Que vivent les enfants dans nos écoles?
Michèle Valois - Enseignante à l'école Père-Vimont,Commission scolaire de Laval
27 avril 2005
J'enseigne depuis 1988 à Laval dans un milieu favorisé de classe moyenne. Je peux dire que j'ai été témoin au fil des ans de la dégradation du système scolaire. Depuis une dizaine d'années, je n'entends parler que de déficit et de compressions budgétaires.
Parlons d'abord du milieu physique. Mon école, comme plusieurs autres au Québec, a été construite dans les années 60. La commission scolaire ne peut pas entretenir ses bâtiments de façon adéquate, faute de ressources financières... Nos cours d'école ne sont plus déneigées l'hiver; ce sont les enfants et les enseignants qui font le travail avec leurs pieds! Après la pluie, l'hiver, tout cela se transforme en une dangereuse patinoire, mais on ne répand plus d'abrasif avec un camion. Pour assurer la sécurité des enfants, c'est notre concierge qui a dû en répandre à la pelle avec un seau pendant toute une journée l'hiver dernier. Il faisait un soleil radieux, mais les élèves restaient à l'intérieur parce que c'était trop risqué de sortir! Toute cette neige a fondu au printemps, et la patinoire est devenue... une véritable piscine. Maintenant, les enfants courent sur le gravier et l'asphalte est très glissant. Notre concierge va-t-il passer plusieurs jours à balayer? Mystère...
Nos plafonds coulent. Cet hiver, il y avait des seaux un peu partout dans l'école. J'allais au petit coin les deux pieds dans l'eau, et il me pleuvait sur la tête. Y a-t-il de la moisissure et des champignons sous les toits? Mystère... Et à propos de plafonds, la moitié de ceux de notre école sont recouverts d'amiante... On a refait les plafonds de quelques locaux. À quand la suite? Mystère...
Le chauffage de notre école est défectueux. Très tôt, l'automne dernier, on l'a mis en marche. Nous souffrions de la chaleur, mais on nous assurait que cela se rétablirait avec les temps froids à venir. En décembre, il faisait 26 °C dans mon local; les enfants devenaient amorphes, ils avaient les lèvres gercées, des saignements de nez et des signes de déshydratation. On a appris que notre système de chauffage est désuet et qu'il n'est plus réparable. Tout l'hiver, on a crevé de chaleur ou gelé, c'est selon. Belles conditions pour apprendre! Quand va-t-on faire quelque chose? Mystère...
Les fenêtres de ma classe sont en bois, elles s'ouvrent difficilement (très dur pour le dos) et on doit placer un petit bâton pour les garder ouvertes (et elles ont été réparées!). Celles d'en haut sont clouées et condamnées. L'air arrive directement sur les enfants, qui s'en plaignent, mais que choisir avec le chauffage qui fonctionne trop fort? Quel dilemme chaque jour! On fait alterner les malaises? Quelques fenêtres de l'école ont été changées, à quant le tour des autres? Mystère...
Mes élèves ne peuvent pas s'installer au sol pour faire une affiche, les tuiles sont complètement perforées par les pattes des chaises... Dans mon local précédent, au bout du corridor, j'avais réussi à faire changer les tuiles. J'ai entendu dire que les travailleurs avaient été malades à la suite de ces travaux à cause de la poussière en dessous et de l'état lamentable des tuiles, qui se désagrégeaient en les enlevant... Qualité de l'air? Mystère...
Parlons maintenant des ressources humaines. Les besoins sont de plus en plus criants alors que l'aide disponible est nettement insuffisante. Ces dernières années, j'ai assisté, impuissante, à des comportements d'enfants extrêmement difficiles qui affectent l'ensemble des élèves puisque je dois mobiliser mon énergie vers ce problème (plan d'intervention, rencontres et communications avec les parents, feuille de route, chronologie des événements à tenir). L'intervention d'une psychoéducatrice qui suivrait ces cas lourds est absolument nécessaire. Comment pouvons-nous nous consacrer à notre véritable tâche pédagogique (préparation, évaluation, projets ouverts) quand notre temps est ainsi subtilisé? Une psychologue disponible une journée par semaine pour une école de plus de 500 élèves, c'est une aberration! Parfois, avec nos directions absentes ou occupées, j'ai dû avoir recours à l'aide du concierge et de la secrétaire...
Outre ces cas lourds, de plus en plus d'enfants ont besoin d'encadrement et de limites strictes parce qu'ils perturbent la vie en classe. Ils répliquent avec impolitesse et arrogance envers les différents intervenants de l'école. Je passe un temps énorme à éduquer en expliquant les règles élémentaires de la bienséance à une minorité d'enfants...
À ces problèmes de discipline s'ajoutent les enfants en difficulté d'apprentissage. Les enfants ne doublent plus avec la réforme. Certains enfants accusant un retard énorme sont regroupés par secteur dans des classes-ressources. On les place avec l'autre partie du groupe d'élèves moyens autonomes du secteur dit régulier. On assigne une orthopédagogue à 60 % du temps avec l'enseignante. Cette classe est étiquetée «classe régulière» par la commission scolaire. Les jours où l'orthopédagogue n'est pas en classe, l'enseignante surnage en essayant de trouver des activités réalisables par l'ensemble de cette clientèle hétéroclite... Les autres groupes ayant été «épurés» de leur clientèle moyenne autonome se retrouvent avec deux pôles très distincts, les très forts et les très faibles, avec ceux qui ont des problèmes de comportement et les élèves handicapés intégrés.
L'automne dernier, j'avais trop de demandes de référence pour l'orthopédagogie. On m'a répondu qu'on devait les mettre en attente, quitte à échanger certains enfants en cours d'année. Malgré la récupération, l'aide supplémentaire pendant la classe, c'est nettement insuffisant pour ces enfants. J'ai souvent l'impression de ne plus pouvoir offrir mon aide à ceux qui n'auraient besoin que d'un petit coup de pouce de ma part. Cela leur porte préjudice, j'ai trop à faire! Que des élèves de sept ans avec des difficultés ne soient pas aidés de façon spécifique, c'est très triste, car ils commencent leur parcours scolaire!
De plus, on observe un nombre grandissant d'enfants qui ont de la difficulté à mobiliser l'attention et la concentration nécessaires pour accomplir une tâche. Je dois les observer, les rappeler à leur tâche, valider leur travail et les encourager pour m'assurer qu'ils fournissent un minimum d'effort pendant leur journée.
À côté, j'ai la moitié de mes élèves qui sont forts et que je dois alimenter pour actualiser leur potentiel. Toutefois, là aussi, je sens que j'échoue un peu, ils doivent être «autonomes», je suis tellement occupée! Puis-je leur enseigner davantage de notions? Non, les autres sont si loin derrière!
La réforme est-elle applicable dans un tel contexte? Observer l'émergence des différentes composantes des compétences sur une grille d'observation? Impossible! Je faisais plus de projets ouverts avec mes élèves il y a quelques années; aujourd'hui, on me sollicite trop!
Pourquoi tant d'enfants en difficulté d'apprentissage, de comportement, d'attention et de concentration? Nous cherchons des coupables: la pollution, la nourriture transformée, le manque d'activité physique, la violence dans les émissions de télé et les jeux vidéo, les garderies, les familles éclatées, le laxisme de certains parents, la conciliation travail-famille, le manque de temps, la société de consommation, etc. C'est probablement un peu cela et beaucoup d'autres raisons qui nous échappent. Néanmoins, nous devons faire face à ce que vivent nos enfants et nous adapter en trouvant des solutions qui répondent aux problèmes d'aujourd'hui.
Vous croyez que je décris une réalité peu commune? Détrompez-vous! Je suis certaine que c'est la vie de plusieurs enseignantes et enfants du Québec. Nos jeunes ne peuvent pas revendiquer ou se plaindre... Les parents ne sont pas vraiment au courant du quotidien de leurs enfants. Ce n'est pas une situation qui fait beaucoup de bruit et, pourtant, les enfants sont notre avenir!
J'aime encore mon travail, mais je me sens abandonnée, impuissante et à bout de souffle. Nous devons dénoncer et nous serrer les coudes. Je crois encore que, tous ensemble, nous portons la force du changement!
Parlons d'abord du milieu physique. Mon école, comme plusieurs autres au Québec, a été construite dans les années 60. La commission scolaire ne peut pas entretenir ses bâtiments de façon adéquate, faute de ressources financières... Nos cours d'école ne sont plus déneigées l'hiver; ce sont les enfants et les enseignants qui font le travail avec leurs pieds! Après la pluie, l'hiver, tout cela se transforme en une dangereuse patinoire, mais on ne répand plus d'abrasif avec un camion. Pour assurer la sécurité des enfants, c'est notre concierge qui a dû en répandre à la pelle avec un seau pendant toute une journée l'hiver dernier. Il faisait un soleil radieux, mais les élèves restaient à l'intérieur parce que c'était trop risqué de sortir! Toute cette neige a fondu au printemps, et la patinoire est devenue... une véritable piscine. Maintenant, les enfants courent sur le gravier et l'asphalte est très glissant. Notre concierge va-t-il passer plusieurs jours à balayer? Mystère...
Nos plafonds coulent. Cet hiver, il y avait des seaux un peu partout dans l'école. J'allais au petit coin les deux pieds dans l'eau, et il me pleuvait sur la tête. Y a-t-il de la moisissure et des champignons sous les toits? Mystère... Et à propos de plafonds, la moitié de ceux de notre école sont recouverts d'amiante... On a refait les plafonds de quelques locaux. À quand la suite? Mystère...
Le chauffage de notre école est défectueux. Très tôt, l'automne dernier, on l'a mis en marche. Nous souffrions de la chaleur, mais on nous assurait que cela se rétablirait avec les temps froids à venir. En décembre, il faisait 26 °C dans mon local; les enfants devenaient amorphes, ils avaient les lèvres gercées, des saignements de nez et des signes de déshydratation. On a appris que notre système de chauffage est désuet et qu'il n'est plus réparable. Tout l'hiver, on a crevé de chaleur ou gelé, c'est selon. Belles conditions pour apprendre! Quand va-t-on faire quelque chose? Mystère...
Les fenêtres de ma classe sont en bois, elles s'ouvrent difficilement (très dur pour le dos) et on doit placer un petit bâton pour les garder ouvertes (et elles ont été réparées!). Celles d'en haut sont clouées et condamnées. L'air arrive directement sur les enfants, qui s'en plaignent, mais que choisir avec le chauffage qui fonctionne trop fort? Quel dilemme chaque jour! On fait alterner les malaises? Quelques fenêtres de l'école ont été changées, à quant le tour des autres? Mystère...
Mes élèves ne peuvent pas s'installer au sol pour faire une affiche, les tuiles sont complètement perforées par les pattes des chaises... Dans mon local précédent, au bout du corridor, j'avais réussi à faire changer les tuiles. J'ai entendu dire que les travailleurs avaient été malades à la suite de ces travaux à cause de la poussière en dessous et de l'état lamentable des tuiles, qui se désagrégeaient en les enlevant... Qualité de l'air? Mystère...
Parlons maintenant des ressources humaines. Les besoins sont de plus en plus criants alors que l'aide disponible est nettement insuffisante. Ces dernières années, j'ai assisté, impuissante, à des comportements d'enfants extrêmement difficiles qui affectent l'ensemble des élèves puisque je dois mobiliser mon énergie vers ce problème (plan d'intervention, rencontres et communications avec les parents, feuille de route, chronologie des événements à tenir). L'intervention d'une psychoéducatrice qui suivrait ces cas lourds est absolument nécessaire. Comment pouvons-nous nous consacrer à notre véritable tâche pédagogique (préparation, évaluation, projets ouverts) quand notre temps est ainsi subtilisé? Une psychologue disponible une journée par semaine pour une école de plus de 500 élèves, c'est une aberration! Parfois, avec nos directions absentes ou occupées, j'ai dû avoir recours à l'aide du concierge et de la secrétaire...
Outre ces cas lourds, de plus en plus d'enfants ont besoin d'encadrement et de limites strictes parce qu'ils perturbent la vie en classe. Ils répliquent avec impolitesse et arrogance envers les différents intervenants de l'école. Je passe un temps énorme à éduquer en expliquant les règles élémentaires de la bienséance à une minorité d'enfants...
À ces problèmes de discipline s'ajoutent les enfants en difficulté d'apprentissage. Les enfants ne doublent plus avec la réforme. Certains enfants accusant un retard énorme sont regroupés par secteur dans des classes-ressources. On les place avec l'autre partie du groupe d'élèves moyens autonomes du secteur dit régulier. On assigne une orthopédagogue à 60 % du temps avec l'enseignante. Cette classe est étiquetée «classe régulière» par la commission scolaire. Les jours où l'orthopédagogue n'est pas en classe, l'enseignante surnage en essayant de trouver des activités réalisables par l'ensemble de cette clientèle hétéroclite... Les autres groupes ayant été «épurés» de leur clientèle moyenne autonome se retrouvent avec deux pôles très distincts, les très forts et les très faibles, avec ceux qui ont des problèmes de comportement et les élèves handicapés intégrés.
L'automne dernier, j'avais trop de demandes de référence pour l'orthopédagogie. On m'a répondu qu'on devait les mettre en attente, quitte à échanger certains enfants en cours d'année. Malgré la récupération, l'aide supplémentaire pendant la classe, c'est nettement insuffisant pour ces enfants. J'ai souvent l'impression de ne plus pouvoir offrir mon aide à ceux qui n'auraient besoin que d'un petit coup de pouce de ma part. Cela leur porte préjudice, j'ai trop à faire! Que des élèves de sept ans avec des difficultés ne soient pas aidés de façon spécifique, c'est très triste, car ils commencent leur parcours scolaire!
De plus, on observe un nombre grandissant d'enfants qui ont de la difficulté à mobiliser l'attention et la concentration nécessaires pour accomplir une tâche. Je dois les observer, les rappeler à leur tâche, valider leur travail et les encourager pour m'assurer qu'ils fournissent un minimum d'effort pendant leur journée.
À côté, j'ai la moitié de mes élèves qui sont forts et que je dois alimenter pour actualiser leur potentiel. Toutefois, là aussi, je sens que j'échoue un peu, ils doivent être «autonomes», je suis tellement occupée! Puis-je leur enseigner davantage de notions? Non, les autres sont si loin derrière!
La réforme est-elle applicable dans un tel contexte? Observer l'émergence des différentes composantes des compétences sur une grille d'observation? Impossible! Je faisais plus de projets ouverts avec mes élèves il y a quelques années; aujourd'hui, on me sollicite trop!
Pourquoi tant d'enfants en difficulté d'apprentissage, de comportement, d'attention et de concentration? Nous cherchons des coupables: la pollution, la nourriture transformée, le manque d'activité physique, la violence dans les émissions de télé et les jeux vidéo, les garderies, les familles éclatées, le laxisme de certains parents, la conciliation travail-famille, le manque de temps, la société de consommation, etc. C'est probablement un peu cela et beaucoup d'autres raisons qui nous échappent. Néanmoins, nous devons faire face à ce que vivent nos enfants et nous adapter en trouvant des solutions qui répondent aux problèmes d'aujourd'hui.
Vous croyez que je décris une réalité peu commune? Détrompez-vous! Je suis certaine que c'est la vie de plusieurs enseignantes et enfants du Québec. Nos jeunes ne peuvent pas revendiquer ou se plaindre... Les parents ne sont pas vraiment au courant du quotidien de leurs enfants. Ce n'est pas une situation qui fait beaucoup de bruit et, pourtant, les enfants sont notre avenir!
J'aime encore mon travail, mais je me sens abandonnée, impuissante et à bout de souffle. Nous devons dénoncer et nous serrer les coudes. Je crois encore que, tous ensemble, nous portons la force du changement!
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