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Le Canada rejoint le groupe des durs

Anderson préconise une «approche réaliste» sur le développement durable

Louis-Gilles Francoeur   29 août 2002 
Johannesburg — Le Canada, de plus en plus critiqué sur la scène internationale pour ses politiques environnementales, a décidé de se solidariser avec les États-Unis et les autres pays de la ligne dure afin de résister à plusieurs des propositions centrales du Sommet de Johannesburg parce qu'il préconise une «approche réaliste», a déclaré hier à son arrivée dans le fief de la haute finance sud-africaine le ministre canadien de l'Environnement, David Anderson.

«Nous n'avons pas d'objection à ce qu'on définisse ici des objectifs réalistes. Nous voudrions même qu'on fixe des objectifs réalistes», devait préciser David Anderson, qui a accusé du même souffle certains pays de vouloir mettre la barre trop haute, une allusion aux positions de l'Union européenne qui a ravi aux Nord-Américains le titre de leader environnemental.

David Anderson ajoute que «les Canadiens sont des gens pragmatiques. Si nous nous fixons des objectifs, nous aimons bien pouvoir les atteindre».

Le ministre estime que les positions canadiennes au Sommet mondial sur le développement durable sont d'autant plus appropriées que la rencontre internationale se donne comme objectif de mettre en place un plan d'action pour concrétiser après dix ans de discours sans suite tangible la vision du Sommet de Rio de 1992.

Le ministre Anderson a indirectement reconnu ce qui filtre des séances privées de négociation depuis quelques jours, à savoir que le Canada s'oppose à ce que la Déclaration finale souhaite l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto d'ici la fin de 2002, qu'il s'objecte aux objectifs d'épuration présentement discutés pour les pays en voie de développement et qu'il ne veut pas augmenter substantiellement l'aide à ces mêmes pays au-delà de ce qui a été convenu l'an dernier à la conférence internationale de Monterrey, au Mexique.

Le Canada, a-t-il rappelé, a décidé d'augmenter de 8 % son aide extérieure à Monterrey en plus d'avoir appuyé la création du NEPAD à la grande satisfaction des pays africains.

«Mais, devait-il préciser en confirmant indirectement les réticences du Canada à la table de négociation, nous sommes prêts à considérer toute demande légitime d'aide supplémentaire si elle se base sur des objectifs réalistes. Le Canada n'opposera pas un non formel.»

Le Canada, a reconnu le ministre Anderson, s'oppose à toute discussion au Sommet sur le protocole de Kyoto parce que, dit-il, d'autres réunions internationales doivent traiter de cette question et que le Sommet n'est pas la place pour le faire. Le ministre a fini par dire qu'il serait anormal que le Canada, qui n'a pas décidé de ratifier le protocole, appuie un texte qui invite les pays à le faire...

Au même moment où le ministre Anderson faisait état des réticences du Canada sur cette question, la Chambre de commerce internationale sur le développement durable tenait à quelques rues de là une conférence de presse sans précédent avec le mouvement Greenpeace. La Chambre de commerce internationale et Greenpeace ont réclamé conjointement de tous les pays qu'ils appuient et ratifient le protocole de Kyoto.

Les Amis de la Terre, un groupe environnemental qui compte plus d'un million de membres dans le monde, s'en est pris hier aux pays du «JUSCANZ», qu'il a qualifié de «principal obstacle» au succès du Sommet. Le JUSCANZ réunit une alliance désormais classique dans ces sommets diplomatiques, soit le Japon, les États-Unis, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Les Amis de la Terre ont notamment accusé le Canada et les membres du JUSCANZ de s'opposer à la définition d'objectifs clairs pour l'épuration des eaux usées dans les pays en voie de développement alors que les Nations unies proposent de réduire de moitié le nombre des deux milliards de personnes qui en sont privées, de s'opposer à toute augmentation de l'aide étrangère au-delà des montants consentis à Monterrey alors que les objectifs de Johannesburg s'y ajoutent, de s'opposer à tout mécanisme légal qui rendrait les corporations multinationales imputables, d'avoir abandonné l'idée d'appuyer la mise en place de véritables normes environnementales et sociales pour les Agences de crédit aux exportations et de s'opposer à l'idée que le Sommet préconise l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto d'ici la fin de l'année.

Invité à dire si le premier ministre Jean Chrétien pourrait annoncer à Johannesburg la ratification du protocole de Kyoto par le Canada, son ministre de l'Environnement fait durer le suspens en disant que cette décision appartient au premier ministre, personnellement, et que ce dernier pourrait la prendre «dans trois jours, dans trois semaines ou dans trois mois». Le ministre précise que le processus de consultation de la population et des provinces n'est pas terminé et qu'il y aura d'autres discussions au niveau international où le Canada entend revenir avec sa demande pour obtenir de nouveaux «crédits pour énergie propre», i.e. pour le gaz naturel qu'il vend aux Américains.

Le ministre s'est aussitôt fait redemander si la ratification du protocole dépendait de nouvelles concessions de la communauté internationale sur les «crédits»? Non, a répondu David Anderson, même si cette question demeure importante pour le Canada.

«Jamais, dit-il, nous n'avons lié les crédits pour les énergies propres à la ratification.»
 
 
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