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Le dernier bain de foule

Les fidèles du monde entier ont commencé à défiler devant la dépouille de Jean-Paul II à la basilique Saint-Pierre

Reuters   5 avril 2005 
Le corps du pape Jean-Paul II a été transporté hier jusqu’à la basilique Saint-Pierre, traversant une foule immense massée place Saint-Pierre, à Rome.
Photo : Agence France-Presse
Le corps du pape Jean-Paul II a été transporté hier jusqu’à la basilique Saint-Pierre, traversant une foule immense massée place Saint-Pierre, à Rome.
Cité du Vatican — Des dizaines de milliers de fidèles ont rendu un dernier hommage à Jean-Paul II, dont la dépouille mortelle a été transférée hier en la basilique Saint-Pierre, où il sera inhumé vendredi.

Un long fleuve de fidèles a défilé en silence pendant la soirée et la nuit devant le catafalque sur lequel repose Jean-Paul II au pied du maître-autel de la basilique Saint-Pierre.

Un intense recueillement se lisait sur les visages des fidèles, beaucoup ne parvenant pas à retenir leurs larmes. «On nous laisse peu de temps pour le voir. J'ai essayé de photographier mentalement son visage pour garder son image pendant le restant de mes jours», a déclaré un ténor de l'opéra de Rome de 73 ans, Alessandro Scaniu.

Comme lui, nombreux étaient ceux qui s'arrêtaient spontanément devant la litière tendue de velours rouge sur laquelle repose le pape, décédé samedi à l'âge de 84 ans.

Certains tentaient de se mettre à genoux pour prier ou méditer, mais l'important service d'ordre de la basilique les invitait à ne pas s'arrêter afin de ne pas gêner l'arrivée des pèlerins suivants.

«En 1963, l'hommage au pape Jean XXIII avait duré un jour et une nuit. Aujourd'hui, il faut trois heures d'attente pour pénétrer dans la basilique et on attend encore énormément de gens», a déclaré Don Giovanni D'Ercoe, membre de la Secrétairerie d'État du Vatican.

La dépouille mortelle de Jean-Paul II sera exposée pendant trois jours, et la basilique devait rester ouverte la plus grande partie de la nuit.

Plus tôt dans la journée, la dépouille avait été transférée du palais apostolique à la basilique Saint-Pierre. Le court trajet ainsi accompli s'est entouré d'une atmosphère de profonde ferveur populaire.

Répartis sur un kilomètre, de la place Saint-Pierre au Tibre, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont applaudi la dépouille qui reposait sur un brancard de velours rouge, au milieu d'une lente procession de cardinaux, d'évêques et autres dignitaires, flanqués de gardes suisses. Les cardinaux présents à Rome, réunis hier pour la première fois depuis le décès de Jean-Paul II, ont fixé à vendredi la date de ses obsèques, mais ils n'ont pas annoncé la date à laquelle s'ouvrirait le conclave, qui élira son successeur. Ils pourraient le faire à l'issue d'une nouvelle réunion ce matin.

Les cardinaux ont balayé les rumeurs qui évoquaient de possibles funérailles en Pologne. Ils ont participé dans l'après-midi à la cérémonie solennelle, retransmise pour la première fois en direct par les télévisions du monde entier, du transfert de la dépouille de Jean-Paul II du palais pontifical à la basilique Saint-Pierre.

Couché sur une litière drapée de velours rouge portée par douze hommes vêtus de noir et escortée par huit gardes suisses en uniforme d'apparat, le corps du souverain pontife est sorti du palais par la Porte de bronze, pour traverser la place Saint-Pierre, où des dizaines de milliers de fidèles attendaient depuis des heures sous un chaud soleil.

Les cardinaux ouvraient la procession, vêtus de leurs habits pourpres et coiffés de la barrette cardinalice, tandis que retentissaient des cantiques. Le secrétaire particulier du pape défunt, Mgr Stanislav Dziwisz, était au premier rang.

En fin de matinée, le porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls, a annoncé que les obsèques débuteraient vendredi à 8h sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. Elles seront présidées par le cardinal Joseph Ratzinger, doyen du collège des cardinaux. Le cercueil sera ensuite porté à l'intérieur de la basilique, puis dans la grotte vaticane, une crypte où aura lieu l'inhumation.

Plus de deux millions de personnes sont attendues à Rome pour rendre hommage au souverain pontife, ainsi que quelque 200 personnalités du monde entier.

Parmi elles figurent le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, le président américain George W. Bush, le premier ministre canadien Paul Martin, le premier ministre québécois Jean Charest, le président français Jacques Chirac, le premier ministre britannique Tony Blair, le chancelier allemand Gerhard Schröder, le roi d'Espagne Juan Carlos, le président polonais Aleksander Kwasniewski, le président brésilien Luiz Inacio da Silva et la présidente philippine Gloria Arroyo.

Le prince Charles a repoussé de vendredi à samedi son mariage avec Camilla Parker Bowles pour pouvoir assister aux funérailles.

L'imposante présence attendue de fidèles et de dirigeants du monde entier a obligé les responsables italiens à prendre des mesures de sécurité sans précédent. Plus de 10 000 personnes, forces de l'ordre et volontaires de la protection civile, seront chargées d'assurer la sécurité et le bon déroulement des événements prévus pendant les neuf jours que durera le deuil.

L'espace aérien au-dessus de Rome sera totalement interdit le jour des funérailles, protégé par des avions de chasse et des hélicoptères et surveillé par un avion radar Awacs de l'OTAN, comme ce fut le cas pour le sommet de l'OTAN en mai 2002 ou la visite en juin 2004 du président Bush.

Les deux millions de fidèles attendus vendredi à Rome ne pourront pas tous accéder à la place Saint-Pierre, mais des écrans géants disposés en divers points de la capitale, en particulier au Circo Massimo et au stade olympique, leur permettront de suivre la cérémonie en direct. Le gouvernement italien mobilisera plus de 6000 agents des forces de sécurité et fait savoir qu'une cellule de crise du ministère des Affaires étrangères contribuera à assurer la protection des multiples personnalités étrangères.
 
 
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