Alliance Martin-Layton
Les libéraux font des concessions majeures aux néo-démocrates
Alec Castonguay
27 avril 2005
Photo : Agence Reuters
Le chef du NPD, Jack Layton, a annoncé hier en conférence de presse qu’il avait conclu une entente avec Paul Martin sur la question du budget.
Ottawa — Acculé au pied du mur, le gouvernement minoritaire libéral de Paul Martin a accepté de faire d'importantes concessions en faveur du NPD dans l'espoir d'éviter la tenue d'élections ce printemps. Dans un geste très inhabituel qui témoigne de la nervosité libérale, le premier ministre a modifié son budget, la pièce centrale d'un gouvernement, pour s'allier les troupes de Jack Layton pendant plusieurs mois. Mais rien ne garantit que la stratégie portera fruits.
Pressé par ses députés de trouver un terrain d'entente, Paul Martin a finalement cédé en grande partie aux demandes du NPD. Les deux partis, qui ne veulent pas se faire accoler l'étiquette d'alliance, marcheront tout de même main dans la main «aussi longtemps que les libéraux feront avancer ce budget de bonne foi à travers le processus parlementaire», a soutenu le chef du NPD, Jack Layton. «Nous serons là avec eux», a-t-il ajouté, et ce, même si une motion de censure présentée par les conservateurs doit être votée en Chambre dans trois semaines. Le Parti conservateur ne pourra donc pas compter sur le NPD pour défaire le gouvernement, mais il aurait suffisamment d'appuis avec le Bloc québécois.
«Les Canadiens veulent que ce Parlement fonctionne, et c'est ce qui arrivera jusqu'au vote sur le budget. Ce que les conservateurs et le Bloc québécois feront, ça reste à voir, mais le NPD soutiendra le gouvernement contre une motion de non-confiance jusqu'à ce que le budget obtienne la sanction royale», a expliqué Paul Martin. La sanction royale peut toutefois prendre près d'un an avant d'être apposée.
Le NPD a soutiré une entente d'une valeur de 4,6 milliards de dollars en deux ans. Les libéraux ont accepté de laisser tomber les baisses d'impôt destinées aux grandes entreprises, qui devaient entrer en vigueur seulement en 2008, mais pas celles en faveur des PME. Le premier ministre a toutefois précisé que les avantages destinés aux grandes entreprises seront réintroduits dans une législation à part.
Le NPD a convaincu les libéraux d'investir massivement dans les logements abordables (1,6 milliard) ainsi que dans l'éducation et la formation de la main-d'oeuvre (1,5 milliard). Un peu moins de un milliard de dollars iront à l'environnement alors que les versements de la taxe fédérale sur l'essence aux provinces seront accélérés. Il y a aussi des mesures pour protéger les régimes de retraite des travailleurs.
«Quand les gens ont voté pour le NPD, ils ont voté pour qu'il se passe quelque chose, pas pour jouer une partie politique, a soutenu Jack Layton. Nous sommes certains que les gouvernements minoritaires peuvent fonctionner pour les gens.»
Paul Martin a précisé qu'en plus de ces investissements de 4,6 milliards de dollars, le NPD et les libéraux ont convenu de consacrer quatre milliards en deux ans au remboursement de la dette. Ces sommes seront prises à même des surplus anticipés de neuf milliards, a expliqué Paul Martin. «C'est à la fois responsable et progressiste», a soutenu le premier ministre.
C'est donc dire que le gouvernement vient de se découvrir une marge de manoeuvre de neuf milliards de dollars, lui qui affirmait pas plus tard que lors du dernier budget, en février, qu'il serait serré pour les deux prochaines années, avec de maigres surplus de 500 millions en 2005-06 et de 900 millions en 2006-07.
Les libéraux corrompus
Par contre, Jack Layton continue de soutenir que les libéraux sont «corrompus», même s'il veut les maintenir au pouvoir. «Il y aura des élections sur la corruption libérale et les 12 années de promesses brisées», a lancé M. Layton. Une incohérence que le chef du NPD a tenté d'expliquer en affirmant qu'un budget qui répond aux besoins des citoyens était la chose la plus importante.
Même si M. Layton refuse de parler d'alliance, l'appui du NPD est accordé aux libéraux pour longtemps puisqu'un budget peut prendre plus d'un an avant de franchir toutes les étapes et d'être finalement accepté. Or Paul Martin a déjà promis des élections en février prochain si les conservateurs ne les défont pas ce printemps. Pour toute explication, Jack Layton a dit espérer que ce budget passera plus vite que d'habitude.
La réaction du chef conservateur, Stephen Harper, a été courte mais lapidaire hier. «Je vais attendre de voir les détails [de leur entente] avant de commenter en profondeur, mais je constate que pour MM. Layton et Martin, 4,6 milliards de dollars, c'est le prix pour accepter la corruption, a-t-il dit. Je ne suis pas certain que les contribuables sont du même avis qu'eux.»
Le chef bloquiste Gilles Duceppe a préféré réserver ces commentaires pour ce matin, affirmant simplement que la position du Bloc reste la même: pas question d'appuyer le budget.
Malgré la courbette des libéraux, il est toutefois loin d'être certain que le budget passe la rampe lors du vote en deuxième lecture, qui doit avoir lieu au début de mai. C'est que l'appui du NPD ne donne pas la majorité absolue au PLC. Si les conservateurs et le Bloc votent contre le budget, cela fera 153 députés. Si le NPD et les libéraux votent en faveur du budget, cela fera 150 députés. Trois députés sont indépendants et doivent tous voter avec les libéraux et le NPD pour que le budget soit accepté. Or au moins un indépendant, Chuck Cadman, a déjà signifié son intention de voter avec les conservateurs. L'équilibre est donc rompu. Un siège est vacant, et le président de la Chambre, Peter Milliken, un libéral, ne peut voter qu'en cas d'égalité. Et même si cette étape est franchie, trois votes de censure devraient aboutir en même temps entre le 16 et le 19 mai.
Pressé par ses députés de trouver un terrain d'entente, Paul Martin a finalement cédé en grande partie aux demandes du NPD. Les deux partis, qui ne veulent pas se faire accoler l'étiquette d'alliance, marcheront tout de même main dans la main «aussi longtemps que les libéraux feront avancer ce budget de bonne foi à travers le processus parlementaire», a soutenu le chef du NPD, Jack Layton. «Nous serons là avec eux», a-t-il ajouté, et ce, même si une motion de censure présentée par les conservateurs doit être votée en Chambre dans trois semaines. Le Parti conservateur ne pourra donc pas compter sur le NPD pour défaire le gouvernement, mais il aurait suffisamment d'appuis avec le Bloc québécois.
«Les Canadiens veulent que ce Parlement fonctionne, et c'est ce qui arrivera jusqu'au vote sur le budget. Ce que les conservateurs et le Bloc québécois feront, ça reste à voir, mais le NPD soutiendra le gouvernement contre une motion de non-confiance jusqu'à ce que le budget obtienne la sanction royale», a expliqué Paul Martin. La sanction royale peut toutefois prendre près d'un an avant d'être apposée.
Le NPD a soutiré une entente d'une valeur de 4,6 milliards de dollars en deux ans. Les libéraux ont accepté de laisser tomber les baisses d'impôt destinées aux grandes entreprises, qui devaient entrer en vigueur seulement en 2008, mais pas celles en faveur des PME. Le premier ministre a toutefois précisé que les avantages destinés aux grandes entreprises seront réintroduits dans une législation à part.
Le NPD a convaincu les libéraux d'investir massivement dans les logements abordables (1,6 milliard) ainsi que dans l'éducation et la formation de la main-d'oeuvre (1,5 milliard). Un peu moins de un milliard de dollars iront à l'environnement alors que les versements de la taxe fédérale sur l'essence aux provinces seront accélérés. Il y a aussi des mesures pour protéger les régimes de retraite des travailleurs.
«Quand les gens ont voté pour le NPD, ils ont voté pour qu'il se passe quelque chose, pas pour jouer une partie politique, a soutenu Jack Layton. Nous sommes certains que les gouvernements minoritaires peuvent fonctionner pour les gens.»
Paul Martin a précisé qu'en plus de ces investissements de 4,6 milliards de dollars, le NPD et les libéraux ont convenu de consacrer quatre milliards en deux ans au remboursement de la dette. Ces sommes seront prises à même des surplus anticipés de neuf milliards, a expliqué Paul Martin. «C'est à la fois responsable et progressiste», a soutenu le premier ministre.
C'est donc dire que le gouvernement vient de se découvrir une marge de manoeuvre de neuf milliards de dollars, lui qui affirmait pas plus tard que lors du dernier budget, en février, qu'il serait serré pour les deux prochaines années, avec de maigres surplus de 500 millions en 2005-06 et de 900 millions en 2006-07.
Les libéraux corrompus
Par contre, Jack Layton continue de soutenir que les libéraux sont «corrompus», même s'il veut les maintenir au pouvoir. «Il y aura des élections sur la corruption libérale et les 12 années de promesses brisées», a lancé M. Layton. Une incohérence que le chef du NPD a tenté d'expliquer en affirmant qu'un budget qui répond aux besoins des citoyens était la chose la plus importante.
Même si M. Layton refuse de parler d'alliance, l'appui du NPD est accordé aux libéraux pour longtemps puisqu'un budget peut prendre plus d'un an avant de franchir toutes les étapes et d'être finalement accepté. Or Paul Martin a déjà promis des élections en février prochain si les conservateurs ne les défont pas ce printemps. Pour toute explication, Jack Layton a dit espérer que ce budget passera plus vite que d'habitude.
La réaction du chef conservateur, Stephen Harper, a été courte mais lapidaire hier. «Je vais attendre de voir les détails [de leur entente] avant de commenter en profondeur, mais je constate que pour MM. Layton et Martin, 4,6 milliards de dollars, c'est le prix pour accepter la corruption, a-t-il dit. Je ne suis pas certain que les contribuables sont du même avis qu'eux.»
Le chef bloquiste Gilles Duceppe a préféré réserver ces commentaires pour ce matin, affirmant simplement que la position du Bloc reste la même: pas question d'appuyer le budget.
Malgré la courbette des libéraux, il est toutefois loin d'être certain que le budget passe la rampe lors du vote en deuxième lecture, qui doit avoir lieu au début de mai. C'est que l'appui du NPD ne donne pas la majorité absolue au PLC. Si les conservateurs et le Bloc votent contre le budget, cela fera 153 députés. Si le NPD et les libéraux votent en faveur du budget, cela fera 150 députés. Trois députés sont indépendants et doivent tous voter avec les libéraux et le NPD pour que le budget soit accepté. Or au moins un indépendant, Chuck Cadman, a déjà signifié son intention de voter avec les conservateurs. L'équilibre est donc rompu. Un siège est vacant, et le président de la Chambre, Peter Milliken, un libéral, ne peut voter qu'en cas d'égalité. Et même si cette étape est franchie, trois votes de censure devraient aboutir en même temps entre le 16 et le 19 mai.
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