Chronique d'un festivalier: Le voyage, enfin
Martin Bilodeau
28 août 2002
J'ai fait, lundi soir au FFM, mon premier vrai voyage du festival. La salle 7 du Parisien, où avait lieu la première projection de Lalsalu, l'un des deux films battant pavillon bangladais cette année, était pour moitié composée d'immigrants de ce pays situé au nord-est de l'Inde. Endimanchés, ils étaient venus, la plupart en famille, reconquérir à travers l'oeuvre de leur compatriote Tanvir Mokammel une parcelle de ce pays qu'eux-mêmes ou leurs parents avaient laissé derrière en fuyant les dictatures militaires successives et la répression du Pakistan. Bref, il régnait dans la salle un esprit de famille et de communion qui, jumelé à la présence parmi nous du cinéaste et la réussite évidente de son film, confinait à l'enchantement.
L'action de Lalsalu (Un arbre sans racines) se déroule en 1948. Par le biais d'une fable réaliste, le cinéaste illustre la difficulté de paysans sans éducation dont la foi sera prise en charge par un mollah qui s'est installé dans leur village sous de faux prétextes et qui depuis, au nom d'Allah, éteint toutes les lumières, dans leur vie comme dans leurs yeux.
Par un combat muet entre la connaissance et la superstition, la foi et la bigoterie, ce film artisanal, étincelant et plein d'ironie, au rythme lent mais précis, illustre intelligemment, parfois avec lourdeur, les pièges de la dévotion.
Un système solaire sépare Lalsalu de City by the Sea, le nouveau film de Michael Caton-Jones (This Boy's Life, The Jackal), mettant en vedette Robert De Niro (voir entrevue ci-contre) au carrefour d'une dynamique de «père manquant fils manqué» sur quatre générations, dont on sait, malgré l'émotion que le film inspire, qu'elle n'est pas très neuve. De fait, rien n'est très neuf dans ce polar-blues, très fort pourtant, sur la fatalité du destin et le rachat possible de celui-ci par un policier décoré de la NYPD qui apprend que le meurtre sur lequel il enquête a été commis par son fils, un junkie dont il avait perdu la trace au lendemain de son divorce survenu une douzaine d'années plus tôt. Film sur le temps révolu (qui défile pour l'essentiel dans le paysage défraîchi de Coney Island), réalisé au présent avec des préoccupations d'hier et un vrai respect pour le travail d'acteur (Frances McDormand, en amoureuse de De Niro, est superbe), cette ville près de la mer vaut le détour.
J'aurais aimé en dire autant de Invincible, dernier né de l'Allemand Werner Herzog, lequel film termine au FFM une tournée d'un an dans les festivals, amorcée à pareille date l'an dernier à Venise. Invincible, qui allonge la liste des euro-puddings ratés mettant en vedette Tim Roth (après Vatel et Novecento), raconte l'histoire véridique d'un homme fort, fils de forgeron juif, qui devint dans les années 1930 une vedette berlinoise.
Herzog a voulu qu'à l'instar de Kaspar Hauser, sa bête de foire à travers les yeux de laquelle on observe la montée du nazisme, soit un non-personnage, planté au milieu du récit tel le pôle central d'un chapiteau, révélateur d'un monde en mutation dont il est un participant passif. Hélas, l'académisme de la mise en scène et les ratés du scénario font d'Invincible une oeuvre infiniment mineure dans la cinématographie d'un artiste qui, comme son héros ballotté par les événements, se cherche une rive où accrocher sa barque.
Dans le hall du Parisien, l'autre soir, Louis Dussault, de K-Films Amérique, distribuait aux spectateurs qui s'apprêtaient à voir la comédie Filles perdues, cheveux gras, dont il a fait l'acquisition, un tract les enjoignant de lui faire parvenir leurs commentaires par télécopieur, promettant pour les remercier de leur poster la bande sonore du film. Le distributeur du Tunnel entend développer la mise en marché de son film, qui prend l'affiche en octobre, à partir des commentaires qu'il a reçus. Celui de Marie Fanton, dont Dussault m'a donné une copie hier, se lisait comme suit: «Formidable, amusant, émouvant, grinçant, sordide, léger, chantant, amer, désespéré, drôle et surtout féerique. P.S. — Marina Foïs a de très belles jambes. P.S.2 — Moi aussi. J'aimerais rêver autrement.»
Si vous avez vu le film de Claude Duty et désirez vous joindre au bal, faites parvenir vos commentaires et adresse au 277-3598. Le stock de cd étant limité, Louis Dussault précise que les premiers seront les premiers.
L'action de Lalsalu (Un arbre sans racines) se déroule en 1948. Par le biais d'une fable réaliste, le cinéaste illustre la difficulté de paysans sans éducation dont la foi sera prise en charge par un mollah qui s'est installé dans leur village sous de faux prétextes et qui depuis, au nom d'Allah, éteint toutes les lumières, dans leur vie comme dans leurs yeux.
Par un combat muet entre la connaissance et la superstition, la foi et la bigoterie, ce film artisanal, étincelant et plein d'ironie, au rythme lent mais précis, illustre intelligemment, parfois avec lourdeur, les pièges de la dévotion.
Un système solaire sépare Lalsalu de City by the Sea, le nouveau film de Michael Caton-Jones (This Boy's Life, The Jackal), mettant en vedette Robert De Niro (voir entrevue ci-contre) au carrefour d'une dynamique de «père manquant fils manqué» sur quatre générations, dont on sait, malgré l'émotion que le film inspire, qu'elle n'est pas très neuve. De fait, rien n'est très neuf dans ce polar-blues, très fort pourtant, sur la fatalité du destin et le rachat possible de celui-ci par un policier décoré de la NYPD qui apprend que le meurtre sur lequel il enquête a été commis par son fils, un junkie dont il avait perdu la trace au lendemain de son divorce survenu une douzaine d'années plus tôt. Film sur le temps révolu (qui défile pour l'essentiel dans le paysage défraîchi de Coney Island), réalisé au présent avec des préoccupations d'hier et un vrai respect pour le travail d'acteur (Frances McDormand, en amoureuse de De Niro, est superbe), cette ville près de la mer vaut le détour.
J'aurais aimé en dire autant de Invincible, dernier né de l'Allemand Werner Herzog, lequel film termine au FFM une tournée d'un an dans les festivals, amorcée à pareille date l'an dernier à Venise. Invincible, qui allonge la liste des euro-puddings ratés mettant en vedette Tim Roth (après Vatel et Novecento), raconte l'histoire véridique d'un homme fort, fils de forgeron juif, qui devint dans les années 1930 une vedette berlinoise.
Herzog a voulu qu'à l'instar de Kaspar Hauser, sa bête de foire à travers les yeux de laquelle on observe la montée du nazisme, soit un non-personnage, planté au milieu du récit tel le pôle central d'un chapiteau, révélateur d'un monde en mutation dont il est un participant passif. Hélas, l'académisme de la mise en scène et les ratés du scénario font d'Invincible une oeuvre infiniment mineure dans la cinématographie d'un artiste qui, comme son héros ballotté par les événements, se cherche une rive où accrocher sa barque.
Dans le hall du Parisien, l'autre soir, Louis Dussault, de K-Films Amérique, distribuait aux spectateurs qui s'apprêtaient à voir la comédie Filles perdues, cheveux gras, dont il a fait l'acquisition, un tract les enjoignant de lui faire parvenir leurs commentaires par télécopieur, promettant pour les remercier de leur poster la bande sonore du film. Le distributeur du Tunnel entend développer la mise en marché de son film, qui prend l'affiche en octobre, à partir des commentaires qu'il a reçus. Celui de Marie Fanton, dont Dussault m'a donné une copie hier, se lisait comme suit: «Formidable, amusant, émouvant, grinçant, sordide, léger, chantant, amer, désespéré, drôle et surtout féerique. P.S. — Marina Foïs a de très belles jambes. P.S.2 — Moi aussi. J'aimerais rêver autrement.»
Si vous avez vu le film de Claude Duty et désirez vous joindre au bal, faites parvenir vos commentaires et adresse au 277-3598. Le stock de cd étant limité, Louis Dussault précise que les premiers seront les premiers.
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