Martin tend l'oreille à Layton
Le premier ministre Paul Martin et le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, ont convenu hier d'une rencontre imminente pour discuter (officiellement) des amendements demandés par les néo-démocrates au budget Goodale en échange d'un appui du NPD lors du vote de confiance sur ce budget, une alliance de facto qui pourrait permettre au fragile gouvernement Martin de prolonger un peu son séjour à Ottawa.
Au bureau du premier ministre, on confirmait hier que «des discussions ont eu lieu avec le bureau de M. Layton. Les deux chefs sont désireux d'avoir des discussions sur des points communs pour bien faire fonctionner la Chambre des communes», précisait une porte-parole en prenant soin d'éviter de parler d'une «alliance».
Du côté néo-démocrate, par contre, on confirmait qu'une rencontre officielle aurait bel et bien lieu dans les prochains jours. Certaines rumeurs laissaient entendre que cette rencontre aurait pu avoir lieu dès hier soir, mais personne ne l'a confirmé. «Ça se fera bientôt», a précisé Karl Bélanger, porte-parole de Jack Layton, mais le lieu, la date exacte et l'ordre du jour ont été tenus secrets.
Visiblement en pré-campagne électorale, M. Martin, M. Layton et le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, étaient tous à Toronto au cours de la fin de semaine, où ils ont pris le pouls de la population et tenté de déterminer si les électeurs étaient prêts à retourner aux urnes. Hier, les trois chefs ont participé aux célébrations du nouvel an sikh dans diverses circonscriptions névralgiques de la région torontoise.
Interrogé à cette occasion par les journalistes, M. Layton a dit ne pas croire qu'il subira les foudres des Canadiens s'il se range derrière le gouvernement libéral. «Ce n'est pas une question d'accorder un vote de confiance au gouvernement libéral du premier ministre Paul Martin, c'est une façon d'essayer d'accomplir quelque chose de positif pour les Canadiens dans le domaine social et de l'environnement», a-t-il déclaré. «Il ne s'agit pas de sauver qui que ce soit, il s'agit de donner quelque chose aux gens. Ils essaient de respirer et de payer l'éducation de leurs enfants. Essayons d'avoir un budget qui laisse place à de telles choses au lieu de permettre aux amis de M. Martin de profiter de réductions d'impôts.»
«Ce n'est pas dans nos intentions de discuter d'une alliance lors de cette rencontre, a précisé au Devoir Karl Bélanger. On veut discuter du budget et des changements à y apporter pour qu'on puisse l'appuyer [lors du second vote]. Notre objectif n'est pas de maintenir les libéraux au pouvoir, mais de tenter de faire des choses concrètes pour les Canadiens pendant les jours ou les mois qui restent à ce gouvernement. Ça, c'est notre objectif. Maintenant, si les libéraux ont autre chose en tête, il faudra voir ce que ce sera. [...] Auparavant, les libéraux ne nous écoutaient pas, maintenant il semble que, rendu à la onzième heure, ils n'aient plus le choix, alors nous allons nous faire entendre.»
Contrairement aux bloquistes et aux conservateurs, qui sont prêts pour un scrutin rapide, les néo-démocrates ne sont pas pressés de procéder à des élections. Hier, on mentionnait ne pas avoir «d'échéancier préféré», mais on ajoutait que le parti était prêt.
En condition à un vote positif sur le budget, le NPD demande que les réductions d'impôts aux entreprises prévues par ce budget soient annulées et que les fonds prévus par la mesure servent plutôt à des investissements sociaux concrets. «Le projet de loi ne passera pas sans ces changements majeurs», indique-t-on.
Toutefois, le soutien du NPD ne mettrait pas nécessairement les libéraux à l'abri d'une chute. Mis ensemble, ces deux partis ont 151 sièges, tandis que les conservateurs et le Bloc québécois en comptent 153. Il y a trois députés indépendants, dont deux — Carolyn Parrish et Chuck Cadman — ont fait savoir qu'ils donneraient leur appui au gouvernement. David Kilgour devrait se ranger du côté de l'opposition.
En cas d'égalité, le président de la Chambre des communes Peter Milliken donnerait son appui aux libéraux. Il est toutefois impossible de prédire ce qui arrivera, puisque certains députés sont malades et pourraient devoir s'absenter le moment venu.
Duceppe sceptique
Le chef du Bloc québécois (BQ), Gilles Duceppe, se disait hier perplexe devant cette rencontre Layton-Martin. «Je ne sais pas ce que M. Layton va demander. Mais je trouverais inacceptable de voir se créer une coalition officielle après avoir entendu les propos de M. Layton sur le régime corrompu des libéraux. S'il acceptait une vraie alliance [avec ministres à la clé], ce serait la mort du NPD. Mais ils n'en ont pas parlé, alors on verra.» Stephen Harper rappelait aussi hier que «les Canadiens n'ont pas voté pour une coalition NPD-PLC».
Gilles Duceppe juge toutefois peu probable que le gouvernement Martin accepte les conditions posées par les néo-démocrates pour soutenir le budget. «Ces 4,5 milliards de dollars, c'est le coeur du budget. Et puis ça mettrait aussi le budget du Québec en danger, puisque le taux d'imposition des grandes compagnies a été haussé en considérant ce que ces compagnies allaient sauver au fédéral.»
Les libéraux doutent aussi de la probabilité. Dans sa circonscription d'Edmonton, hier, la vice-première ministre Anne McLellan a déclaré que l'élimination des réductions d'impôts aux sociétés ne permettrait pas de dégager des fonds pour les programmes sociaux à court terme puisque cette promesse n'entrera en vigueur qu'en 2008. «M. Layton n'aime peut-être pas l'idée de réductions d'impôts aux sociétés, mais si on devait les éliminer, cela ne signifierait pas nécessairement qu'on épargnerait lors des années fiscales 2005-2006 ou 2006-2007.»
Peu importe les amendements qui pourraient être adoptés, Gilles Duceppe affirme que le BQ votera contre, puisqu'il s'agit selon lui «d'un mauvais budget pour le Québec» et «qu'on ne votera certainement pas pour la mise en oeuvre d'un budget qu'on a déjà rejeté sous prétexte qu'on voudrait maintenir le gouvernement en place» jusqu'à la fin de la commission Gomery. «Ce serait leur donner un chèque en blanc, et ils ont eu assez de chèques dans les dernières années.»
Le chef bloquiste dit ainsi avoir hâte d'aller en campagne. «Il y a deux partis qui ont peur actuellement de retourner en élections, c'est le PLC et le NPD. Nous sommes prêts depuis la mi-février.»
Avec la Presse canadienne
Au bureau du premier ministre, on confirmait hier que «des discussions ont eu lieu avec le bureau de M. Layton. Les deux chefs sont désireux d'avoir des discussions sur des points communs pour bien faire fonctionner la Chambre des communes», précisait une porte-parole en prenant soin d'éviter de parler d'une «alliance».
Du côté néo-démocrate, par contre, on confirmait qu'une rencontre officielle aurait bel et bien lieu dans les prochains jours. Certaines rumeurs laissaient entendre que cette rencontre aurait pu avoir lieu dès hier soir, mais personne ne l'a confirmé. «Ça se fera bientôt», a précisé Karl Bélanger, porte-parole de Jack Layton, mais le lieu, la date exacte et l'ordre du jour ont été tenus secrets.
Visiblement en pré-campagne électorale, M. Martin, M. Layton et le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, étaient tous à Toronto au cours de la fin de semaine, où ils ont pris le pouls de la population et tenté de déterminer si les électeurs étaient prêts à retourner aux urnes. Hier, les trois chefs ont participé aux célébrations du nouvel an sikh dans diverses circonscriptions névralgiques de la région torontoise.
Interrogé à cette occasion par les journalistes, M. Layton a dit ne pas croire qu'il subira les foudres des Canadiens s'il se range derrière le gouvernement libéral. «Ce n'est pas une question d'accorder un vote de confiance au gouvernement libéral du premier ministre Paul Martin, c'est une façon d'essayer d'accomplir quelque chose de positif pour les Canadiens dans le domaine social et de l'environnement», a-t-il déclaré. «Il ne s'agit pas de sauver qui que ce soit, il s'agit de donner quelque chose aux gens. Ils essaient de respirer et de payer l'éducation de leurs enfants. Essayons d'avoir un budget qui laisse place à de telles choses au lieu de permettre aux amis de M. Martin de profiter de réductions d'impôts.»
«Ce n'est pas dans nos intentions de discuter d'une alliance lors de cette rencontre, a précisé au Devoir Karl Bélanger. On veut discuter du budget et des changements à y apporter pour qu'on puisse l'appuyer [lors du second vote]. Notre objectif n'est pas de maintenir les libéraux au pouvoir, mais de tenter de faire des choses concrètes pour les Canadiens pendant les jours ou les mois qui restent à ce gouvernement. Ça, c'est notre objectif. Maintenant, si les libéraux ont autre chose en tête, il faudra voir ce que ce sera. [...] Auparavant, les libéraux ne nous écoutaient pas, maintenant il semble que, rendu à la onzième heure, ils n'aient plus le choix, alors nous allons nous faire entendre.»
Contrairement aux bloquistes et aux conservateurs, qui sont prêts pour un scrutin rapide, les néo-démocrates ne sont pas pressés de procéder à des élections. Hier, on mentionnait ne pas avoir «d'échéancier préféré», mais on ajoutait que le parti était prêt.
En condition à un vote positif sur le budget, le NPD demande que les réductions d'impôts aux entreprises prévues par ce budget soient annulées et que les fonds prévus par la mesure servent plutôt à des investissements sociaux concrets. «Le projet de loi ne passera pas sans ces changements majeurs», indique-t-on.
Toutefois, le soutien du NPD ne mettrait pas nécessairement les libéraux à l'abri d'une chute. Mis ensemble, ces deux partis ont 151 sièges, tandis que les conservateurs et le Bloc québécois en comptent 153. Il y a trois députés indépendants, dont deux — Carolyn Parrish et Chuck Cadman — ont fait savoir qu'ils donneraient leur appui au gouvernement. David Kilgour devrait se ranger du côté de l'opposition.
En cas d'égalité, le président de la Chambre des communes Peter Milliken donnerait son appui aux libéraux. Il est toutefois impossible de prédire ce qui arrivera, puisque certains députés sont malades et pourraient devoir s'absenter le moment venu.
Duceppe sceptique
Le chef du Bloc québécois (BQ), Gilles Duceppe, se disait hier perplexe devant cette rencontre Layton-Martin. «Je ne sais pas ce que M. Layton va demander. Mais je trouverais inacceptable de voir se créer une coalition officielle après avoir entendu les propos de M. Layton sur le régime corrompu des libéraux. S'il acceptait une vraie alliance [avec ministres à la clé], ce serait la mort du NPD. Mais ils n'en ont pas parlé, alors on verra.» Stephen Harper rappelait aussi hier que «les Canadiens n'ont pas voté pour une coalition NPD-PLC».
Gilles Duceppe juge toutefois peu probable que le gouvernement Martin accepte les conditions posées par les néo-démocrates pour soutenir le budget. «Ces 4,5 milliards de dollars, c'est le coeur du budget. Et puis ça mettrait aussi le budget du Québec en danger, puisque le taux d'imposition des grandes compagnies a été haussé en considérant ce que ces compagnies allaient sauver au fédéral.»
Les libéraux doutent aussi de la probabilité. Dans sa circonscription d'Edmonton, hier, la vice-première ministre Anne McLellan a déclaré que l'élimination des réductions d'impôts aux sociétés ne permettrait pas de dégager des fonds pour les programmes sociaux à court terme puisque cette promesse n'entrera en vigueur qu'en 2008. «M. Layton n'aime peut-être pas l'idée de réductions d'impôts aux sociétés, mais si on devait les éliminer, cela ne signifierait pas nécessairement qu'on épargnerait lors des années fiscales 2005-2006 ou 2006-2007.»
Peu importe les amendements qui pourraient être adoptés, Gilles Duceppe affirme que le BQ votera contre, puisqu'il s'agit selon lui «d'un mauvais budget pour le Québec» et «qu'on ne votera certainement pas pour la mise en oeuvre d'un budget qu'on a déjà rejeté sous prétexte qu'on voudrait maintenir le gouvernement en place» jusqu'à la fin de la commission Gomery. «Ce serait leur donner un chèque en blanc, et ils ont eu assez de chèques dans les dernières années.»
Le chef bloquiste dit ainsi avoir hâte d'aller en campagne. «Il y a deux partis qui ont peur actuellement de retourner en élections, c'est le PLC et le NPD. Nous sommes prêts depuis la mi-février.»
Avec la Presse canadienne
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