Barrick et l'or des Andes
L’emplacement de la mine de Barrick Gold à Veladero, en Argentine. Le projet devrait entrer dans sa phase de production d’ici la fin de l’année. — Source: Barrick Gold
Une compagnie minière canadienne est confrontée à une opposition grandissante contre son projet de déplacer des glaciers, au sommet des Andes, pour trouver de l'or dans ce qui était, avant son arrivée, une Réserve de la Biosphère de l'UNESCO.
«Dans ces régions, l'eau est plus importante que l'or», explique l'un des animateurs du mouvement de résistance, Raúl Montenegro, professeur de biologie à l'Université nationale de Cordoba en Argentine, et lauréat 2004 du Right Livelihood Award communément appelé prix Nobel alternatif. «Ce sont des zones semi-arides ou désertiques. Des lieux où les activités agricoles, et même la simple survie des gens, dépendent d'un approvisionnement en eau douce qui vient en grande partie des glaciers au sommet des montages.»
À la compagnie Barrick Gold, on soupire d'exaspération. «On s'est plié à toutes les lois et règlements, dit Vincent Borg, vice-président aux communications de la multinationale canadienne à propos des deux mines d'or que l'on projette à cheval entre l'Argentine et le Chili. On a produit toutes les études d'impact environnemental. On a procédé à des campagnes d'information et de consultations populaires. On a l'appui de tous les gouvernements concernés et de la très grande majorité des populations touchées. Qu'est-ce qu'il faut de plus?»
Juché à 4500 mètres d'altitude au nord des deux pays, le projet de Pascua-Lama représente à lui seul un investissement de 1,8 milliard largement compensé par une capacité de production de 17,6 millions d'onces par année et une durée de vie minimale de 21 ans. «C'est de loin le projet le plus important que nous ayons eu depuis longtemps», dit Vincent Borg.
Il représenterait même 20 % des réserves de la compagnie qui est la troisième en importance dans le monde. Les dernières autorisations gouvernementales nécessaires sont attendues d'ici à la fin de l'année. Situé à proximité en territoire uniquement argentin, le projet de Veladero (540 millions US et 700 000 onces par année) a obtenu depuis longtemps, quant à lui, tous les permis nécessaires et devrait entrer en phase de production dès la fin de l'année.
Le pays de Barrick
Situé sur un vaste domaine de 3000 km2 surnommé «le pays de Barrick», les deux mines à ciel ouvert auront recours à une méthode d'extraction où la roche est concassée et ramassée en monticules que l'on asperge, ensuite, d'une solution de cyanure de sodium ayant la propriété de détacher l'or de la pierre et qui s'écoule, le long de digues, dans des collecteurs. Dans le cas du projet Pascua-Lama, il faudra, avant toute chose, enlever la glace de trois glaciers qui recouvrent le site de la future mine et l'emporter par camions à un quatrième glacier situé à deux kilomètres de là.
Couvrant 10 hectares et faisant 10 mètres d'épaisseur, ces glaciers ne représentent que 0,5 % des réserves d'eau de la région, se défend la compagnie. Et leur glace restera de toute manière dans même bassin hydrique.
«Les pourcentages ne sont pas importants, rétorque Raúl Montenegro qui parle plutôt d'une superficie totale de 24 hectares. Ce que Barrick ne comprend pas, c'est que ces glaciers ne sont pas seulement de la glace que l'on peut transporter d'un endroit à l'autre. Il s'agit d'éléments essentiels dans des écosystèmes fragiles et complexes.»
Quand aux dangers de fuites de cyanure de sodium et de contamination des sols et de l'eau, la compagnie assure qu'ils sont pratiquement nuls même si les mines se trouveront en zone sismique. «On a l'habitude des terrains difficiles, dit Vincent Borg, qui rappelle que les monticules de roches sont isolés du sol par trois systèmes étanches. On n'a jamais eu d'accident ni même d'incident du genre.»
«Il y a toujours des fuites, affirme au contraire Jamie Kneen, du groupe Mines Alerte, l'une des organisations canadiennes à avoir récemment pris en chasse Barrick, dans cette affaire, alors que la compagnie s'apprête à justement tenir l'assemblée annuelle de ses actionnaires, ce jeudi, à Toronto. La question est de savoir quel dommage elles causeront. Si elles sont mineures, quelques personnes peuvent être malades ou l'on retrouvera quelques animaux morts. Si elles sont importantes, comme cela est arrivé en Europe, aux États-Unis ou encore en Amérique latine, des rivières entières peuvent être empoisonnées.» Des premiers cas de contamination auraient même déjà été rapportés à Pascua-Lama, affirme Raúl Montenegro, alors que l'on n'y est encore qu'à l'étape d'exploration.
Ces faits sont d'autant plus graves, poursuit-il, qu'ils se produisent dans une zone qui appartenait initialement à une Réserve de la Biosphère officiellement reconnue par l'UNESCO depuis 1981, mais qui en a été retirée, en 1994, par le gouvernement de la province argentine de San Juan, juste avant que Barrick n'en prenne possession. La validité de cette décision est d'ailleurs maintenant remise en cause par l'une des organisations environnementales chargées de la surveillance de la Réserve, assure Raúl Montenegro.
Il était, au contraire, convenu depuis le départ, que la Réserve serait constituée d'un coeur, destiné à devenir un parc provincial de conservation, ainsi que d'une zone tampon où des activités humaines, notamment minières, pourraient se tenir, répond Barrick. Les quelque 125 000 hectares enlevés à la Réserve en 1994 appartenaient à cette dernière.
Emplois et autres préoccupations
«Il s'agit d'une zone très isolée où il y a toujours eu de l'activité minière, dit Vincent Borg, et où c'est même pratiquement la seule activité économique d'importance qui peut s'y tenir.» Pas étonnant, dit-il, que, contrairement à ce que voudrait aujourd'hui faire croire une minorité d'opposants, que les gouvernements et les populations locales aient accueilli avec joie l'arrivée de projets miniers totalisant plus de deux milliards d'investissements et créant, à Pascua-Lama, 5500 emplois directs pendant la construction et 1600 emplois directs durant l'exploitation, en plus des 4000 emplois lors de la construction et des 700 emplois de production à Veladero.
Raúl Montenegro admet que la résistance aux projets de Barrick a été pour le moins timide jusqu'à présent. «Les gens n'ont appris les détails de ces projets que récemment», explique-t-il. Mais, depuis, la pression monte, assure-t-il. Des manifestations populaires ont été organisées en Argentine comme au Chili. Autrefois inconnu du grand public, le nom Barrick Gold apparaît maintenant dans les journaux. Des recours juridiques sont en préparation. Des élus ont même commencé à exprimer leurs «préoccupations» quant aux impacts environnementaux et humains des projets.
Tout cela arrive un peu tard, constate toutefois le biologiste. La pression populaire a bien forcé, en 2003, l'américaine Meridian Gold à mettre sur la glace un autre projet, à Esquel, en Argentine, mais cette fois-ci cela risque d'être difficile. Barrick a déjà obtenu toutes les permissions nécessaires, ou est sur le point de les recevoir. Et puis, les cours de l'or sont tellement élevés.
«On obtiendra peut-être, au moins, une surveillance plus étroite de leurs activités», espère-t-il.
Cela amènera peut-être aussi les gouvernements chiliens et argentins à faire désormais plus attention à ce qui se passe dans cette importante bande de terre appelée Frontera, qui chevauche leurs deux pays, et à laquelle ils ont conféré un statut juridique distinct et intégré. Barrick Gold est loin d'être la seule compagnie à y détenir des droits d'exploitation.
«Dans ces régions, l'eau est plus importante que l'or», explique l'un des animateurs du mouvement de résistance, Raúl Montenegro, professeur de biologie à l'Université nationale de Cordoba en Argentine, et lauréat 2004 du Right Livelihood Award communément appelé prix Nobel alternatif. «Ce sont des zones semi-arides ou désertiques. Des lieux où les activités agricoles, et même la simple survie des gens, dépendent d'un approvisionnement en eau douce qui vient en grande partie des glaciers au sommet des montages.»
À la compagnie Barrick Gold, on soupire d'exaspération. «On s'est plié à toutes les lois et règlements, dit Vincent Borg, vice-président aux communications de la multinationale canadienne à propos des deux mines d'or que l'on projette à cheval entre l'Argentine et le Chili. On a produit toutes les études d'impact environnemental. On a procédé à des campagnes d'information et de consultations populaires. On a l'appui de tous les gouvernements concernés et de la très grande majorité des populations touchées. Qu'est-ce qu'il faut de plus?»
Juché à 4500 mètres d'altitude au nord des deux pays, le projet de Pascua-Lama représente à lui seul un investissement de 1,8 milliard largement compensé par une capacité de production de 17,6 millions d'onces par année et une durée de vie minimale de 21 ans. «C'est de loin le projet le plus important que nous ayons eu depuis longtemps», dit Vincent Borg.
Il représenterait même 20 % des réserves de la compagnie qui est la troisième en importance dans le monde. Les dernières autorisations gouvernementales nécessaires sont attendues d'ici à la fin de l'année. Situé à proximité en territoire uniquement argentin, le projet de Veladero (540 millions US et 700 000 onces par année) a obtenu depuis longtemps, quant à lui, tous les permis nécessaires et devrait entrer en phase de production dès la fin de l'année.
Le pays de Barrick
Situé sur un vaste domaine de 3000 km2 surnommé «le pays de Barrick», les deux mines à ciel ouvert auront recours à une méthode d'extraction où la roche est concassée et ramassée en monticules que l'on asperge, ensuite, d'une solution de cyanure de sodium ayant la propriété de détacher l'or de la pierre et qui s'écoule, le long de digues, dans des collecteurs. Dans le cas du projet Pascua-Lama, il faudra, avant toute chose, enlever la glace de trois glaciers qui recouvrent le site de la future mine et l'emporter par camions à un quatrième glacier situé à deux kilomètres de là.
Couvrant 10 hectares et faisant 10 mètres d'épaisseur, ces glaciers ne représentent que 0,5 % des réserves d'eau de la région, se défend la compagnie. Et leur glace restera de toute manière dans même bassin hydrique.
«Les pourcentages ne sont pas importants, rétorque Raúl Montenegro qui parle plutôt d'une superficie totale de 24 hectares. Ce que Barrick ne comprend pas, c'est que ces glaciers ne sont pas seulement de la glace que l'on peut transporter d'un endroit à l'autre. Il s'agit d'éléments essentiels dans des écosystèmes fragiles et complexes.»
Quand aux dangers de fuites de cyanure de sodium et de contamination des sols et de l'eau, la compagnie assure qu'ils sont pratiquement nuls même si les mines se trouveront en zone sismique. «On a l'habitude des terrains difficiles, dit Vincent Borg, qui rappelle que les monticules de roches sont isolés du sol par trois systèmes étanches. On n'a jamais eu d'accident ni même d'incident du genre.»
«Il y a toujours des fuites, affirme au contraire Jamie Kneen, du groupe Mines Alerte, l'une des organisations canadiennes à avoir récemment pris en chasse Barrick, dans cette affaire, alors que la compagnie s'apprête à justement tenir l'assemblée annuelle de ses actionnaires, ce jeudi, à Toronto. La question est de savoir quel dommage elles causeront. Si elles sont mineures, quelques personnes peuvent être malades ou l'on retrouvera quelques animaux morts. Si elles sont importantes, comme cela est arrivé en Europe, aux États-Unis ou encore en Amérique latine, des rivières entières peuvent être empoisonnées.» Des premiers cas de contamination auraient même déjà été rapportés à Pascua-Lama, affirme Raúl Montenegro, alors que l'on n'y est encore qu'à l'étape d'exploration.
Ces faits sont d'autant plus graves, poursuit-il, qu'ils se produisent dans une zone qui appartenait initialement à une Réserve de la Biosphère officiellement reconnue par l'UNESCO depuis 1981, mais qui en a été retirée, en 1994, par le gouvernement de la province argentine de San Juan, juste avant que Barrick n'en prenne possession. La validité de cette décision est d'ailleurs maintenant remise en cause par l'une des organisations environnementales chargées de la surveillance de la Réserve, assure Raúl Montenegro.
Il était, au contraire, convenu depuis le départ, que la Réserve serait constituée d'un coeur, destiné à devenir un parc provincial de conservation, ainsi que d'une zone tampon où des activités humaines, notamment minières, pourraient se tenir, répond Barrick. Les quelque 125 000 hectares enlevés à la Réserve en 1994 appartenaient à cette dernière.
Emplois et autres préoccupations
«Il s'agit d'une zone très isolée où il y a toujours eu de l'activité minière, dit Vincent Borg, et où c'est même pratiquement la seule activité économique d'importance qui peut s'y tenir.» Pas étonnant, dit-il, que, contrairement à ce que voudrait aujourd'hui faire croire une minorité d'opposants, que les gouvernements et les populations locales aient accueilli avec joie l'arrivée de projets miniers totalisant plus de deux milliards d'investissements et créant, à Pascua-Lama, 5500 emplois directs pendant la construction et 1600 emplois directs durant l'exploitation, en plus des 4000 emplois lors de la construction et des 700 emplois de production à Veladero.
Raúl Montenegro admet que la résistance aux projets de Barrick a été pour le moins timide jusqu'à présent. «Les gens n'ont appris les détails de ces projets que récemment», explique-t-il. Mais, depuis, la pression monte, assure-t-il. Des manifestations populaires ont été organisées en Argentine comme au Chili. Autrefois inconnu du grand public, le nom Barrick Gold apparaît maintenant dans les journaux. Des recours juridiques sont en préparation. Des élus ont même commencé à exprimer leurs «préoccupations» quant aux impacts environnementaux et humains des projets.
Tout cela arrive un peu tard, constate toutefois le biologiste. La pression populaire a bien forcé, en 2003, l'américaine Meridian Gold à mettre sur la glace un autre projet, à Esquel, en Argentine, mais cette fois-ci cela risque d'être difficile. Barrick a déjà obtenu toutes les permissions nécessaires, ou est sur le point de les recevoir. Et puis, les cours de l'or sont tellement élevés.
«On obtiendra peut-être, au moins, une surveillance plus étroite de leurs activités», espère-t-il.
Cela amènera peut-être aussi les gouvernements chiliens et argentins à faire désormais plus attention à ce qui se passe dans cette importante bande de terre appelée Frontera, qui chevauche leurs deux pays, et à laquelle ils ont conféré un statut juridique distinct et intégré. Barrick Gold est loin d'être la seule compagnie à y détenir des droits d'exploitation.
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