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La souveraineté: le moyen de se donner un pays plus prospère et plus solidaire

François Legault - Député de Rousseau et porte-parole de l'opposition officielle en matière de développement économique et de finances  6 mai 2005 
La souveraineté du Québec est un projet emballant qui doit être présenté clairement, honnêtement et sans détour à la population. Cela suppose notamment que la situation financière d'un Québec souverain fasse l'objet d'un examen sans complaisance.

Les résultats d'une étude rigoureuse sur cette question sont clairs et nets. Alors que la situation financière de la province de Québec restera très précaire et forcera les gouvernements qui la dirigent à faire d'importantes compressions budgétaires qui affecteront la qualité des services, un Québec souverain disposerait au contraire d'une importante marge de manoeuvre qu'il pourrait utiliser notamment pour faire de l'éducation une véritable priorité, maintenir la qualité des soins de santé, mieux protéger son environnement et réduire sa dette.

Les choix lors des prochaines élections seront donc clairs. La population du Québec aura alors à trancher entre deux scénarios: celui de la province de Québec privée des moyens et des leviers décisionnels pour son développement et celui d'un Québec souverain qui aura la marge de manoeuvre et la liberté politique nécessaires pour se doter d'un projet de société crédible et emballant, celui d'un pays plus prospère et plus solidaire.

Une étude rigoureuse

La situation financière des gouvernements a beaucoup évolué depuis une dizaine d'années. L'atteinte du déficit zéro au Québec et l'aggravation du déséquilibre fiscal au Canada ont changé la donne. Dans ce contexte, l'actualisation des travaux sur les finances publiques d'un Québec souverain était devenue nécessaire.

Un groupe de travail s'est mis à l'oeuvre sous ma direction il y a plus de 18 mois pour réexaminer cette question. L'étude a consisté à comparer sur un horizon de cinq ans les finances du Québec comme pays souverain et comme province canadienne. Elle repose sur une méthodologie éprouvée et sur des hypothèses crédibles à propos des revenus et des dépenses du gouvernement du Québec selon les deux scénarios envisagés.

Les résultats font clairement ressortir les conséquences financières des deux avenues qui s'offrent aux Québécois: le maintien du statut de province canadienne pour le Québec ou son accession à la souveraineté.

Une province sur la corde raide

L'incapacité du Parti libéral depuis son élection non seulement de respecter sa promesse de baisser les impôts mais plus encore de financer adéquatement la santé et l'éducation est révélatrice. Dans l'état actuel des choses, les gouvernements provinciaux au Québec sont presque réduits à l'impuissance.

La situation ne s'améliorera pas dans un avenir prévisible. Les chiffres sont implacables. Les gouvernements de la province de Québec, quel que soit leur couleur politique, vont continuer à marcher sur la corde raide. Au cours des prochaines années, ils ne disposeront pas des revenus nécessaires pour maintenir et encore moins pour améliorer la qualité des services publics.

Ce scénario débouche sur des choix difficiles, voire douloureux. Le maintien de la qualité des services entraînera un retour aux déficits. Inversement, le maintien du déficit zéro ne pourra être atteint qu'au prix de sévères compressions budgétaires et d'une baisse de la qualité des services. Le projet de faire de l'éducation une véritable priorité devra attendre alors que le maintien de la qualité et de l'accessibilité des soins de santé deviendra de plus en plus problématique.

Les gains financiers de la souveraineté

Les constats sur la situation financière de la province de Québec ne sont guère encourageants. Cet état de choses est-il inévitable? En d'autres mots, le Québec peut-il faire mieux? Pour répondre à cette question, il convient de présenter aux Québécois, tant fédéralistes que souverainistes, un autre scénario, celui d'un Québec souverain.

L'analyse de ce scénario montre qu'en récupérant les impôts versés à Ottawa et en éliminant les chevauchements entre les deux gouvernements, le Québec pourrait non seulement assumer les dépenses du gouvernement fédéral et sa juste part du service de la dette mais, plus encore, dégager une importante marge de manoeuvre budgétaire.

Les gains de la souveraineté peuvent ainsi être chiffrés à 17 milliards sur un horizon de cinq ans. Il s'agit là d'une somme considérable qui permettrait notamment de combler le manque à gagner de plus de trois milliards auquel sera confrontée, sur un horizon de cinq ans, la province du Québec si elle souhaite simplement maintenir les services actuellement offerts à sa population.

Cela signifie donc qu'un Québec souverain disposerait, sur un horizon de cinq ans, d'une somme supplémentaire de près de 14 milliards qui pourraient être employés selon les priorités de la population, notamment pour améliorer la qualité des services publics tout en réduisant la dette publique.

L'ampleur de cette marge de manoeuvre ne soustrait en rien l'éventuel gouvernement d'un Québec souverain de l'obligation de gérer les fonds publics de manière responsable. On connaît mes vues sur le sujet. J'estime que des gains d'efficacité significatifs sont possibles dans les établissements de services publics. Mieux financés, les services publics dans un Québec souverain ne doivent pas être moins bien gérés. Bien au contraire. C'est une des conditions essentielles pour qu'un Québec souverain puisse faire de l'éducation une vraie priorité et maintenir la qualité des soins de santé.

Un projet de pays

Le gain premier de la souveraineté est celui de faire ses propres choix. La souveraineté offre aux Québécois les moyens et la liberté de se donner un projet de pays à la hauteur de leurs aspirations. C'est là la finalité de l'option souverainiste.

Le Parti québécois a la responsabilité de présenter à la population du Québec, lors des prochaines élections, un projet de pays crédible et emballant, une maquette de ce que pourrait être un Québec souverain.

L'éducation doit être, à mes yeux, la première priorité d'un Québec souverain. Le grand projet collectif du pays du Québec serait ainsi de vraiment donner à tous une chance égale d'aller au bout de leurs rêves. Il faut pour cela avoir les moyens nécessaires pour lutter efficacement contre le décrochage afin de pouvoir aider véritablement nos enfants qui ont des difficultés d'apprentissage et de financer adéquatement notre réseau collégial et universitaire. Il est difficile de concevoir comment ce projet pourra voir le jour tant que le Québec ne disposera ni des moyens ni de la liberté pour faire ses propres choix.

L'étude des finances d'un Québec souverain apporte un éclairage nouveau sur les conséquences des choix politiques qui s'offrent à la population du Québec. Elle dissipe les «vieilles peurs» sur la précarité économique d'un Québec souverain et remet en question les arguments à propos de la prétendue rentabilité du fédéralisme. Elle ajoute aux raisons fortes déjà connues en faveur de la souveraineté en montrant clairement que les Québécois ont tout intérêt à s'occuper de leurs propres affaires.
 
 
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