Le nationalisme pétrolier
Serge Truffaut
16 mai 2005
Il y a cinq ans à peine, le baril de pétrole se vendait 12 $. Aujourd'hui, il avoisine les 50 $. Cette augmentation à la fois brutale et prononcée du sang de l'économie est attribuable, en partie seulement, à la résurgence du nationalisme énergétique. À des fins évidemment géopolitiques, trois pays exploitent avec constance cette carte: la Chine, l'Iran et la Russie.
En février dernier, le Kremlin a imposé un interdit à toute participation majoritaire d'entreprises étrangères dans les hydrocarbures du pays. Deux mois plus tard, Moscou infligeait à la filiale russe de la britannique BP une punition plus ou moins semblable à celle employée à l'endroit de Ioukos, l'ex-géant qui échappait au contrôle de Poutine, en lui présentant une facture s'élevant à un milliard pour un prétendu vice fiscal. Le but de la manoeuvre? Décourager BP afin de s'emparer des restes pour les redonner à Gazprom, l'énorme société d'État qui a profité à plein de l'implosion de Ioukos. Restons en Russie.
Au lendemain du dialogue aigre-doux entre les présidents Bush et Poutine lors des célébrations du soixantième anniversaire de la chute de Berlin, l'autocrate russe a fait une annonce discrète. Il est prêt à négocier avec Pékin la construction d'un oléoduc qui acheminerait 30 % des ressources énergétiques dont la Chine a un impérieux besoin pour maintenir au rythme actuel la progression de son économie. C'est à retenir, une fois ce projet conclu, la Chine sera plus captive de l'or noir russe que de celui de tout autre pays producteur.
Mine de rien, cette annonce est pleine d'enseignements lourds de conséquences. Un, en agissant de la sorte, la Russie cherche à éviter que l'Iran soit le principal fournisseur de la Chine. Il y a quelques mois de cela, Pékin et Téhéran ont signé un accord gazier qualifié par certains experts «d'accord du siècle». Moscou avait alors eu la frousse. De quoi? Que la Chine imprime sur la région son influence et réduise à trois fois rien le rôle que la Russie veut jouer dans le Grand Jeu qui a cours en Asie centrale.
À l'évidence, l'autre pays irrité par l'association Chine-Russie sur fond pétrolier s'appelle le Japon. En fait, Tokyo est doublement coincé. Pendant des mois, dignitaires japonais et russes ont négocié la construction d'un oléoduc qui aurait débouché sur l'île de Sakhaline à quelques kilomètres du nord du Japon. Si Chinois et Russes parviennent à un accord, celui dit de Sakhaline sera abandonné.
Pour le Japon, le détournement russe doit être d'autant plus dur à digérer qu'il fut dans l'obligation de mettre un terme aux discussions consacrées à l'aménagement du plus important gisement gazier... iranien! Cet arrêt des discussions découle des pressions exercées par les États-Unis. La raison est simple: dans le cadre du contentieux opposant Iraniens et Occidentaux provoqué par l'ambition de Téhéran de fabriquer la bombe nucléaire, Washington a fait savoir que le Japon ne pouvait pas jouer double jeu.
Tokyo ayant libéré l'espace, si l'on peut dire, l'Inde s'est empressée de s'y engouffrer. Il y a peu, New Delhi et Téhéran ont indiqué qu'un pipeline serait construit qui traverserait l'Afghanistan et le.. Pakistan. L'ennemi héréditaire de l'Inde! Comme on s'en doute, la Maison-Blanche, voulant à tout prix empêcher l'Iran de distribuer les cartes du Grand Jeu, a adressé les remontrances que l'on devine aux autorités de New Delhi qui ont répondu ainsi: «Nous aurons besoin de 100 millions de mètres cubes de gaz par jour. Les États-Unis pourront-ils nous les fournir?» On connaît la réponse.
Si la Chine est tributaire de la Russie d'abord, de l'Iran ensuite, pour tout ce qui a trait à l'approvisionnement en hydrocarbures, cela ne l'empêche pas d'aiguiser à plein le nationalisme énergétique. Contrairement à d'autres sphères d'activité économiques, la présence de l'État sur le front pétrolier est dominante. Pas question d'ouvrir la porte aux intérêts privés en cette histoire. Par exemple, Pékin a berné Exxon et Shell en leur laissant croire que, si elles s'impliquaient dans la construction d'un oléoduc entre l'ouest du pays et Shanghaï, elles auraient accès au marché automobile chinois. Pour faire court, on soulignera que Pékin a laissé traîner les choses pour obtenir le transfert technologique souhaité. Une fois cela réalisé, les Chinois ont terminé le travail.
Tous ces faits pris en considération, tous ces faits bien pesés, il faudra bien qu'un jour on admette, à moins d'être crédule ou fanatique, que les ressources d'un certain pays prennent une importance plus que particulière. De quel pays s'agit-il? De l'Irak.
En février dernier, le Kremlin a imposé un interdit à toute participation majoritaire d'entreprises étrangères dans les hydrocarbures du pays. Deux mois plus tard, Moscou infligeait à la filiale russe de la britannique BP une punition plus ou moins semblable à celle employée à l'endroit de Ioukos, l'ex-géant qui échappait au contrôle de Poutine, en lui présentant une facture s'élevant à un milliard pour un prétendu vice fiscal. Le but de la manoeuvre? Décourager BP afin de s'emparer des restes pour les redonner à Gazprom, l'énorme société d'État qui a profité à plein de l'implosion de Ioukos. Restons en Russie.
Au lendemain du dialogue aigre-doux entre les présidents Bush et Poutine lors des célébrations du soixantième anniversaire de la chute de Berlin, l'autocrate russe a fait une annonce discrète. Il est prêt à négocier avec Pékin la construction d'un oléoduc qui acheminerait 30 % des ressources énergétiques dont la Chine a un impérieux besoin pour maintenir au rythme actuel la progression de son économie. C'est à retenir, une fois ce projet conclu, la Chine sera plus captive de l'or noir russe que de celui de tout autre pays producteur.
Mine de rien, cette annonce est pleine d'enseignements lourds de conséquences. Un, en agissant de la sorte, la Russie cherche à éviter que l'Iran soit le principal fournisseur de la Chine. Il y a quelques mois de cela, Pékin et Téhéran ont signé un accord gazier qualifié par certains experts «d'accord du siècle». Moscou avait alors eu la frousse. De quoi? Que la Chine imprime sur la région son influence et réduise à trois fois rien le rôle que la Russie veut jouer dans le Grand Jeu qui a cours en Asie centrale.
À l'évidence, l'autre pays irrité par l'association Chine-Russie sur fond pétrolier s'appelle le Japon. En fait, Tokyo est doublement coincé. Pendant des mois, dignitaires japonais et russes ont négocié la construction d'un oléoduc qui aurait débouché sur l'île de Sakhaline à quelques kilomètres du nord du Japon. Si Chinois et Russes parviennent à un accord, celui dit de Sakhaline sera abandonné.
Pour le Japon, le détournement russe doit être d'autant plus dur à digérer qu'il fut dans l'obligation de mettre un terme aux discussions consacrées à l'aménagement du plus important gisement gazier... iranien! Cet arrêt des discussions découle des pressions exercées par les États-Unis. La raison est simple: dans le cadre du contentieux opposant Iraniens et Occidentaux provoqué par l'ambition de Téhéran de fabriquer la bombe nucléaire, Washington a fait savoir que le Japon ne pouvait pas jouer double jeu.
Tokyo ayant libéré l'espace, si l'on peut dire, l'Inde s'est empressée de s'y engouffrer. Il y a peu, New Delhi et Téhéran ont indiqué qu'un pipeline serait construit qui traverserait l'Afghanistan et le.. Pakistan. L'ennemi héréditaire de l'Inde! Comme on s'en doute, la Maison-Blanche, voulant à tout prix empêcher l'Iran de distribuer les cartes du Grand Jeu, a adressé les remontrances que l'on devine aux autorités de New Delhi qui ont répondu ainsi: «Nous aurons besoin de 100 millions de mètres cubes de gaz par jour. Les États-Unis pourront-ils nous les fournir?» On connaît la réponse.
Si la Chine est tributaire de la Russie d'abord, de l'Iran ensuite, pour tout ce qui a trait à l'approvisionnement en hydrocarbures, cela ne l'empêche pas d'aiguiser à plein le nationalisme énergétique. Contrairement à d'autres sphères d'activité économiques, la présence de l'État sur le front pétrolier est dominante. Pas question d'ouvrir la porte aux intérêts privés en cette histoire. Par exemple, Pékin a berné Exxon et Shell en leur laissant croire que, si elles s'impliquaient dans la construction d'un oléoduc entre l'ouest du pays et Shanghaï, elles auraient accès au marché automobile chinois. Pour faire court, on soulignera que Pékin a laissé traîner les choses pour obtenir le transfert technologique souhaité. Une fois cela réalisé, les Chinois ont terminé le travail.
Tous ces faits pris en considération, tous ces faits bien pesés, il faudra bien qu'un jour on admette, à moins d'être crédule ou fanatique, que les ressources d'un certain pays prennent une importance plus que particulière. De quel pays s'agit-il? De l'Irak.
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