Planète présidentielle
Jean-Robert Sansfaçon
5 mai 2005
La publication hier de la rémunération des présidents d'entreprises canadiennes a provoqué beaucoup d'émoi dans les chaumières. Et pour cause, puisque même en admettant que ces hommes aient de lourdes responsabilités, cela justifie difficilement des compensations annuelles de dizaines de millions de dollars.
Depuis quelques années, les autorités réglementaires de l'Ontario obligent les entreprises publiques à divulguer la rémunération de leurs dirigeants. C'est à partir de ces renseignements que le Globe and Mail a calculé la rémunération des patrons de 198 des 245 sociétés qui composent l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto.
Dans l'ensemble, on constate que le salaire de base moyen a baissé de 1 % en 2004, à 728 000 $, un montant raisonnable compte tenu de l'importance des firmes en question. Mais comme tous ces dirigeants ont aussi accès à des primes et à des programmes d'achat d'actions, leur rémunération globale a connu une croissance spectaculaire pour atteindre une moyenne de 5,5 millions de dollars. La moitié des dirigeants ont gagné moins de 1,8 million alors que l'autre moitié a engrangé plus que cette somme, et parfois beaucoup plus.
Parmi ces derniers, certains cas sont particulièrement scandaleux, comme celui de Robert Gratton, président de Power Financial Inc., une filiale du holding de la famille Desmarais. En plus de son salaire de base de 3,5 millions, M. Gratton a exercé des options d'achat d'actions accumulées au fil des ans qui lui ont rapporté 169,4 millions. Total: 173 millions!
Au deuxième rang, on retrouve Bernard Isautier, de PetroKazakhstan (93 millions), suivi de Gerry Schwartz, d'Onex (76 millions), et de Frank Stonach, de Magna International (52 millions). Quant au président d'Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, il vient au 11e rang (11 millions), celui de la Banque Nationale, au 34e (sept millions), et Pierre Karl Péladeau, au 65e rang, avec à peine 3,4 millions...
Devant une telle hémorragie de millions, on doit se demander ce qui peut conduire un conseil d'administration à offrir autant. Est-ce la peur de devoir reprendre le processus de sélection en cas de départ? Pourtant, n'est-il pas exagéré de croire que M. X. est irremplaçable et mérite 100 millions par année? Même Paul Tellier, Jean Monty et John Roth ont été remplacés...
Les investisseurs institutionnels comme Teachers, en Ontario, font des pressions pour que les entreprises introduisent plus d'objectivité dans le processus de détermination de la rémunération. Par exemple, on recommande que les consultants embauchés par le conseil n'appartiennent pas à la même firme comptable qui profite des juteux contrats obtenus de ces mêmes dirigeants dont ils sont appelés à évaluer le mérite.
Et il y a ces régimes d'options qui ont souvent fait l'objet de critiques depuis les scandales fracassants d'Enron, WorldCom et autres Nortel de ce monde.
En fait, un des vices majeurs qui rongent nos entreprises, c'est la faiblesse des conseils d'administration, souvent composés de yes men choisis par les dirigeants. Ce système de copinage dessert les intérêts des actionnaires.
Une autre faiblesse est celle des organismes publics de contrôle, telle l'Autorité des marchés financiers du Québec. Plus une société est grosse, plus ses liens avec les firmes d'experts-conseils et le milieu politique sont étroits, voire incestueux.
Si les choses ont un peu changé aux États-Unis depuis les graves scandales qui ont secoué Wall Street, au Canada, nous en sommes loin. Nos autorités manquent de pouvoir et de courage pour s'immiscer dans les affaires des grandes entreprises qui s'érigent en État dans l'État.
Depuis quelques années, les autorités réglementaires de l'Ontario obligent les entreprises publiques à divulguer la rémunération de leurs dirigeants. C'est à partir de ces renseignements que le Globe and Mail a calculé la rémunération des patrons de 198 des 245 sociétés qui composent l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto.
Dans l'ensemble, on constate que le salaire de base moyen a baissé de 1 % en 2004, à 728 000 $, un montant raisonnable compte tenu de l'importance des firmes en question. Mais comme tous ces dirigeants ont aussi accès à des primes et à des programmes d'achat d'actions, leur rémunération globale a connu une croissance spectaculaire pour atteindre une moyenne de 5,5 millions de dollars. La moitié des dirigeants ont gagné moins de 1,8 million alors que l'autre moitié a engrangé plus que cette somme, et parfois beaucoup plus.
Parmi ces derniers, certains cas sont particulièrement scandaleux, comme celui de Robert Gratton, président de Power Financial Inc., une filiale du holding de la famille Desmarais. En plus de son salaire de base de 3,5 millions, M. Gratton a exercé des options d'achat d'actions accumulées au fil des ans qui lui ont rapporté 169,4 millions. Total: 173 millions!
Au deuxième rang, on retrouve Bernard Isautier, de PetroKazakhstan (93 millions), suivi de Gerry Schwartz, d'Onex (76 millions), et de Frank Stonach, de Magna International (52 millions). Quant au président d'Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, il vient au 11e rang (11 millions), celui de la Banque Nationale, au 34e (sept millions), et Pierre Karl Péladeau, au 65e rang, avec à peine 3,4 millions...
Devant une telle hémorragie de millions, on doit se demander ce qui peut conduire un conseil d'administration à offrir autant. Est-ce la peur de devoir reprendre le processus de sélection en cas de départ? Pourtant, n'est-il pas exagéré de croire que M. X. est irremplaçable et mérite 100 millions par année? Même Paul Tellier, Jean Monty et John Roth ont été remplacés...
Les investisseurs institutionnels comme Teachers, en Ontario, font des pressions pour que les entreprises introduisent plus d'objectivité dans le processus de détermination de la rémunération. Par exemple, on recommande que les consultants embauchés par le conseil n'appartiennent pas à la même firme comptable qui profite des juteux contrats obtenus de ces mêmes dirigeants dont ils sont appelés à évaluer le mérite.
Et il y a ces régimes d'options qui ont souvent fait l'objet de critiques depuis les scandales fracassants d'Enron, WorldCom et autres Nortel de ce monde.
En fait, un des vices majeurs qui rongent nos entreprises, c'est la faiblesse des conseils d'administration, souvent composés de yes men choisis par les dirigeants. Ce système de copinage dessert les intérêts des actionnaires.
Une autre faiblesse est celle des organismes publics de contrôle, telle l'Autorité des marchés financiers du Québec. Plus une société est grosse, plus ses liens avec les firmes d'experts-conseils et le milieu politique sont étroits, voire incestueux.
Si les choses ont un peu changé aux États-Unis depuis les graves scandales qui ont secoué Wall Street, au Canada, nous en sommes loin. Nos autorités manquent de pouvoir et de courage pour s'immiscer dans les affaires des grandes entreprises qui s'érigent en État dans l'État.
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