Gagliano tire sur Martin
L’ancien ministre accuse Paul Martin d’avoir détruit le Parti libéral du Canada et rendu la séparation du Québec inévitable
Alec Castonguay
26 avril 2005
Photo : Agence Reuters
Alfonso Gagliano a écorché Paul Martin, mais aussi tout le Parti libéral du Canada au cours d’un entretien diffusé hier soir à Radio-Canada.
Déversant son fiel, l’ancien ministre fédéral et ambassadeur Alfonso Gagliano a accusé le premier ministre Paul Martin d’avoir détruit le Parti libéral du Canada et rendu inévitable la séparation du Québec.
Dans une entrevue diffusée à la télévision de Radio-Canada hier soir, Alfonso Gagliano estime que Paul Martin, avec la Commission Gomery, «a donné une raison aux Québécois qui n’étaient ni fédéralistes ni souverainistes de dire: “j’en ai assez avec ce système-là’’.»
Paul Martin «a détruit le Parti libéral du Canada. Pour les prochains dix ans, le Parti libéral du Canada ne fera pas élire beaucoup de monde au Québec», a prédit l’ancien ministre. Le Bloc québécois fera élire de 60 à 65 députés aux prochaines élections et le Parti conservateur, qui remportera la victoire, ne pourra pas convaincre les Québécois d’opter pour le Canada lors d’un prochain référendum. «On ne peut pas s’en sortir», a-t-il dit. «C’est la fin du Canada tel qu’on le connaît.» L’indépendance du Québec, «c’est inévitable, c’est une question de temps». La semaine dernière, M. Gagliano avait fait pareille prédiction lors d’une première entrevue accordée au Ottawa Citizen.
Même si Jean Charest remportait la prochaine élection au Québec, «un miracle», selon lui, cela ne pourrait que «retarder peut-être» la séparation du Québec. «Il y aura une période de négociations et des ajustements. Ce ne sera pas la fin du monde», a-t-il laissé tomber.
Par ailleurs, M. Gagliano a insisté sur le rôle qu’aurait joué la firme Earnscliffe dans le financement de la campagne au leadership de M. Martin en 2002. «Certaines firmes de communication qui étaient près de M. Martin, la firme Earnscliffe, exactement, a ramassé [...] des millions de dollars», a-t-il dit au cours de l’entrevue.
Les liens entre Earnscliffe et Paul Martin sont effectivement très nombreux, comme le comité des comptes publics de la Chambre des communes l’a démontré il y a à peine deux semaines. Plusieurs conseillers actuels de M. Martin travaillaient pour Earnscliffe, et le codirecteur national de la campagne électorale des libéraux à venir, David Herle, était l’un des associés d’Earnscliffe.
Ce dernier avait d’ailleurs reconnu, devant le comité des comptes publics, qu’il était à la tête d’une compagnie à numéro, 55555 inc., qui a amassé 2,9 millions de dollars pour la campagne au leadership de M. Martin. L’argent inutilisé pour cette campagne, dont il n’a pas précisé le montant, a ensuite été versé dans les coffres du Parti libéral du Canada.
Devant ce même comité des comptes publics, Warren Kinsella, l’ancien chef de cabinet du ministre des Travaux publics en 1994 et 1995, David Dingwall, n‚avait pas été tendre envers Paul Martin et son entourage. C‚est lui qui était chargé de surveiller l‚attribution des contrats gouvernementaux.
Selon M. Kinsella, qui fait partie du clan Chrétien, le bureau de Paul Martin, à l’époque où il était ministre des Finances, mettait en place des «concours entachés d’irrégularités» pour sélectionner les firmes de recherche du ministère, avec, à la clé, des «paiements excessifs», du «travail superflu» et des «liens politiques» évidents qui ont soulevé de nombreuses plaintes, a-t-il soutenu sous serment. Et toutes les plaintes concernaient Earnscliffe, a-t-il bien précisé.
Alfonso Gagliano n’a visiblement pas apprécié d’être une fois de plus écorché par Paul Martin et son équipe, lors de l’adresse à la nation du premier ministre, jeudi dernier. «Vous savez, quand on a déjà tué quelqu‚un, quand on tire deux fois, trois fois, il est déjà tué», a-t-il dit. M. Gagliano a aussi réfuté les allégations de Benoît Corbeil, l’ancien directeur du PLC-Québec, selon lequel l’ancien ministre savait que Groupaction avait financé une caisse occulte pour soutenir financièrement le parti à même le programme des commandites.
Réagissant aux premières informations diffusées par Radio-Canada en milieu de journée hier, le chef de l‚opposition à Québec, Bernard Landry, a soutenu que l’attrait de la souveraineté ne reposait pas uniquement sur le scandale des commandites, mais que ce choix de société était une question de conviction profonde. Des mots que le chef bloquiste Gilles Duceppe ne cesse de répéter depuis quelques semaines à Ottawa.
Avec la collaboration de Robert Dutrisac
Dans une entrevue diffusée à la télévision de Radio-Canada hier soir, Alfonso Gagliano estime que Paul Martin, avec la Commission Gomery, «a donné une raison aux Québécois qui n’étaient ni fédéralistes ni souverainistes de dire: “j’en ai assez avec ce système-là’’.»
Paul Martin «a détruit le Parti libéral du Canada. Pour les prochains dix ans, le Parti libéral du Canada ne fera pas élire beaucoup de monde au Québec», a prédit l’ancien ministre. Le Bloc québécois fera élire de 60 à 65 députés aux prochaines élections et le Parti conservateur, qui remportera la victoire, ne pourra pas convaincre les Québécois d’opter pour le Canada lors d’un prochain référendum. «On ne peut pas s’en sortir», a-t-il dit. «C’est la fin du Canada tel qu’on le connaît.» L’indépendance du Québec, «c’est inévitable, c’est une question de temps». La semaine dernière, M. Gagliano avait fait pareille prédiction lors d’une première entrevue accordée au Ottawa Citizen.
Même si Jean Charest remportait la prochaine élection au Québec, «un miracle», selon lui, cela ne pourrait que «retarder peut-être» la séparation du Québec. «Il y aura une période de négociations et des ajustements. Ce ne sera pas la fin du monde», a-t-il laissé tomber.
Par ailleurs, M. Gagliano a insisté sur le rôle qu’aurait joué la firme Earnscliffe dans le financement de la campagne au leadership de M. Martin en 2002. «Certaines firmes de communication qui étaient près de M. Martin, la firme Earnscliffe, exactement, a ramassé [...] des millions de dollars», a-t-il dit au cours de l’entrevue.
Les liens entre Earnscliffe et Paul Martin sont effectivement très nombreux, comme le comité des comptes publics de la Chambre des communes l’a démontré il y a à peine deux semaines. Plusieurs conseillers actuels de M. Martin travaillaient pour Earnscliffe, et le codirecteur national de la campagne électorale des libéraux à venir, David Herle, était l’un des associés d’Earnscliffe.
Ce dernier avait d’ailleurs reconnu, devant le comité des comptes publics, qu’il était à la tête d’une compagnie à numéro, 55555 inc., qui a amassé 2,9 millions de dollars pour la campagne au leadership de M. Martin. L’argent inutilisé pour cette campagne, dont il n’a pas précisé le montant, a ensuite été versé dans les coffres du Parti libéral du Canada.
Devant ce même comité des comptes publics, Warren Kinsella, l’ancien chef de cabinet du ministre des Travaux publics en 1994 et 1995, David Dingwall, n‚avait pas été tendre envers Paul Martin et son entourage. C‚est lui qui était chargé de surveiller l‚attribution des contrats gouvernementaux.
Selon M. Kinsella, qui fait partie du clan Chrétien, le bureau de Paul Martin, à l’époque où il était ministre des Finances, mettait en place des «concours entachés d’irrégularités» pour sélectionner les firmes de recherche du ministère, avec, à la clé, des «paiements excessifs», du «travail superflu» et des «liens politiques» évidents qui ont soulevé de nombreuses plaintes, a-t-il soutenu sous serment. Et toutes les plaintes concernaient Earnscliffe, a-t-il bien précisé.
Alfonso Gagliano n’a visiblement pas apprécié d’être une fois de plus écorché par Paul Martin et son équipe, lors de l’adresse à la nation du premier ministre, jeudi dernier. «Vous savez, quand on a déjà tué quelqu‚un, quand on tire deux fois, trois fois, il est déjà tué», a-t-il dit. M. Gagliano a aussi réfuté les allégations de Benoît Corbeil, l’ancien directeur du PLC-Québec, selon lequel l’ancien ministre savait que Groupaction avait financé une caisse occulte pour soutenir financièrement le parti à même le programme des commandites.
Réagissant aux premières informations diffusées par Radio-Canada en milieu de journée hier, le chef de l‚opposition à Québec, Bernard Landry, a soutenu que l’attrait de la souveraineté ne reposait pas uniquement sur le scandale des commandites, mais que ce choix de société était une question de conviction profonde. Des mots que le chef bloquiste Gilles Duceppe ne cesse de répéter depuis quelques semaines à Ottawa.
Avec la collaboration de Robert Dutrisac
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