L'Europe pleure un pape profondément européen
Paris — À 18h33 exactement, le glas de toutes les églises de Paris a retenti, hier, alors qu'une messe solennelle était célébrée à la cathédrale Notre-Dame en l'honneur de Jean-Paul II. Il y a longtemps qu'à Paris le décès d'un personnage public n'avait suscité autant d'émoi. La veille, près de 6000 fidèles avaient défilé dans la cathédrale exceptionnellement demeurée ouverte toute la nuit. À l'église Saint-Germain-des-Prés, sur la rive gauche, le cardinal Vingt-Trois a veillé toute la soirée avec de jeunes catholiques. Au Sacré-Coeur, l'habituelle foule de touristes avait fait place à plusieurs centaines de fidèles pour la messe de 22h.
Toute la France, pourtant laïque et jacobine, a levé son chapeau pour saluer la disparition de Jean-Paul II. Dans tout le pays, les drapeaux ont été mis en berne pendant 24 heures. Il faut dire que le pape n'a cessé de courtiser celle qui fut la «fille aînée de l'Église». Après la Pologne, c'est à la France que Jean-Paul II a réservé le plus grand nombre de ses voyages. En fait, celle-ci arrive ex aequo avec les États-Unis, où le pape a aussi fait sept visites. Même si la pratique religieuse est à peine un peu plus élevée en France qu'au Québec, Jean-Paul II n'avait cessé de s'adresser aux Français.
«Vous êtes les héritiers d'une des plus longues histoires dans l'Église et d'un des patrimoines religieux les plus riches», avait-il déclaré en 1997 avant d'inciter les catholiques français à affronter la désertion des églises comme une «purification» et un «stimulant». L'ancien archevêque de Paris et proche de Jean-Paul II, le cardinal Jean-Marie Lustiger, reconnaissait s'être «souvent disputé» avec le pape au sujet de l'Église de France dont Jean-Paul II avait condamné les courants traditionalistes. On se souviendra par ailleurs que, dès les années 40, Jean-Paul II s'était intéressé aux pratiques des prêtres-ouvriers de France et que son directeur de thèse était français.
Un pape européen
Ces scènes de ferveur se sont reproduites presque à l'identique dans toutes les capitales européenne où les fidèles pleurent un pape profondément identifié à l'Europe et à sa réunification. Le président du Bundestag, Wolfgang Thierse, originaire de l'ancienne RDA, a rendu hommage à un des artisans de la réunification de l'Allemagne. Le mouvement religieux contestataire Wir sind Kirche (Nous sommes l'Église), souligne néanmoins son refus de l'ordination des femmes, qui rend «non crédible son engagement pour les droits égaux des femmes». Les drapeaux ont été mis en berne en Allemagne, au parlement européen, à Bruxelles, et au Conseil de l'Europe, à Strasbourg.
Dans l'ancienne Europe de l'est, l'émotion est particulièrement forte. Le deuil national durera une semaine en Pologne et trois jours en Italie et au Portugal. Même l'Albanie, majoritairement musulmane, a décrété la journée d'aujourd'hui jour de deuil national. Jean-Paul II y est perçu comme un héros de la liberté religieuse dont les Albanais ont été longtemps privés.
Après la chute du communisme, Jean-Paul II convoqua le premier synode européen en 1991 afin de relancer l'évangélisation d'une société pourtant profondément sécularisée. Il a sillonné le continent d'est en ouest au cours de 75 voyages amorçant la réconciliation avec le peuple juif. Seule la Russie lui aura résisté jusqu'à la fin.
«Jean-Paul II a joué un rôle énorme dans la fin de la guerre froide», a déclaré l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Plus généralement, Jean-Paul II n'a jamais hésité à revendiquer son héritage européen. Au point d'en choquer plusieurs, comme en 1982 lorsqu'il déclara à Compostelle: «Moi, Jean-Paul, fils de la nation polonaise qui s'est toujours considéré comme européenne par ses origines, ses traditions, sa culture et ses relations vitales [...] je lance vers toi, vieille Europe, un cri plein d'amour: retrouve-toi toi-même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines. Revis ces valeurs authentiques qui ont rendu ton histoire glorieuse, et bienfaisante ta présence sur les autres continents.»
Cette conviction l'avait amené à engager le combat pour faire inscrire les racines chrétiennes de l'Europe dans le projet de constitution européenne. Un combat qui a finalement échoué puisque le projet, en voie de ratification, se contente de mentionner les racines religieuses de l'Europe sans plus de précisions.
«Jean-Paul II manifestait une affection particulière» pour la France, a souligné le président français Jacques Chirac qui assistait hier à la grand-messe de la cathédrale Notre-Dame. «Son rôle dans la démocratisation des pays d'Europe de l'Est demeure présent dans toutes les mémoires», a ajouté le premier ministre Jean-Pierre Raffarin. «C'est un deuil pour tous les hommes», a déclaré le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur.
La seule critique est venue du parti communiste français, selon lequel Jean-Paul II «a été porteur de principes moraux dogmatiques d'un autre âge, tournant notamment le dos aux aspirations massives des femmes à la maîtrise de leur corps».
Un sondage du quotidien Le Parisien révèle que l'image du pape n'a jamais été aussi positive. Plus de trois Français sur quatre disent que son action a été positive pour la promotion de la paix, la défense des droits de l'homme, des intérêts des pays du tiers monde et de la famille. Même sur le sujet controversé de la morale sexuelle, la moitié des répondants juge son action positive. 40 % des Français estiment que le pape a été «ouvert au monde actuel», contre 26 % seulement qui le jugent conservateur. Ils sont cependant 53 % à vouloir que son successeur soit «plus progressiste».
En Europe, l'héritage de Jean-Paul II sera toujours indissociable de la victoire contre le communisme comme le soulignait Mgr Vingt-Trois: «Là où nos démocraties avaient fini par prendre leur parti de la domination communiste sur l'Europe de l'Est, avec la complicité, parfois implicite mais souvent explicite, des élites intellectuelles de nos pays, il a rendu confiance et énergie à ceux qui n'acceptaient pas l'écrasement de la liberté humaine.»
Toute la France, pourtant laïque et jacobine, a levé son chapeau pour saluer la disparition de Jean-Paul II. Dans tout le pays, les drapeaux ont été mis en berne pendant 24 heures. Il faut dire que le pape n'a cessé de courtiser celle qui fut la «fille aînée de l'Église». Après la Pologne, c'est à la France que Jean-Paul II a réservé le plus grand nombre de ses voyages. En fait, celle-ci arrive ex aequo avec les États-Unis, où le pape a aussi fait sept visites. Même si la pratique religieuse est à peine un peu plus élevée en France qu'au Québec, Jean-Paul II n'avait cessé de s'adresser aux Français.
«Vous êtes les héritiers d'une des plus longues histoires dans l'Église et d'un des patrimoines religieux les plus riches», avait-il déclaré en 1997 avant d'inciter les catholiques français à affronter la désertion des églises comme une «purification» et un «stimulant». L'ancien archevêque de Paris et proche de Jean-Paul II, le cardinal Jean-Marie Lustiger, reconnaissait s'être «souvent disputé» avec le pape au sujet de l'Église de France dont Jean-Paul II avait condamné les courants traditionalistes. On se souviendra par ailleurs que, dès les années 40, Jean-Paul II s'était intéressé aux pratiques des prêtres-ouvriers de France et que son directeur de thèse était français.
Un pape européen
Ces scènes de ferveur se sont reproduites presque à l'identique dans toutes les capitales européenne où les fidèles pleurent un pape profondément identifié à l'Europe et à sa réunification. Le président du Bundestag, Wolfgang Thierse, originaire de l'ancienne RDA, a rendu hommage à un des artisans de la réunification de l'Allemagne. Le mouvement religieux contestataire Wir sind Kirche (Nous sommes l'Église), souligne néanmoins son refus de l'ordination des femmes, qui rend «non crédible son engagement pour les droits égaux des femmes». Les drapeaux ont été mis en berne en Allemagne, au parlement européen, à Bruxelles, et au Conseil de l'Europe, à Strasbourg.
Dans l'ancienne Europe de l'est, l'émotion est particulièrement forte. Le deuil national durera une semaine en Pologne et trois jours en Italie et au Portugal. Même l'Albanie, majoritairement musulmane, a décrété la journée d'aujourd'hui jour de deuil national. Jean-Paul II y est perçu comme un héros de la liberté religieuse dont les Albanais ont été longtemps privés.
Après la chute du communisme, Jean-Paul II convoqua le premier synode européen en 1991 afin de relancer l'évangélisation d'une société pourtant profondément sécularisée. Il a sillonné le continent d'est en ouest au cours de 75 voyages amorçant la réconciliation avec le peuple juif. Seule la Russie lui aura résisté jusqu'à la fin.
«Jean-Paul II a joué un rôle énorme dans la fin de la guerre froide», a déclaré l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Plus généralement, Jean-Paul II n'a jamais hésité à revendiquer son héritage européen. Au point d'en choquer plusieurs, comme en 1982 lorsqu'il déclara à Compostelle: «Moi, Jean-Paul, fils de la nation polonaise qui s'est toujours considéré comme européenne par ses origines, ses traditions, sa culture et ses relations vitales [...] je lance vers toi, vieille Europe, un cri plein d'amour: retrouve-toi toi-même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines. Revis ces valeurs authentiques qui ont rendu ton histoire glorieuse, et bienfaisante ta présence sur les autres continents.»
Cette conviction l'avait amené à engager le combat pour faire inscrire les racines chrétiennes de l'Europe dans le projet de constitution européenne. Un combat qui a finalement échoué puisque le projet, en voie de ratification, se contente de mentionner les racines religieuses de l'Europe sans plus de précisions.
«Jean-Paul II manifestait une affection particulière» pour la France, a souligné le président français Jacques Chirac qui assistait hier à la grand-messe de la cathédrale Notre-Dame. «Son rôle dans la démocratisation des pays d'Europe de l'Est demeure présent dans toutes les mémoires», a ajouté le premier ministre Jean-Pierre Raffarin. «C'est un deuil pour tous les hommes», a déclaré le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur.
La seule critique est venue du parti communiste français, selon lequel Jean-Paul II «a été porteur de principes moraux dogmatiques d'un autre âge, tournant notamment le dos aux aspirations massives des femmes à la maîtrise de leur corps».
Un sondage du quotidien Le Parisien révèle que l'image du pape n'a jamais été aussi positive. Plus de trois Français sur quatre disent que son action a été positive pour la promotion de la paix, la défense des droits de l'homme, des intérêts des pays du tiers monde et de la famille. Même sur le sujet controversé de la morale sexuelle, la moitié des répondants juge son action positive. 40 % des Français estiment que le pape a été «ouvert au monde actuel», contre 26 % seulement qui le jugent conservateur. Ils sont cependant 53 % à vouloir que son successeur soit «plus progressiste».
En Europe, l'héritage de Jean-Paul II sera toujours indissociable de la victoire contre le communisme comme le soulignait Mgr Vingt-Trois: «Là où nos démocraties avaient fini par prendre leur parti de la domination communiste sur l'Europe de l'Est, avec la complicité, parfois implicite mais souvent explicite, des élites intellectuelles de nos pays, il a rendu confiance et énergie à ceux qui n'acceptaient pas l'écrasement de la liberté humaine.»
Haut de la page

