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Martin tend l'oreille à Layton

Guillaume Bourgault-Côté   25 avril 2005 
Le premier ministre Paul Martin et le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, ont convenu hier d'une rencontre imminente pour discuter (officiellement) des amendements demandés par les néo-démocrates au budget Goodale en échange d'un appui du NPD lors du vote de confiance sur ce budget, une alliance de facto qui pourrait permettre au fragile gouvernement Martin de prolonger un peu son séjour à Ottawa.

Au bureau du premier ministre, on confirmait hier que «des discussions ont eu lieu avec le bureau de M. Layton. Les deux chefs sont désireux d'avoir des discussions sur des points communs pour bien faire fonctionner la Chambre des communes», précisait une porte-parole en prenant soin d'éviter de parler d'une «alliance».

Du côté néo-démocrate, par contre, on confirmait qu'une rencontre officielle aurait bel et bien lieu dans les prochains jours. Certaines rumeurs laissaient entendre que cette rencontre aurait pu avoir lieu dès hier soir, mais personne ne l'a confirmé. «Ça se fera bientôt», a précisé Karl Bélanger, porte-parole de Jack Layton, mais le lieu, la date exacte et l'ordre du jour ont été tenus secrets.

Visiblement en pré-campagne électorale, M. Martin, M. Layton et le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, étaient tous à Toronto au cours de la fin de semaine, où ils ont pris le pouls de la population et tenté de déterminer si les électeurs étaient prêts à retourner aux urnes. Hier, les trois chefs ont participé aux célébrations du nouvel an sikh dans diverses circonscriptions névralgiques de la région torontoise.

Interrogé à cette occasion par les journalistes, M. Layton a dit ne pas croire qu'il subira les foudres des Canadiens s'il se range derrière le gouvernement libéral. «Ce n'est pas une question d'accorder un vote de confiance au gouvernement libéral du premier ministre Paul Martin, c'est une façon d'essayer d'accomplir quelque chose de positif pour les Canadiens dans le domaine social et de l'environnement», a-t-il déclaré. «Il ne s'agit pas de sauver qui que ce soit, il s'agit de donner quelque chose aux gens. Ils essaient de respirer et de payer l'éducation de leurs enfants. Essayons d'avoir un budget qui laisse place à de telles choses au lieu de permettre aux amis de M. Martin de profiter de réductions d'impôts.»

«Ce n'est pas dans nos intentions de discuter d'une alliance lors de cette rencontre, a précisé au Devoir Karl Bélanger. On veut discuter du budget et des changements à y apporter pour qu'on puisse l'appuyer [lors du second vote]. Notre objectif n'est pas de maintenir les libéraux au pouvoir, mais de tenter de faire des choses concrètes pour les Canadiens pendant les jours ou les mois qui restent à ce gouvernement. Ça, c'est notre objectif. Maintenant, si les libéraux ont autre chose en tête, il faudra voir ce que ce sera. [...] Auparavant, les libéraux ne nous écoutaient pas, maintenant il semble que, rendu à la onzième heure, ils n'aient plus le choix, alors nous allons nous faire entendre.»

Contrairement aux bloquistes et aux conservateurs, qui sont prêts pour un scrutin rapide, les néo-démocrates ne sont pas pressés de procéder à des élections. Hier, on mentionnait ne pas avoir «d'échéancier préféré», mais on ajoutait que le parti était prêt.

En condition à un vote positif sur le budget, le NPD demande que les réductions d'impôts aux entreprises prévues par ce budget soient annulées et que les fonds prévus par la mesure servent plutôt à des investissements sociaux concrets. «Le projet de loi ne passera pas sans ces changements majeurs», indique-t-on.

Toutefois, le soutien du NPD ne mettrait pas nécessairement les libéraux à l'abri d'une chute. Mis ensemble, ces deux partis ont 151 sièges, tandis que les conservateurs et le Bloc québécois en comptent 153. Il y a trois députés indépendants, dont deux — Carolyn Parrish et Chuck Cadman — ont fait savoir qu'ils donneraient leur appui au gouvernement. David Kilgour devrait se ranger du côté de l'opposition.

En cas d'égalité, le président de la Chambre des communes Peter Milliken donnerait son appui aux libéraux. Il est toutefois impossible de prédire ce qui arrivera, puisque certains députés sont malades et pourraient devoir s'absenter le moment venu.

Duceppe sceptique

Le chef du Bloc québécois (BQ), Gilles Duceppe, se disait hier perplexe devant cette rencontre Layton-Martin. «Je ne sais pas ce que M. Layton va demander. Mais je trouverais inacceptable de voir se créer une coalition officielle après avoir entendu les propos de M. Layton sur le régime corrompu des libéraux. S'il acceptait une vraie alliance [avec ministres à la clé], ce serait la mort du NPD. Mais ils n'en ont pas parlé, alors on verra.» Stephen Harper rappelait aussi hier que «les Canadiens n'ont pas voté pour une coalition NPD-PLC».

Gilles Duceppe juge toutefois peu probable que le gouvernement Martin accepte les conditions posées par les néo-démocrates pour soutenir le budget. «Ces 4,5 milliards de dollars, c'est le coeur du budget. Et puis ça mettrait aussi le budget du Québec en danger, puisque le taux d'imposition des grandes compagnies a été haussé en considérant ce que ces compagnies allaient sauver au fédéral.»

Les libéraux doutent aussi de la probabilité. Dans sa circonscription d'Edmonton, hier, la vice-première ministre Anne McLellan a déclaré que l'élimination des réductions d'impôts aux sociétés ne permettrait pas de dégager des fonds pour les programmes sociaux à court terme puisque cette promesse n'entrera en vigueur qu'en 2008. «M. Layton n'aime peut-être pas l'idée de réductions d'impôts aux sociétés, mais si on devait les éliminer, cela ne signifierait pas nécessairement qu'on épargnerait lors des années fiscales 2005-2006 ou 2006-2007.»

Peu importe les amendements qui pourraient être adoptés, Gilles Duceppe affirme que le BQ votera contre, puisqu'il s'agit selon lui «d'un mauvais budget pour le Québec» et «qu'on ne votera certainement pas pour la mise en oeuvre d'un budget qu'on a déjà rejeté sous prétexte qu'on voudrait maintenir le gouvernement en place» jusqu'à la fin de la commission Gomery. «Ce serait leur donner un chèque en blanc, et ils ont eu assez de chèques dans les dernières années.»

Le chef bloquiste dit ainsi avoir hâte d'aller en campagne. «Il y a deux partis qui ont peur actuellement de retourner en élections, c'est le PLC et le NPD. Nous sommes prêts depuis la mi-février.»

Avec la Presse canadienne






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 25 avril 2005 09h23
    Tirer du positif du négatif
    « Le spectacle que nous offre la gent politique fédérale est à la fois détestable et inquiétant. Le mariage du parti conservateur, qui se veut national et fédéral, avec le Bloc québécois, anti-fédéral et séparatiste, en vue de faire tomber le gouvernement, est un mariage contre-nature.

    Si, par leur association, ces deux partis réussissaient à obtenir ce qu'ils recherchent, les véritables fédéralistes devraient en faire payer le prix au parti de S. Harper. Car alors, des élections auraient lieu dans une perspective électoraliste et non en vue de promouvoir une ambitieuse vision pour l'avenir du Canada et les intérêts de ses citoyens.

    Dans cette triste politicaillerie négative qui sévit à la Chambre des communes, le parti de Jack Layton offre une bouffée d'air frais avec une proposition positive. Que Jack Layton saisisse l'occasion qui s'offre à lui de tenir sa place sur la scène politique, qui saurait l'en blâmer?

    G. Duceppe n'a jamais fait autre chose et il est bien mal venu de critiquer le chef des néo-démocrates, qui applique les mêmes tactiques que celles qu'il a utilisées. Bien évidemment, ni les Conservateurs, ni les Bloquistes, fort pressés de déclencher des élections alors que la population canadienne ne l'est pas, ne sont satisfaits de ce qui se prépare.

    Que la tentative de Jack Layton réussisse ou qu'elle échoue, elle aura montré qu'un chef de parti, sans négliger les vues électorales de son parti, prend au sérieux les responsabilités qui sont les siennes. Les deux autres chefs, aux courtes vues électoralistes, semblent avoir oublié un principe de base formulé par Platon il y a des siècles mais toujours valable: «L'art politique est par essence service pour les gouvernés, et par accident profit pour les gouvernants.»

    Ce à quoi nous assistons est exactement l'inverse. Ces élus ont-ils oublié qu'ils sont au service du pays et de ses citoyens, et non l'inverse? Les citoyens ne sont pas à leur service pour les élire ou les réélire, au gré de leurs fantaisies électoralistes. «La politique, quand elle est un art et un service, non point une exploitation, c'est une action pour un idéal à travers des réalités», disait de Gaulle. Quelle vision, quel idéal pour le Canada et pour nous, ses citoyens, peut-on tirer des débats actuels? Ouvrent-ils des horizons pour dynamiser le Canada?

    Est-ce que nous manquerions de leaders politiques capables de nous offrir la vision d'un Canada moderne, dynamique, social, pleinement démocratique et riche de perspectives pour ses citoyens et pour sa jeunesse en particulier? Qui sortira notre classe politique des ornières de la politique politicienne dans laquelle elle s'embourbe, pour nous offrir des possibilités novatrices?

    Les semaines ou les jours qui viennent vont nous montrer clairement ce que nous pouvons attendre de notre classe politique. «À l'oeuvre on connaît l'ouvrier, c'est par la valeur de l'ouvrage qu'on juge celui qui l'a fait.» Le déclenchement prématuré d'élections dans des vues partisanes, et non dans l'intérêt du pays, servira à juger ceux qui l'auront fait.

    Gabriel Racle »

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