Revendications des enseignants - Moutons dociles
Claudie Thériault - Enseignante, Montréal
25 avril 2005
Les moyens de pression déployés par les enseignants du primaire et du secondaire s'inspirent de la devise: «il ne faut déranger personne, et surtout pas le gouvernement».
Pour ne pas forcer ce dernier à négocier, nos bons dirigeants syndicaux nous ont proposé une série d'actions d'une efficacité peu commune. Les enseignants s'habillent en noir tous les mardis; ils ont donné un beau congé de devoir et de leçons pendant une bonne grosse semaine (service considéré essentiel en 2001); ils ont organisé des grèves rotatives en s'assurant que ça ne tombe pas en même temps que les manifs des étudiants; puis ils participeront à une belle manifestation à Québec pendant la journée de grève du 6 mai (le 5 mai, tous les élèves de notre belle province pourront faire leur examen de français en toute tranquillité). [...]
Je n'ai pas de mots pour qualifier les «moyens anti-pression» qui nous ont été proposés. Madame Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement, fait de la réingénierie syndicale. [...]
Une défense médiocre
Notre syndicat se permet les pires médiocrités depuis des années sur le plan de la défense de nos conditions de travail et de la démocratie. Mes plus vifs souvenirs à cet égard remontent à 1997. Cette année-là, on négocie les compressions en gelant les salaires des enseignants ayant moins de 15 ans d'ancienneté. La même année, on se prononce contre un ordre professionnel sans jamais consulter les enseignants et on forme un beau comité anti-ordre qui dispose d'un beau budget pour mener une belle propagande de peur.
Peu de temps après, on aborde la négociation sur l'équité salariale en inventant une devise célèbre dans nos rangs, «à travail égal salaire égal»: la scolarité ne sera plus reconnue dans la nouvelle échelle salariale. Les enseignants ayant moins de 17 ans de scolarité (ils sont presque tous retraités aujourd'hui) reçoivent, peu après, un beau gros chèque d'équité. Et pour ceux qui n'ont encore presque rien reçu: ce n'est pas fini, nos heures de travail augmentent d'année en année en vue d'un futur règlement sur l'équité salariale...
Ah, j'allais oublier: les frais d'assurance collective ne cessent d'augmenter à chaque renouvellement même si notre salaire assuré est passé de 80 à 70 % [...] et nos régimes de retraite ne sont plus indexés depuis 1982. De quoi se plaint-on? On a deux mois de vacances l'été et la sécurité d'emploi même si on est incompétent.
Jeu de pouvoir
La stratégie syndicale fonctionne grâce deux moyens de prédilection:
- le dépôt (remettre à plus tard) des propositions intelligentes d'une minorité d'enseignants débordés parmi une majorité de syndicaleux qui assistent aux assemblées générales;
- le développement d'un réseau d'influence avec les médias et le pouvoir politique.
Parlons donc un peu de ce jeu de pouvoir, car si l'éducation est en déroute à l'heure actuelle au Québec, c'est en partie dû au fait qu'une grande part de l'argent et de l'énergie qui devraient être consacrés aux services directs à l'élève est détournée afin de nourrir les ambitions des dirigeants des trois grandes bureaucraties du système:
- la Fédération des commissions scolaires — qui, en passant, condamne les vilains moyens de pressions des enseignants —, qui espère étendre ses tentacules technocratiques jusqu'aux cégeps;
- la Fédération des enseignants du Québec, qui souhaite à tout prix conserver son monopole sur ses «cols bleus de l'enseignement» et qui craint le jour où les enseignants cesseront d'être des moutons dociles et réclameront une reconnaissance légale de leur statut de professionnels;
- le gouvernement, qui espère négocier des budgets et des conventions collectives au plus bas coût possible en vue des prochaines élections, et qui préfère éviter de prendre des décisions qui entreraient en conflit avec les ambitions corporatives de chacun, et ce, prétendument au nom de la qualité de l'éducation au Québec.
Le malaise est profond. Il y a 15 ans que j'enseigne dans une école secondaire publique et je peux affirmer que la qualité du service se dégrade d'année en année. Nous avons le devoir de faire des miracles avec les miettes qui nous restent sans posséder aucun droit de regard sur les décisions qui sont prises par les pouvoirs politiques et administratifs du système public.
J'en ai assez de me faire dire par mon directeur que «mes» moyennes sont trop faibles et qu'il faut que je m'adapte, car la mode est aujourd'hui au nivellement par le bas: la réussite pour tous sans efforts. Je ne suis vraiment pas à la mode et je ne suis pas non plus un mouton docile. [...]
Je revendique donc:
- que mon syndicat respecte son mandat qui est de défendre les conditions de travail des enseignants au lieu d'essayer de démontrer qu'il peut aussi servir les intérêt du public afin d'éviter de perdre du pouvoir;
- que le Parti libéral du Québec réalise sa promesse de réingénierie du système éducatif par la création d'un ordre professionnel en déléguant un réel pouvoir aux enseignants dans la défense des intérêts du public;
- que les commissions scolaires gèrent les fonds publics de manière à ce que ses administrateurs soient au service de l'école primaire et secondaire et non le contraire.
Pour ne pas forcer ce dernier à négocier, nos bons dirigeants syndicaux nous ont proposé une série d'actions d'une efficacité peu commune. Les enseignants s'habillent en noir tous les mardis; ils ont donné un beau congé de devoir et de leçons pendant une bonne grosse semaine (service considéré essentiel en 2001); ils ont organisé des grèves rotatives en s'assurant que ça ne tombe pas en même temps que les manifs des étudiants; puis ils participeront à une belle manifestation à Québec pendant la journée de grève du 6 mai (le 5 mai, tous les élèves de notre belle province pourront faire leur examen de français en toute tranquillité). [...]
Je n'ai pas de mots pour qualifier les «moyens anti-pression» qui nous ont été proposés. Madame Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement, fait de la réingénierie syndicale. [...]
Une défense médiocre
Notre syndicat se permet les pires médiocrités depuis des années sur le plan de la défense de nos conditions de travail et de la démocratie. Mes plus vifs souvenirs à cet égard remontent à 1997. Cette année-là, on négocie les compressions en gelant les salaires des enseignants ayant moins de 15 ans d'ancienneté. La même année, on se prononce contre un ordre professionnel sans jamais consulter les enseignants et on forme un beau comité anti-ordre qui dispose d'un beau budget pour mener une belle propagande de peur.
Peu de temps après, on aborde la négociation sur l'équité salariale en inventant une devise célèbre dans nos rangs, «à travail égal salaire égal»: la scolarité ne sera plus reconnue dans la nouvelle échelle salariale. Les enseignants ayant moins de 17 ans de scolarité (ils sont presque tous retraités aujourd'hui) reçoivent, peu après, un beau gros chèque d'équité. Et pour ceux qui n'ont encore presque rien reçu: ce n'est pas fini, nos heures de travail augmentent d'année en année en vue d'un futur règlement sur l'équité salariale...
Ah, j'allais oublier: les frais d'assurance collective ne cessent d'augmenter à chaque renouvellement même si notre salaire assuré est passé de 80 à 70 % [...] et nos régimes de retraite ne sont plus indexés depuis 1982. De quoi se plaint-on? On a deux mois de vacances l'été et la sécurité d'emploi même si on est incompétent.
Jeu de pouvoir
La stratégie syndicale fonctionne grâce deux moyens de prédilection:
- le dépôt (remettre à plus tard) des propositions intelligentes d'une minorité d'enseignants débordés parmi une majorité de syndicaleux qui assistent aux assemblées générales;
- le développement d'un réseau d'influence avec les médias et le pouvoir politique.
Parlons donc un peu de ce jeu de pouvoir, car si l'éducation est en déroute à l'heure actuelle au Québec, c'est en partie dû au fait qu'une grande part de l'argent et de l'énergie qui devraient être consacrés aux services directs à l'élève est détournée afin de nourrir les ambitions des dirigeants des trois grandes bureaucraties du système:
- la Fédération des commissions scolaires — qui, en passant, condamne les vilains moyens de pressions des enseignants —, qui espère étendre ses tentacules technocratiques jusqu'aux cégeps;
- la Fédération des enseignants du Québec, qui souhaite à tout prix conserver son monopole sur ses «cols bleus de l'enseignement» et qui craint le jour où les enseignants cesseront d'être des moutons dociles et réclameront une reconnaissance légale de leur statut de professionnels;
- le gouvernement, qui espère négocier des budgets et des conventions collectives au plus bas coût possible en vue des prochaines élections, et qui préfère éviter de prendre des décisions qui entreraient en conflit avec les ambitions corporatives de chacun, et ce, prétendument au nom de la qualité de l'éducation au Québec.
Le malaise est profond. Il y a 15 ans que j'enseigne dans une école secondaire publique et je peux affirmer que la qualité du service se dégrade d'année en année. Nous avons le devoir de faire des miracles avec les miettes qui nous restent sans posséder aucun droit de regard sur les décisions qui sont prises par les pouvoirs politiques et administratifs du système public.
J'en ai assez de me faire dire par mon directeur que «mes» moyennes sont trop faibles et qu'il faut que je m'adapte, car la mode est aujourd'hui au nivellement par le bas: la réussite pour tous sans efforts. Je ne suis vraiment pas à la mode et je ne suis pas non plus un mouton docile. [...]
Je revendique donc:
- que mon syndicat respecte son mandat qui est de défendre les conditions de travail des enseignants au lieu d'essayer de démontrer qu'il peut aussi servir les intérêt du public afin d'éviter de perdre du pouvoir;
- que le Parti libéral du Québec réalise sa promesse de réingénierie du système éducatif par la création d'un ordre professionnel en déléguant un réel pouvoir aux enseignants dans la défense des intérêts du public;
- que les commissions scolaires gèrent les fonds publics de manière à ce que ses administrateurs soient au service de l'école primaire et secondaire et non le contraire.
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