Rien à reporter
Josée Boileau
11 mai 2005
Lundi, sept syndicats d'enseignants ont réclamé du ministre de l'Éducation qu'il reporte d'un an la réforme de l'éducation au secondaire, prévue en septembre. C'est qu'ils voient bien noire cette réforme, au point de la dénaturer complètement.
Est-ce que la réforme de l'éducation empêche un professeur de donner une dictée? Non. Est-ce qu'elle met au ban la mémorisation des tables de multiplication? Non plus. Est-ce qu'elle relègue aux oubliettes l'apprentissage des règles de grammaire? Pas du tout.
Et ce n'est pas une découverte. Dès les débuts de la réforme, en 2000, le ministre de l'Éducation de l'époque, François Legault, le disait sur tous les tons, soucieux de dissiper la kyrielle de préjugés qui circulaient.
Cinq ans plus tard, ces préjugés ont toujours cours. À la conférence de presse tenue lundi, on a ainsi affirmé qu'un prof qui donne une dictée enseigne «clandestinement»! Une enseignante a pour sa part expliqué que, dans le cadre de la réforme, les élèves pouvaient planter des fleurs et, à force d'essais et erreurs, arriver à faire un jardin, mais ils ne sauraient ni en calculer le périmètre, ni totaliser le nombre de plants à acheter.
Si tel est le cas, alors c'est le professeur qui est à blâmer! L'objectif de la réforme, ce n'est pas de planter des fleurs, ou de popoter des recettes, ou de construire une maquette. C'est de rendre compréhensibles des notions — ici, mathématiques — jusque-là enseignées dans l'abstrait et souvent oubliées dès l'examen passé. C'est le périmètre qui compte, pas la tulipe ou les marguerites!
Là où la réforme est appliquée par des professeurs enthousiastes, soutenus par la direction de leur école, cette distinction est claire et les parents sont les premiers à constater la motivation de leurs enfants, bien plus grande que dans «l'ancien» système. Encore faut-il accepter une philosophie où l'autonomie du professeur est centrale et où il n'y a plus de manuels qui prescrivent le déroulement de l'année scolaire. Le milieu syndical n'arrive toujours pas à l'admettre.
Que le système ne soit pas parfait, soit. Le ministère de l'Éducation (MEQ) doit répondre aux inquiétudes et aux lacunes. Or c'est à la Table de pilotage de la réforme que ces choses-là se discutent. Mais la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), dûment invitée, ne sait toujours pas si elle y siégera. Par contre, dans le contexte actuel, on comprendra que la sortie de lundi, tout comme le «plan de résistance» de la FSE dont Le Devoir a obtenu copie, réduise la réforme à une monnaie d'échange à la table de négociation.
Dommage, car la réforme au secondaire, déjà retardée sous les libéraux, repose d'abord sur la bonne volonté. Faisant appel à la souplesse et à la coopération entre professeurs, elle nécessitera un changement profond, et souhaitable, des manières de faire.
Lui mettre des bâtons dans les roues relève d'un très mauvais pari. Parce qu'au-delà des diktats syndicaux, bien des professeurs, notamment les plus jeunes, ont compris les fondements de la réforme — qui place l'enfant au centre de l'éducation — et sont prêts à s'y lancer, en continuité avec son implantation au primaire. Quel intérêt y a-t-il à les démotiver?
Il faut voir aussi que la réforme ne peut s'isoler d'un renouveau généralisé de l'apprentissage dans la société québécoise. On le constate tant dans les centres de la petite enfance, grâce à des programmes comme «Jouer c'est magique» qui développent l'autonomie, qu'à l'université, notamment dans les facultés de médecine, où «l'approche par problèmes» a remplacé le cours magistral (l'École du Barreau s'y mettra sous peu pour les futurs avocats).
L'école secondaire serait donc le seul lieu qu'on ne pourrait dépoussiérer?
jboileau@ledevoir.ca
Est-ce que la réforme de l'éducation empêche un professeur de donner une dictée? Non. Est-ce qu'elle met au ban la mémorisation des tables de multiplication? Non plus. Est-ce qu'elle relègue aux oubliettes l'apprentissage des règles de grammaire? Pas du tout.
Et ce n'est pas une découverte. Dès les débuts de la réforme, en 2000, le ministre de l'Éducation de l'époque, François Legault, le disait sur tous les tons, soucieux de dissiper la kyrielle de préjugés qui circulaient.
Cinq ans plus tard, ces préjugés ont toujours cours. À la conférence de presse tenue lundi, on a ainsi affirmé qu'un prof qui donne une dictée enseigne «clandestinement»! Une enseignante a pour sa part expliqué que, dans le cadre de la réforme, les élèves pouvaient planter des fleurs et, à force d'essais et erreurs, arriver à faire un jardin, mais ils ne sauraient ni en calculer le périmètre, ni totaliser le nombre de plants à acheter.
Si tel est le cas, alors c'est le professeur qui est à blâmer! L'objectif de la réforme, ce n'est pas de planter des fleurs, ou de popoter des recettes, ou de construire une maquette. C'est de rendre compréhensibles des notions — ici, mathématiques — jusque-là enseignées dans l'abstrait et souvent oubliées dès l'examen passé. C'est le périmètre qui compte, pas la tulipe ou les marguerites!
Là où la réforme est appliquée par des professeurs enthousiastes, soutenus par la direction de leur école, cette distinction est claire et les parents sont les premiers à constater la motivation de leurs enfants, bien plus grande que dans «l'ancien» système. Encore faut-il accepter une philosophie où l'autonomie du professeur est centrale et où il n'y a plus de manuels qui prescrivent le déroulement de l'année scolaire. Le milieu syndical n'arrive toujours pas à l'admettre.
Que le système ne soit pas parfait, soit. Le ministère de l'Éducation (MEQ) doit répondre aux inquiétudes et aux lacunes. Or c'est à la Table de pilotage de la réforme que ces choses-là se discutent. Mais la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), dûment invitée, ne sait toujours pas si elle y siégera. Par contre, dans le contexte actuel, on comprendra que la sortie de lundi, tout comme le «plan de résistance» de la FSE dont Le Devoir a obtenu copie, réduise la réforme à une monnaie d'échange à la table de négociation.
Dommage, car la réforme au secondaire, déjà retardée sous les libéraux, repose d'abord sur la bonne volonté. Faisant appel à la souplesse et à la coopération entre professeurs, elle nécessitera un changement profond, et souhaitable, des manières de faire.
Lui mettre des bâtons dans les roues relève d'un très mauvais pari. Parce qu'au-delà des diktats syndicaux, bien des professeurs, notamment les plus jeunes, ont compris les fondements de la réforme — qui place l'enfant au centre de l'éducation — et sont prêts à s'y lancer, en continuité avec son implantation au primaire. Quel intérêt y a-t-il à les démotiver?
Il faut voir aussi que la réforme ne peut s'isoler d'un renouveau généralisé de l'apprentissage dans la société québécoise. On le constate tant dans les centres de la petite enfance, grâce à des programmes comme «Jouer c'est magique» qui développent l'autonomie, qu'à l'université, notamment dans les facultés de médecine, où «l'approche par problèmes» a remplacé le cours magistral (l'École du Barreau s'y mettra sous peu pour les futurs avocats).
L'école secondaire serait donc le seul lieu qu'on ne pourrait dépoussiérer?
jboileau@ledevoir.ca
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