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De drôles d'expertises

29 avril 2005 
La Montérégie ne cesse de perdre un à un le peu de milieux naturels qui subsistent sur son territoire. Ces habitats essentiels tant au maintien de notre biodiversité qu'au bien-être des citoyens sont constamment la proie des promoteurs.

Trop souvent, les pouvoirs publics donnent leur accord à leur destruction au profit du développement résidentiel ou agricole. Tout se passe comme si les municipalités et les ministères responsables de leur protection s'accordaient pour légitimer leur disparition. Devant cette collusion révoltante, les citoyens n'ont eu d'autre choix que de se mobiliser pour exiger que des études environnementales indépendantes soient réalisées de façon à ce que les milieux les plus précieux sur le plan écologique soient enfin mis à l'abri.

Malheureusement, il semble que les firmes mandatées par nos élus pour expertiser ces milieux naturels soient souvent disposées à mettre de côté leur indépendance d'esprit et leur sens éthique pour épouser les vues des promoteurs et ainsi éviter que le développement économique soit freiné pour de simples considérations environnementales. Canards Illimités Canada (CIC) semble être devenu la référence en cette matière ces derniers temps.

Des exemples

Citons l'exemple des tourbières de Small Tea Field et Large Tea Field à Saint-Anicet, sur la rive sud du lac Saint-François, pour lesquels CIC a conclu qu'une bonne partie des milieux humides résiduels représentait une faible valeur écologique. Plusieurs experts du domaine s'étaient déjà penchés sur la question et avaient exprimé des vues diamétralement opposées. Dans une lettre adressée au ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) en mars 2003, ces derniers demandaient la conservation intégrale des deux tourbières, sans compromis aucun.

Un scénario semblable s'est récemment produit dans un autre dossier controversé, concernant cette fois-ci la construction de condominiums dans un milieu humide face à la tourbière du parc de la Cité, à Saint-Hubert. S'appuyant sur un avis favorable de CIC, le MDDEP a finalement accordé en novembre dernier un certificat d'autorisation au promoteur pour lui permettre de poursuivre ses travaux. Notons que quelques mois plus tôt, ce dernier avait reçu un avis d'infraction du MDDEP parce qu'il avait complètement rasé un milieu humide sans autorisation.

Le motif invoqué par CIC pour recommander la reprise des travaux était que le gain environnemental à retirer de la conservation d'un tel site n'était pas significatif compte tenu de sa petite superficie et de sa localisation (enclavement par le développement résidentiel).

Qu'adviendra-t-il bientôt de l'évaluation du quadrilatère de la tourbière de Saint-Hubert, où on envisage la construction d'une bibliothèque municipale avec un vaste stationnement? Avec un tel raisonnement, on connaît presque la conclusion de l'étude... Pourtant, chacun sait que les derniers milieux naturels en zone urbaine et périurbaine sont presque tous enclavés. Comment pourrait-il en être autrement dans des secteurs affligés par des décennies de développement anarchique? C'est précisément dans le but d'éviter leur disparition complète qu'il faut tout mettre en oeuvre pour conserver les parcelles résiduelles.

Reverdir l'image

Cet argumentaire fallacieux que des firmes comme CIC ont eu la complaisance d'adopter semble être devenu la nouvelle façon de voir des décideurs lorsqu'il s'agit de conservation.

Abondamment critiqués pour leur couardise envers les développeurs délinquants, les fonctionnaires du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs et du ministère des Ressources naturelles et de la Faune ont bien besoin de l'appui de ces experts externes pour les conforter dans leur inertie. Ces firmes constituent également un atout de premier plan pour les villes comme Longueuil, qui désirent reverdir leur image tout en poursuivant leur expansion sans être inquiétées. [...]

À ce sujet, Canards Illimités Canada tenait son traditionnel banquet-bénéfice sur la rive sud de Montréal il y a quelques semaines. Quelle ne fut pas notre surprise d'apprendre que des représentants de la Ville de Longueuil et du ministère des Ressources naturelles et de la Faune faisaient partie du comité organisateur de cet événement promotionnel! Comme quoi le salaire de la complaisance se paie aussi en nature...






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