Revue de presse - Un peu de gentillesse pour Paul Martin
Antoine Robitaille
23 avril 2005
«Il semble bien que ce soit une proposition juste», écrivait le Globe and Mail hier en commentant le discours à la nation de notre premier ministre en «état de siège», expression utilisée par le National Post.
La «performance de M. Martin», qualifiée par le Globe de «sincère et solide», semble avoir convaincu, voire séduit, le journal torontois, qui épousait hier tous les arguments du premier ministre dans ce qui ressemblait à un éditorial de réorientation préélectorale.
Ainsi le Globe estime-t-il qu'on doit attendre avant de convoquer les Canadiens aux urnes, même s'ils sont «fâchés, et avec raison, à propos des terribles allégations liées au scandale des commandites». Le Toronto Star ne disait pas autre chose hier en éditorial: «Compte tenu du gâchis auquel font face Paul Martin et le Parti libéral, fixer une échéance pour les prochaines élections est ce qu'il y avait à faire.»
Revenons au Globe, qui soulignait que nous n'aurons «pas le portrait complet tant que la commission Gomery ne soumettra pas son rapport final, plus tard cette année». Et, à ce moment, M. Martin a promis de faire face à l'électorat lors d'élections générales, «une promesse exceptionnelle de la part d'un premier ministre du Canada». Le Globe estime qu'on ne peut pas reprocher aux libéraux de refuser d'affronter la situation.
«Malgré les efforts de l'opposition pour ternir l'image de M. Martin avec le scandale des commandites, aucune preuve jusqu'à maintenant ne laisse entendre qu'il ait quoi que ce soit à se reprocher», sauf peut-être «d'avoir échoué à détecter les magouilles et à y mettre un frein, [...] une erreur pour laquelle il a offert ses excuses dans son discours à la nation».
Quel contraste avec l'arrogance de Jean Chrétien, «qui a toujours nié avoir fait quelque erreur et qui a tenté par tous les moyens de balayer les choses sous le tapis». Après tout, souligne le Globe, Paul Martin «s'est fendu en quatre» pour aller au fond des choses: il a annulé le programme des commandites dès son premier jour au pouvoir, congédié le ministre qui en était le responsable, institué la commission Gomery, demandé à son gouvernement d'intenter des poursuites devant les tribunaux pour récupérer «l'argent sale», demandé à la Gendarmerie royale du Canada de s'intéresser au dossier et soumis les états financiers du Parti libéral à des vérificateurs. «Qu'aurait-il pu faire de plus?»
Le Globe va jusqu'à dire ceci: «On pourra dire tout ce qu'on voudra du manque de cohérence de M. Martin, de son leadership chancelant et de ses autres défauts évidents, il ne fait toutefois aucun doute qu'il a répondu de façon adéquate et honorable à la question des commandites.» Selon le Globe, cette probité de Paul Martin contraste avec le caractère «strident et excessif» de la réponse de Stephen Harper. L'opposition a beau être l'opposition, le chef conservateur n'avait pas à qualifier la performance du premier ministre de «spectacle désolant» de la part d'un homme «qui quémandait une dernière chance». À l'excellente question de M. Harper, «les Canadiens croient-ils vraiment que le numéro deux du gouvernement, dont émanent tant d'odeurs de corruption, est la bonne personne pour faire le ménage aujourd'hui?», le Globe va jusqu'à répondre: «Peut-être que oui.» Éditorial préélectoral, vous dis-je.
***
Le National Post avait aussi quelques bons mots pour le premier ministre hier. «Même si notre comité éditorial, qui s'est montré très critique du gouvernement de M. Martin, doit reconnaître que la majeure partie du discours du premier ministre hier était vraie, certaines des allégations les plus stupéfiantes entendues à la commission Gomery, y compris celles de l'ancien président de Groupaction, Jean Brault, semblent sans fondement et ont été contredites lors de témoignages subséquents. Aussi, personne n'a lié de façon crédible le premier ministre à cette affaire.»
Faut-il pour autant reporter les élections? Non, croit le Post, qui prédit que le peuple se rendra aux urnes sous peu. Et c'est sans doute une bonne chose, opine-t-il, car, depuis que Paul Martin est arrivé au pouvoir, le gouvernement a été totalement paralysé par ce scandale.
***
Diffusée à une heure de grande écoute, l'allocution de M. Martin? Pas dans l'Ouest, en tout cas, notait Rick Bell dans le Calgary Sun d'hier. Selon lui, Martin s'occupait du gros de «ses fidèles», qui sont dans l'Est et qui désespéraient de se «donner une nouvelle argumentation pour voter libéral de nouveau».
Que nous a révélé cette allocution? Eh bien, que «M. Tergiverse est devenu M. Désespéré». M. Tergiverse: c'est le qualificatif que la revue The Economist avait réservé au premier ministre Paul Martin. Faisant allusion à Jean Chrétien, Bell écrit qu'un jour, à la veille du référendum de 1995, «un premier ministre s'est saisi des ondes publiques pour sauver le pays». Jeudi soir, «le premier ministre s'est servi des ondes pour tenter de sauver son emploi». Nous vivons vraiment «une époque effrontée», rage le chroniqueur, qui se livre à un exercice intéressant: comparer les phrases de celui qu'il nomme «Mister Desperate» à celles de Jean Chrétien dans son discours de 1995 pour enfin citer Pierre Trudeau s'exprimant à la télé en pleine Crise d'octobre.
Constat: «Quelle déchéance! À notre époque, nous avons M. Désespéré, Paul, le vieux catholique, qui connaît la valeur de deux petits mots latins: mea culpa. Il se confesse en public.»
Le chroniqueur se montre très cynique et non moins sceptique devant l'«infomercial» du premier ministre. D'abord, on n'a rien appris, dit-il. Il n'a fait que répéter ce qu'il dit depuis longtemps: qu'il a aboli le programme des commandites, viré l'ambassadeur Gagliano, etc. Mais cette fois-ci, écrit Bell, «il s'est permis de le faire à la télé, sans les contradicteurs de l'opposition de ce système plein d'inconvénients qu'on appelle la démocratie».
***
Une brève on the ROC en terminant.
Rick Salutin s'interrogeait dans le Globe d'hier: «Mais qu'y a-t-il de si terrible avec le relativisme?» Il faisait référence à la fameuse homélie programmatique de Benoît XVI, qui s'inquiétait cette semaine de l'avènement d'une «dictature du relativisme», du «tout se vaut», un souci que le National Post a d'ailleurs repris à son compte cette semaine. Pour Salutin, «le mot "relativisme" ne signifie pas que tout ce que les gens pensent est vrai mais plutôt que toute perspective peut renfermer une parcelle de vérité. Et aussi qu'aucune vision du monde ne peut contenir toute la vérité à elle seule». Convenons tout de même que dans un monde dont le leitmotiv est «c'est ton opinion et je la respecte», le retour d'un débat sur le relativisme a quelque chose de nécessaire.
arobitaille@sympatico.ca
La «performance de M. Martin», qualifiée par le Globe de «sincère et solide», semble avoir convaincu, voire séduit, le journal torontois, qui épousait hier tous les arguments du premier ministre dans ce qui ressemblait à un éditorial de réorientation préélectorale.
Ainsi le Globe estime-t-il qu'on doit attendre avant de convoquer les Canadiens aux urnes, même s'ils sont «fâchés, et avec raison, à propos des terribles allégations liées au scandale des commandites». Le Toronto Star ne disait pas autre chose hier en éditorial: «Compte tenu du gâchis auquel font face Paul Martin et le Parti libéral, fixer une échéance pour les prochaines élections est ce qu'il y avait à faire.»
Revenons au Globe, qui soulignait que nous n'aurons «pas le portrait complet tant que la commission Gomery ne soumettra pas son rapport final, plus tard cette année». Et, à ce moment, M. Martin a promis de faire face à l'électorat lors d'élections générales, «une promesse exceptionnelle de la part d'un premier ministre du Canada». Le Globe estime qu'on ne peut pas reprocher aux libéraux de refuser d'affronter la situation.
«Malgré les efforts de l'opposition pour ternir l'image de M. Martin avec le scandale des commandites, aucune preuve jusqu'à maintenant ne laisse entendre qu'il ait quoi que ce soit à se reprocher», sauf peut-être «d'avoir échoué à détecter les magouilles et à y mettre un frein, [...] une erreur pour laquelle il a offert ses excuses dans son discours à la nation».
Quel contraste avec l'arrogance de Jean Chrétien, «qui a toujours nié avoir fait quelque erreur et qui a tenté par tous les moyens de balayer les choses sous le tapis». Après tout, souligne le Globe, Paul Martin «s'est fendu en quatre» pour aller au fond des choses: il a annulé le programme des commandites dès son premier jour au pouvoir, congédié le ministre qui en était le responsable, institué la commission Gomery, demandé à son gouvernement d'intenter des poursuites devant les tribunaux pour récupérer «l'argent sale», demandé à la Gendarmerie royale du Canada de s'intéresser au dossier et soumis les états financiers du Parti libéral à des vérificateurs. «Qu'aurait-il pu faire de plus?»
Le Globe va jusqu'à dire ceci: «On pourra dire tout ce qu'on voudra du manque de cohérence de M. Martin, de son leadership chancelant et de ses autres défauts évidents, il ne fait toutefois aucun doute qu'il a répondu de façon adéquate et honorable à la question des commandites.» Selon le Globe, cette probité de Paul Martin contraste avec le caractère «strident et excessif» de la réponse de Stephen Harper. L'opposition a beau être l'opposition, le chef conservateur n'avait pas à qualifier la performance du premier ministre de «spectacle désolant» de la part d'un homme «qui quémandait une dernière chance». À l'excellente question de M. Harper, «les Canadiens croient-ils vraiment que le numéro deux du gouvernement, dont émanent tant d'odeurs de corruption, est la bonne personne pour faire le ménage aujourd'hui?», le Globe va jusqu'à répondre: «Peut-être que oui.» Éditorial préélectoral, vous dis-je.
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Le National Post avait aussi quelques bons mots pour le premier ministre hier. «Même si notre comité éditorial, qui s'est montré très critique du gouvernement de M. Martin, doit reconnaître que la majeure partie du discours du premier ministre hier était vraie, certaines des allégations les plus stupéfiantes entendues à la commission Gomery, y compris celles de l'ancien président de Groupaction, Jean Brault, semblent sans fondement et ont été contredites lors de témoignages subséquents. Aussi, personne n'a lié de façon crédible le premier ministre à cette affaire.»
Faut-il pour autant reporter les élections? Non, croit le Post, qui prédit que le peuple se rendra aux urnes sous peu. Et c'est sans doute une bonne chose, opine-t-il, car, depuis que Paul Martin est arrivé au pouvoir, le gouvernement a été totalement paralysé par ce scandale.
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Diffusée à une heure de grande écoute, l'allocution de M. Martin? Pas dans l'Ouest, en tout cas, notait Rick Bell dans le Calgary Sun d'hier. Selon lui, Martin s'occupait du gros de «ses fidèles», qui sont dans l'Est et qui désespéraient de se «donner une nouvelle argumentation pour voter libéral de nouveau».
Que nous a révélé cette allocution? Eh bien, que «M. Tergiverse est devenu M. Désespéré». M. Tergiverse: c'est le qualificatif que la revue The Economist avait réservé au premier ministre Paul Martin. Faisant allusion à Jean Chrétien, Bell écrit qu'un jour, à la veille du référendum de 1995, «un premier ministre s'est saisi des ondes publiques pour sauver le pays». Jeudi soir, «le premier ministre s'est servi des ondes pour tenter de sauver son emploi». Nous vivons vraiment «une époque effrontée», rage le chroniqueur, qui se livre à un exercice intéressant: comparer les phrases de celui qu'il nomme «Mister Desperate» à celles de Jean Chrétien dans son discours de 1995 pour enfin citer Pierre Trudeau s'exprimant à la télé en pleine Crise d'octobre.
Constat: «Quelle déchéance! À notre époque, nous avons M. Désespéré, Paul, le vieux catholique, qui connaît la valeur de deux petits mots latins: mea culpa. Il se confesse en public.»
Le chroniqueur se montre très cynique et non moins sceptique devant l'«infomercial» du premier ministre. D'abord, on n'a rien appris, dit-il. Il n'a fait que répéter ce qu'il dit depuis longtemps: qu'il a aboli le programme des commandites, viré l'ambassadeur Gagliano, etc. Mais cette fois-ci, écrit Bell, «il s'est permis de le faire à la télé, sans les contradicteurs de l'opposition de ce système plein d'inconvénients qu'on appelle la démocratie».
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Une brève on the ROC en terminant.
Rick Salutin s'interrogeait dans le Globe d'hier: «Mais qu'y a-t-il de si terrible avec le relativisme?» Il faisait référence à la fameuse homélie programmatique de Benoît XVI, qui s'inquiétait cette semaine de l'avènement d'une «dictature du relativisme», du «tout se vaut», un souci que le National Post a d'ailleurs repris à son compte cette semaine. Pour Salutin, «le mot "relativisme" ne signifie pas que tout ce que les gens pensent est vrai mais plutôt que toute perspective peut renfermer une parcelle de vérité. Et aussi qu'aucune vision du monde ne peut contenir toute la vérité à elle seule». Convenons tout de même que dans un monde dont le leitmotiv est «c'est ton opinion et je la respecte», le retour d'un débat sur le relativisme a quelque chose de nécessaire.
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