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Une responsabilité d'entreprise

Jean-Robert Sansfaçon   28 août 2002 
C'est par une confortable majorité que les résidants de Murdochville ont voté, dimanche dernier, la fermeture de leur petite ville minière située à l'intérieur de la péninsule gaspésienne. Voilà une conclusion bien triste à laquelle doivent se résoudre des citoyens à qui on avait fait miroiter une vie confortable au service d'une multinationale qui s'en tire finalement à trop bon compte.

Les habitants de Murdochville fêteront le cinquantième anniversaire de leur municipalité l'an prochain, l'année même où la Ville pourrait fermer ses portes. Au rythme où vont les choses depuis la fermeture de la mine de cuivre en 1999, bientôt suivie par la fermeture de la fonderie en avril dernier, il risque de ne plus y avoir beaucoup de monde pour célébrer cet anniversaire. Déjà, plusieurs maisons sont vides. D'ici un peu plus d'un an, les services locaux seront affectés à leur tour puisque la compagnie aura cessé de payer ses taxes, elle qui assumait 70 % du mince budget de la municipalité. Le gouvernement du Québec s'est engagé à entretenir les routes et à maintenir les soins de santé et d'éducation jusqu'en décembre 2003, mais par la suite, c'est le noir.

Si Murdochville s'éteint, ce ne sera pas la première fois qu'on aura vu une ville minière disparaître. Il y a quelques années, on a littéralement rasé le village de Gagnon. Chaque fois, c'est un drame, pour cause! Mais c'est difficile d'imaginer comment il pourrait en être autrement. Le Québec est un vaste pays où plusieurs villes et villages peu peuplés doivent leur existence à la seule présence d'une ressource naturelle particulière. Ici c'est la pêche, là le cuivre, l'or ou la forêt. Tant que la richesse abonde, les travailleurs gagnent bien leur vie, souvent mieux qu'ailleurs. Mais lorsque la richesse vient à disparaître, qu'on lui trouve un substitut ou que son prix chute sous le seuil de la rentabilité, alors c'est le drame.

Pour éviter le pire, on se mobilise, on lance des idées, on fait appel aux gouvernements et en dernier recours on parle de tourisme... Mais la plupart du temps, on ne trouve rien qui puisse remplacer l'activité d'origine et il ne reste plus qu'à plier bagage pour un ailleurs plus prometteur.

Le scénario est toujours le même et pourtant, il se répète comme si quelque miracle pouvait toujours survenir. La fermeture de la mine et ses conséquences sur la ville et ses habitants, il en avait été question déjà en 1982, puis en 1987. Il était écrit dans le ciel que Murdochville perdrait sa principale source d'emplois et de richesse un jour. Pourtant, aucun gouvernement n'est jamais intervenu de façon préventive afin de forcer la multinationale à créer un fonds de compensation pour le jour où elle cesserait ses activités.

La fermeture d'une ville dont l'existence avait été rendue nécessaire par la seule production d'une entreprise relève de la responsabilité de cette entreprise et non des gouvernements. De son côté, l'État a déjà largement fait sa part en fournissant les services publics adéquats pendant toutes ces années. D'autant qu'il aura aussi la responsabilité de replacer les employés de ses propres institutions et de prendre à sa charge les infrastructures publiques une fois les gens partis.

Aujourd'hui, c'est donc à Noranda qu'il revient de dédommager de façon adéquate les centaines de ménages désormais prisonniers de cette enclave. Pour ces familles, il n'y a pas que le régime de retraite qui importe, il y a aussi la maison dont la valeur a fondu comme neige au soleil à la suite de la fermeture des installations productives. Après tout, ce sont ces gens, cette communauté qui a permis à Noranda de se développer pendant 50 ans.
 
 
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