Ô futilité!
Le voilà donc, ce budget 2005 que des raisons encore obscures ont empêché d'être livré plus tôt. Pourtant, à la lecture des documents présentés hier, on ne trouve rien de nouveau, d'original ou de courageux dans ce premier budget du ministre Michel Audet et dans les crédits de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. Pour tout dire, voilà probablement le budget le plus inutile présenté depuis longtemps par un gouvernement québécois.
En 2005-06, les revenus du gouvernement du Québec devraient croître de 3,2 %, et les dépenses de programmes, de 3,6 %. Voilà qui correspond à peu de chose près à ce qui était prévisible, mais cela laisse béant le fossé qui s'est creusé depuis la campagne électorale entre les promesses libérales et la réalité des finances publiques du Québec.
Au cours de la prochaine année, les contribuables à qui on avait promis un allégement du fardeau fiscal n'auront droit qu'aux mesures d'aide à la famille pauvre annoncées l'an dernier. Pour les autres, il faudra attendre l'an prochain pour profiter d'une baisse d'impôt de quelques dizaines de dollars, partiellement effacée par la cotisation au nouveau régime d'assurance parentale, dont le manque à gagner de 300 millions sera assumé par les travailleurs et leurs employeurs.
Dans les circonstances, on aurait donc pu s'attendre à ce que le gouvernement réponde au moins aux attentes considérables dans les grands réseaux de la santé et de l'éducation. Or, même à ce chapitre, il faudra se satisfaire d'un taux de croissance des dépenses plus faible que celui de l'an dernier. En santé notamment, les dépenses augmenteront de 4,1 %, comparativement à 5,2 % l'an dernier, soit un manque à gagner d'une centaine de millions. Ce n'est donc pas de sitôt qu'on assistera à un réinvestissement majeur dans les soins à domicile pour réduire l'écart qui nous sépare des autres provinces, voire à la réduction des listes d'attente dans les hôpitaux.
De même, le budget ne prévoit que 375 millions de dollars pour un éventuel règlement du dossier de l'équité salariale et de celui des conventions collectives. De deux choses l'une: ou bien le gouvernement entend régler le conflit par une loi d'exception qui imposera des augmentations symboliques, ou bien il ajoutera purement et simplement le milliard et demi manquant d'un règlement négocié à la dette des générations futures. Avouons qu'aucun de ces scénarios n'a de sens.
En matière de développement économique, le budget se fait généreux pour les régions ressources affectées par le chômage chronique: il accélère la disparition de la taxe sur le capital et réintroduit des mesures d'aide à l'investissement stratégique. De plus, il recrée le Régime d'épargne-actions, affublé d'un nouveau nom. Mais pourquoi avoir mis ce régime au rancart il y a deux ans si c'est pour le ressusciter aujourd'hui? La même question vaut dans le cas du crédit à la création d'emplois dans l'industrie du multimédia, une mesure péquiste abolie par le gouvernement Charest, réintroduite il y a quelques mois pour Ubisoft et que le présent budget prolonge jusqu'en 2016, sans restriction d'emplacement géographique...
Voilà d'ailleurs une des constatations les plus décevantes de ce budget, à l'instar de l'ensemble des politiques libérales depuis deux ans. À ce jour, ce gouvernement n'est même pas parvenu à dégager la marge de manoeuvre nécessaire pour remplir ses promesses les plus élémentaires! Comment est-il possible qu'après trois budgets, une équipe qui se disait «prête» à réinventer l'État en soit encore à gérer à la petite semaine, sans vision de l'avenir ni aucun plan de match? Qu'attend M. Charest pour nous dire ce qu'il fera d'ici la fin de son mandat?
Si le premier ministre et ses candidats doutaient de l'existence du déséquilibre fiscal mis en lumière par l'ex-ministre Yves Séguin, ils doivent aujourd'hui se rendre à l'évidence: sans un règlement prochain mais bien improbable du problème, le gouvernement du Québec devra se contenter de réimprimer, année après année, le même budget de comptable, tout juste utile à servir d'orthèse au pied d'une table chambranlante.
j-rsansfacon@ledevoir.ca
En 2005-06, les revenus du gouvernement du Québec devraient croître de 3,2 %, et les dépenses de programmes, de 3,6 %. Voilà qui correspond à peu de chose près à ce qui était prévisible, mais cela laisse béant le fossé qui s'est creusé depuis la campagne électorale entre les promesses libérales et la réalité des finances publiques du Québec.
Au cours de la prochaine année, les contribuables à qui on avait promis un allégement du fardeau fiscal n'auront droit qu'aux mesures d'aide à la famille pauvre annoncées l'an dernier. Pour les autres, il faudra attendre l'an prochain pour profiter d'une baisse d'impôt de quelques dizaines de dollars, partiellement effacée par la cotisation au nouveau régime d'assurance parentale, dont le manque à gagner de 300 millions sera assumé par les travailleurs et leurs employeurs.
Dans les circonstances, on aurait donc pu s'attendre à ce que le gouvernement réponde au moins aux attentes considérables dans les grands réseaux de la santé et de l'éducation. Or, même à ce chapitre, il faudra se satisfaire d'un taux de croissance des dépenses plus faible que celui de l'an dernier. En santé notamment, les dépenses augmenteront de 4,1 %, comparativement à 5,2 % l'an dernier, soit un manque à gagner d'une centaine de millions. Ce n'est donc pas de sitôt qu'on assistera à un réinvestissement majeur dans les soins à domicile pour réduire l'écart qui nous sépare des autres provinces, voire à la réduction des listes d'attente dans les hôpitaux.
De même, le budget ne prévoit que 375 millions de dollars pour un éventuel règlement du dossier de l'équité salariale et de celui des conventions collectives. De deux choses l'une: ou bien le gouvernement entend régler le conflit par une loi d'exception qui imposera des augmentations symboliques, ou bien il ajoutera purement et simplement le milliard et demi manquant d'un règlement négocié à la dette des générations futures. Avouons qu'aucun de ces scénarios n'a de sens.
En matière de développement économique, le budget se fait généreux pour les régions ressources affectées par le chômage chronique: il accélère la disparition de la taxe sur le capital et réintroduit des mesures d'aide à l'investissement stratégique. De plus, il recrée le Régime d'épargne-actions, affublé d'un nouveau nom. Mais pourquoi avoir mis ce régime au rancart il y a deux ans si c'est pour le ressusciter aujourd'hui? La même question vaut dans le cas du crédit à la création d'emplois dans l'industrie du multimédia, une mesure péquiste abolie par le gouvernement Charest, réintroduite il y a quelques mois pour Ubisoft et que le présent budget prolonge jusqu'en 2016, sans restriction d'emplacement géographique...
Voilà d'ailleurs une des constatations les plus décevantes de ce budget, à l'instar de l'ensemble des politiques libérales depuis deux ans. À ce jour, ce gouvernement n'est même pas parvenu à dégager la marge de manoeuvre nécessaire pour remplir ses promesses les plus élémentaires! Comment est-il possible qu'après trois budgets, une équipe qui se disait «prête» à réinventer l'État en soit encore à gérer à la petite semaine, sans vision de l'avenir ni aucun plan de match? Qu'attend M. Charest pour nous dire ce qu'il fera d'ici la fin de son mandat?
Si le premier ministre et ses candidats doutaient de l'existence du déséquilibre fiscal mis en lumière par l'ex-ministre Yves Séguin, ils doivent aujourd'hui se rendre à l'évidence: sans un règlement prochain mais bien improbable du problème, le gouvernement du Québec devra se contenter de réimprimer, année après année, le même budget de comptable, tout juste utile à servir d'orthèse au pied d'une table chambranlante.
j-rsansfacon@ledevoir.ca
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