilement de la totalité des enregistrements permettrait de le prouver.
Toutes ces révélations ont quand même eu pour effet de remettre les libéraux sur la défensive pendant un moment, eux qui avaient repris l’initiative à la suite du passage de Belinda Stronach du Parti conservateur au Parti libéral mardi.
Les libéraux croyaient aussi, hier après-midi, avoir continué à améliorer leur position, même en cas d’élections. Les ministres Jean Lapierre et Scott Brison ont annoncé la mise sur pied par le Parti libéral du Canada d’une fiducie où sera versé l’argent «souillé» des commandites. Cette décision n’est pas étrangère à l’imminence possible des élections, ont affirmé les partis d’opposition. Ces derniers exigent sa création depuis des semaines, mais le gouvernement a toujours résisté.
M. Lapierre a nié tout lien avec le vote de ce soir. «Pourquoi maintenant? Moi, je vais vous dire que j’ai changé d’idée, personnellement, sur la nécessité d’avoir un fonds en fiducie après le témoignage de [l’ancien directeur général du parti au Québec, Michel] Béliveau [devant la commission Gomery].» M. Béliveau a alors confirmé la réception de quelques centaines de milliers de dollars en argent liquide qui étaient distribués au noir à des travailleurs et organisateurs d’élections. Jean Lapierre insiste pour dire que la création de la fiducie est un «geste préventif» et que le gouvernement ne veut pas que des élections soient déclenchées.
La fiducie est entrée en service hier. Elle relève du Parti libéral du Canada et non de sa section québécoise. Le PLC prévoit y verser «une base de départ», selon M. Lapierre, de 750 000 $, qui servira à rembourser le gouvernement si la commission Gomery confirme que le parti a reçu des dons douteux ou même illégaux de compagnies et de personnes associées au scandale des commandites.
L’annonce de MM. Brison et Lapierre a bien failli toutefois être éclipsée par un incident imprévu. Quelques minutes plus tôt, le député libéral Jim Karygiannis a ressenti des douleurs à la poitrine en pleine période des questions, faisant craindre le pire à ceux qui l’entouraient. Les députés Keith Martin et Bernard Patry, qui sont aussi médecins, ont pris soin de lui avant de le faire transporter à l’hôpital. On apprenait en fin d’après-midi qu’il aurait finalement souffert d’une crise sévère de brûlements d’estomac et d’oesophage, un mal qui peut parfois donner des douleurs aiguës et faire croire à une crise cardiaque. Sur le coup, cependant, tout le monde s’est demandé s’il pourrait être là pour le vote d’aujourd’hui ou, sinon, s’il serait jumelé avec un député de l’opposition pour éviter d’affecter le résultat final.
C’est que la conclusion de ce vote tient à un fil. Le camp libéral et néo-démocrate compte, avec l’appui de l’indépendante Carolyn Parrish et l’arrivée chez les libéraux de la conservatrice Belinda Stronach, 152 voix au total, autant que le camp conservateur et bloquiste. Le sort du gouvernement dépendra donc de la décision des deux députés indépendants restants, Chuck Cadman et David Kilgour.
Pourchassés par la presse et les différents partis, les deux hommes ont laissé transparaître leur préférence hier mais sans révéler leur choix définitif. En répondant à une question sur la défection de Mme Stronach hier, M. Kilgour a dit: «Y a-t-il une personne qui a été impressionnée par ça? Avez-vous été impressionné? Je ne l’ai pas été, que ce soit par ce que le premier ministre a fait ou ce que Mme Stronach a fait. Et c’est un des facteurs que je prendrai en considération.» M. Kilgour est aussi insatisfait du plan fédéral pour venir en aide au Darfour. Il a toutefois précisé qu’il ferait connaître sa position sur le budget environ une heure avant le vote de ce soir.
M. Cadman a de son côté confié à CBC que, malgré un face-à-face avec le premier ministre, il n’avait toujours pas pris de décision. Il a toutefois mentionné que les sondages, peut-être peu fiables, effectués dans son comté montraient une légère préférence pour la position du gouvernement.
Deux votes budgétaires auront lieu ce soir et tous les deux peuvent mener à la défaite du gouvernement. Les conservateurs ont annoncé mardi soir qu’ils appuieront le budget original du gouvernement, c’est-à-dire le projet de loi C-43 qui prévoit des investissements dans les garderies, les infrastructures, les villes et qui comprend l’accord sur les revenus pétroliers extracôtiers conclu avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse.
Les troupes de Stephen Harper s’opposeront par contre au second projet de loi, le C-48, qui vise à mettre en oeuvre l’accord budgétaire de 4,6 milliards sur cinq ans intervenu à la fin d’avril entre le gouvernement et le NPD. Si le gouvernement est défait, des élections pourraient avoir lieu dès le 27 juin.
Dans ce contexte, tout, à Ottawa, est jugé à l’aune de possibles élections. Chaque petit événement prend des allures de rebondissement, rien d’aussi spectaculaire cependant que le passage de Belinda Stronach au Parti libéral. Heureux de leur coup, les libéraux ont encore cherché à profiter des commentaires «sexistes» et «misogynes» émis par quelques conservateurs à l’endroit de Mme Stronach pour s’en prendre à l’ensemble du PC.
Un député conservateur provincial de l’Ontario a affirmé que Mme Stronach était «une jolie idiote mais une idiote quand même». Un député fédéral, Maurice Vellacott, a pour sa part affirmé qu’«il y a des gens qui se prostituent à des prix variés. Elle s’est vendue pour une place au cabinet».
Cinq députées libérales ont tenu une conférence de presse. La vice-première ministre Anne McLellan a lancé le bal au caucus. «Ce que nous avons vu de députés conservateurs, leurs commentaires sur notre collègue, ce ne sont rien de moins que [des propos] sexistes et misogynes. C’est tout à fait inacceptable.» Elle affirmait pourtant mardi que l’arrivée de Mme Stronach dans les rangs libéraux était la bienvenue à cause, entre autres, de ces «merveilleuses chaussures».
Avec la collaboration d’Alec Castonguay
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