73 % d'appuis aux étudiants
Photo : Pascal Ratthé
Idole d’une autre génération de militants, le chanteur Paul Piché, venu au spectacle en compagnie de son fils gréviste, a partagé la scène avec les Loco Locass et leur désormais célèbre hymne Libérez-nous des libéraux ainsi que les chanteurs
C’est avec l’opinion publique derrière eux que plusieurs milliers d’étudiants ont «célébré» le premier anniversaire de la compression de 103 millions dans l’aide financière. Les deux tiers des Québécois sont prêts à renoncer à une partie des baisses d’impôt pour réinjecter les 103 millions dans les bourses aux étudiants.
C’est ce qui ressort d’un sondage réalisé par la firme Léger Marketing auprès de 1004 répondants entre les 23 et 28 mars pour le compte de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Les trois quarts (73 %) des Québécois appuient la demande des étudiants de réinvestir les 103 millions dans les bourses.
«Au cours des dernières semaines, le mouvement étudiant a gagné la bataille des relations publiques. Le peuple, non seulement les jeunes mais même les générations plus âgées, appuie la revendication étudiante», observe le sondeur Jean-Marc Léger.
Les Québécois sondés se disent même prêts, dans une proportion de 63 %, à renoncer à 26 $ de baisses d’impôt par année (soit l’équivalent des 103 millions) pour revenir en arrière sur la compression. «Ce qui est étonnant, c’est que ce sont les plus riches qui sont le plus disposés à renoncer aux baisses d’impôt», note le sondeur Jean-Marc Léger.
La proposition formulée il y a deux semaines par le ministre de l’Éducation, Jean-Marc Fournier, de réinjecter 42 millions cette année et 95 millions d’ici cinq ans dans un système de remise de dette n’ébranle pas cet appui populaire, malgré les dizaines de milliers de dollars dépensés en publicité pour la promouvoir. Les deux tiers des Québécois pensent que les étudiants ont eu raison de la rejeter et d’exiger le retour des 103 millions. La proportion est plus exactement de 64 % lorsqu’on parle des 42 millions promis cette année et de 61 % lorsqu’on fait référence aux 95 millions dans cinq ans. Ces deux dernières questions ont été posées à quelque 500 répondants, ce qui implique une marge d’erreur de 4,3 % comparativement à 3,4 % pour les deux premières.
Ces résultats tranchent avec un autre sondage réalisé il y a deux semaines pour le compte de TVA et démontrant que 64 % des 500 personnes interrogées étaient en faveur d’un compromis ou de la ligne dure face aux étudiants. Le sondeur Jean-Marc Léger pense que ce nouveau coup de sonde dissipe l’ambiguïté: «C’est certain que la population veut un compromis, elle veut une solution, mais on voit qu’elle penche beaucoup plus du côté des étudiants que du côté du gouvernement, contrairement à ce qu’on voyait au début du conflit.»
Manifestation
Le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard, est ravi de ces résultats qui amènent de l’eau à son moulin en pleine période de discussions avec le ministre. «Cela montre clairement que les Québécois sont derrière nous et comprennent pourquoi on fait la grève», s’exclame le leader étudiant, qui rencontrait les médias en fin de journée au beau milieu d’une foule d’environ 10 000 personnes réunie au parc Lafontaine pour un des plus gros rassemblement étudiant depuis le début de la grève.
La présidente de la Fédération étudiante collégiale a quant à elle souligné la vigueur du mouvement, alors que les assemblées générales renouvellent massivement les mandats de grève. «Nous avions 10 assemblées au cours des derniers jours, les 10 ont reconduit la grève. C’est une note parfaite. Il n’y a aucun essoufflement», soutient Julie Bouchard. Quelque
185 000 étudiants sont toujours en grève dans 35 cégeps et une grande partie des universités.
Plusieurs personnalités artistiques ont donc prêté hier leur voix au mouvement étudiant pour réclamer du gouvernement qu’il réinvestisse l’argent des bourses transformé en prêts. Paul Piché a ouvert les festivités en reprenant un de ses vieux refrain rassembleur, puis Jacques L’Heureux, alias Passe-Montagne à une époque où les étudiants universitaires d’aujourd’hui étaient encore gamins, est monté sur scène pour appuyer en tant que parent d’adolescent les jeunes dans leur démarche.
La soirée s’est déroulée sans anicroche, les policiers se faisant discrets aux abords du parc Lafontaine. Béluga, Vincent Vallières et Thomas Jensen ont notamment participé au spectacle, tandis que le mordant groupe de rap Loco Locass a obtenu une forte réaction de la foule au moment d’entamer son percutant Libérez-nous des libéraux.
Des sympathisants de la CASSEE, la coalition qui représente environ le tiers des grévistes mais qui est exclue des négociations avec le ministre Fournier, se sont manifesté bruyamment tout au cours de la soirée dans les premiers rangs des spectateurs, en réclamant la gratuité scolaire et une présence à la table de négociation, ce qui a poussé la plupart des artistes présents à leur accorder leur soutien.
L’appui populaire était palpable dans ce rassemblement aux flambeaux «manifestif», pour reprendre les termes de Loco Locass. Plusieurs têtes grises se mélangeaient aux jeunes venus d’un peu partout au Québec. Entre quelques bannières syndicales, l’Union des forces progressistes et Option citoyenne ont aussi épaulé les étudiants par leur présence.
«Ce n’est pas parce qu’on est la province où cela coûte le moins cher d’étudier qu’on doit devenir celle où cela coûte le plus cher. La solidarité et la force qu’ils démontrent méritent notre appui», a fait valoir Jean-Guy Dussault, père de quatre enfants aux études post-secondaires.
Un autre père de deux cégépiens en grève, Jean-François Thomas, dénonçait les compressions projetées à l’aide sociale et celles dans l’aide financière. «C’est ridicule de baisser les impôts. Cela ne me dérange pas de payer autant pour ne pas “couper” les pauvres et endetter les étudiants», déclare M. Thomas, qui a lui-même fait la grève dans son jeune temps. Et sa conjointe Michelle de renchérir: «[Le ministre] Fournier est condescendant envers les étudiants. Il n’a pas montré beaucoup d’ouverture.»
Toujours très discret sur ses pourparlers avec le ministre, le président de la FEUQ a toutefois laissé tomber que les discussions «avançaient». «Il y a eu des rencontres et il va y en avoir dans les jours à venir», a déclaré de façon laconique Pier-André Bouchard.
Réaction gouvernementale
Le ministre de l’Éducation est pour sa part demeuré invisible hier, esquivant les journalistes à la sortie de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres. Son attaché de presse s’est contenté de dire qu’il misait sur les discussions avec la FECQ et la FEUQ. «Quand il y aura du nouveau suite aux discussions qu’on aura, on se fera un plaisir de communiquer tout ça. Pour l’instant, il n’y aura pas de commentaire sur tout ce qui entoure la grève.»
C’est le ministre du Développement économique, Claude Béchard, qui a été envoyé au bâton pour donner la réplique aux journalistes. Vantant les mérites de la proposition gouvernementale qui «encourage la réussite scolaire» et allège l’endettement des plus démunis, M. Béchard a souligné que son équipe ne «gouverne pas pour les sondages».
Questionné sur la grogne qui prend de plus en plus d’ampleur, le jeune ministre, qui rembourse toujours ses dettes d’études, a répondu: «On va tenir le coup. Non seulement on va tenir le coup, mais on fait très bien dans les circonstances.»
Face à l’agitation sociale qui gagne l’ensemble du milieu de l’éducation avec les grèves qui s’amorcent maintenant dans plusieurs syndicats de l’éducation, le ministre a fait valoir que le gouvernement ne «peut pas inventer de l’argent». Il a néanmoins défendu l’intention de son gouvernement de réduire les impôts, plaidant que ces sommes revenaient dans l’économie.
Le whip en chef du gouvernement, Norman McMillan, est quant à lui venu jeter de l’huile sur le feu en dénonçant les liens entre les centrales syndicales et le mouvement étudiant. Laissant entendre que des autobus auraient été payés par la CSN la semaine dernière pour transporter des manifestants se rendant à Québec, il a soutenu que cette bataille appartenait aux étudiants. «Ce n’est pas aux centrales de s’occuper de ces choses-là.»
L’allusion a fait sortir de ses gonds le président de la FEUQ, pour qui de tels propos dénotent une incapacité à débattre du fond des choses. Il s’insurge contre ce qu’il estime être une tentative «d’utiliser les étudiants pour basher les syndicats en vue de la négociation des conventions collectives». «Qu’il ne pense pas que nous sommes des marionnettes des centrales. Ce n’est pas parce qu’on parle aux gens qu’on est en train de se faire utiliser», a affirmé M. Bouchard, reconnaissant que les centrales avaient «déjà rendu des services» au mouvement étudiant.
Rencontré au rassemblement en soirée où quelques pancartes syndicales côtoyaient les nombreuses affiches peintes à la main par les étudiants, le président du Conseil central de Montréal de la CSN, Arthur Sandborn affirme que le whip «dit n’importe quoi». «Quand j’étais dans le mouvement étudiant il y a 35 ans, on demandait aux syndicats de payer nos autobus, parce qu’ils avaient de l’argent. Mais ce sont les étudiants qui les remplissent. On les regarde et on les appuie», lance le syndicaliste.
Avec la collaboration de Tommy Chouinard et de Guillaume Bourgault-Côté
C’est ce qui ressort d’un sondage réalisé par la firme Léger Marketing auprès de 1004 répondants entre les 23 et 28 mars pour le compte de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Les trois quarts (73 %) des Québécois appuient la demande des étudiants de réinvestir les 103 millions dans les bourses.
«Au cours des dernières semaines, le mouvement étudiant a gagné la bataille des relations publiques. Le peuple, non seulement les jeunes mais même les générations plus âgées, appuie la revendication étudiante», observe le sondeur Jean-Marc Léger.
Les Québécois sondés se disent même prêts, dans une proportion de 63 %, à renoncer à 26 $ de baisses d’impôt par année (soit l’équivalent des 103 millions) pour revenir en arrière sur la compression. «Ce qui est étonnant, c’est que ce sont les plus riches qui sont le plus disposés à renoncer aux baisses d’impôt», note le sondeur Jean-Marc Léger.
La proposition formulée il y a deux semaines par le ministre de l’Éducation, Jean-Marc Fournier, de réinjecter 42 millions cette année et 95 millions d’ici cinq ans dans un système de remise de dette n’ébranle pas cet appui populaire, malgré les dizaines de milliers de dollars dépensés en publicité pour la promouvoir. Les deux tiers des Québécois pensent que les étudiants ont eu raison de la rejeter et d’exiger le retour des 103 millions. La proportion est plus exactement de 64 % lorsqu’on parle des 42 millions promis cette année et de 61 % lorsqu’on fait référence aux 95 millions dans cinq ans. Ces deux dernières questions ont été posées à quelque 500 répondants, ce qui implique une marge d’erreur de 4,3 % comparativement à 3,4 % pour les deux premières.
Ces résultats tranchent avec un autre sondage réalisé il y a deux semaines pour le compte de TVA et démontrant que 64 % des 500 personnes interrogées étaient en faveur d’un compromis ou de la ligne dure face aux étudiants. Le sondeur Jean-Marc Léger pense que ce nouveau coup de sonde dissipe l’ambiguïté: «C’est certain que la population veut un compromis, elle veut une solution, mais on voit qu’elle penche beaucoup plus du côté des étudiants que du côté du gouvernement, contrairement à ce qu’on voyait au début du conflit.»
Manifestation
Le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard, est ravi de ces résultats qui amènent de l’eau à son moulin en pleine période de discussions avec le ministre. «Cela montre clairement que les Québécois sont derrière nous et comprennent pourquoi on fait la grève», s’exclame le leader étudiant, qui rencontrait les médias en fin de journée au beau milieu d’une foule d’environ 10 000 personnes réunie au parc Lafontaine pour un des plus gros rassemblement étudiant depuis le début de la grève.
La présidente de la Fédération étudiante collégiale a quant à elle souligné la vigueur du mouvement, alors que les assemblées générales renouvellent massivement les mandats de grève. «Nous avions 10 assemblées au cours des derniers jours, les 10 ont reconduit la grève. C’est une note parfaite. Il n’y a aucun essoufflement», soutient Julie Bouchard. Quelque
185 000 étudiants sont toujours en grève dans 35 cégeps et une grande partie des universités.
Plusieurs personnalités artistiques ont donc prêté hier leur voix au mouvement étudiant pour réclamer du gouvernement qu’il réinvestisse l’argent des bourses transformé en prêts. Paul Piché a ouvert les festivités en reprenant un de ses vieux refrain rassembleur, puis Jacques L’Heureux, alias Passe-Montagne à une époque où les étudiants universitaires d’aujourd’hui étaient encore gamins, est monté sur scène pour appuyer en tant que parent d’adolescent les jeunes dans leur démarche.
La soirée s’est déroulée sans anicroche, les policiers se faisant discrets aux abords du parc Lafontaine. Béluga, Vincent Vallières et Thomas Jensen ont notamment participé au spectacle, tandis que le mordant groupe de rap Loco Locass a obtenu une forte réaction de la foule au moment d’entamer son percutant Libérez-nous des libéraux.
Des sympathisants de la CASSEE, la coalition qui représente environ le tiers des grévistes mais qui est exclue des négociations avec le ministre Fournier, se sont manifesté bruyamment tout au cours de la soirée dans les premiers rangs des spectateurs, en réclamant la gratuité scolaire et une présence à la table de négociation, ce qui a poussé la plupart des artistes présents à leur accorder leur soutien.
L’appui populaire était palpable dans ce rassemblement aux flambeaux «manifestif», pour reprendre les termes de Loco Locass. Plusieurs têtes grises se mélangeaient aux jeunes venus d’un peu partout au Québec. Entre quelques bannières syndicales, l’Union des forces progressistes et Option citoyenne ont aussi épaulé les étudiants par leur présence.
«Ce n’est pas parce qu’on est la province où cela coûte le moins cher d’étudier qu’on doit devenir celle où cela coûte le plus cher. La solidarité et la force qu’ils démontrent méritent notre appui», a fait valoir Jean-Guy Dussault, père de quatre enfants aux études post-secondaires.
Un autre père de deux cégépiens en grève, Jean-François Thomas, dénonçait les compressions projetées à l’aide sociale et celles dans l’aide financière. «C’est ridicule de baisser les impôts. Cela ne me dérange pas de payer autant pour ne pas “couper” les pauvres et endetter les étudiants», déclare M. Thomas, qui a lui-même fait la grève dans son jeune temps. Et sa conjointe Michelle de renchérir: «[Le ministre] Fournier est condescendant envers les étudiants. Il n’a pas montré beaucoup d’ouverture.»
Toujours très discret sur ses pourparlers avec le ministre, le président de la FEUQ a toutefois laissé tomber que les discussions «avançaient». «Il y a eu des rencontres et il va y en avoir dans les jours à venir», a déclaré de façon laconique Pier-André Bouchard.
Réaction gouvernementale
Le ministre de l’Éducation est pour sa part demeuré invisible hier, esquivant les journalistes à la sortie de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres. Son attaché de presse s’est contenté de dire qu’il misait sur les discussions avec la FECQ et la FEUQ. «Quand il y aura du nouveau suite aux discussions qu’on aura, on se fera un plaisir de communiquer tout ça. Pour l’instant, il n’y aura pas de commentaire sur tout ce qui entoure la grève.»
C’est le ministre du Développement économique, Claude Béchard, qui a été envoyé au bâton pour donner la réplique aux journalistes. Vantant les mérites de la proposition gouvernementale qui «encourage la réussite scolaire» et allège l’endettement des plus démunis, M. Béchard a souligné que son équipe ne «gouverne pas pour les sondages».
Questionné sur la grogne qui prend de plus en plus d’ampleur, le jeune ministre, qui rembourse toujours ses dettes d’études, a répondu: «On va tenir le coup. Non seulement on va tenir le coup, mais on fait très bien dans les circonstances.»
Face à l’agitation sociale qui gagne l’ensemble du milieu de l’éducation avec les grèves qui s’amorcent maintenant dans plusieurs syndicats de l’éducation, le ministre a fait valoir que le gouvernement ne «peut pas inventer de l’argent». Il a néanmoins défendu l’intention de son gouvernement de réduire les impôts, plaidant que ces sommes revenaient dans l’économie.
Le whip en chef du gouvernement, Norman McMillan, est quant à lui venu jeter de l’huile sur le feu en dénonçant les liens entre les centrales syndicales et le mouvement étudiant. Laissant entendre que des autobus auraient été payés par la CSN la semaine dernière pour transporter des manifestants se rendant à Québec, il a soutenu que cette bataille appartenait aux étudiants. «Ce n’est pas aux centrales de s’occuper de ces choses-là.»
L’allusion a fait sortir de ses gonds le président de la FEUQ, pour qui de tels propos dénotent une incapacité à débattre du fond des choses. Il s’insurge contre ce qu’il estime être une tentative «d’utiliser les étudiants pour basher les syndicats en vue de la négociation des conventions collectives». «Qu’il ne pense pas que nous sommes des marionnettes des centrales. Ce n’est pas parce qu’on parle aux gens qu’on est en train de se faire utiliser», a affirmé M. Bouchard, reconnaissant que les centrales avaient «déjà rendu des services» au mouvement étudiant.
Rencontré au rassemblement en soirée où quelques pancartes syndicales côtoyaient les nombreuses affiches peintes à la main par les étudiants, le président du Conseil central de Montréal de la CSN, Arthur Sandborn affirme que le whip «dit n’importe quoi». «Quand j’étais dans le mouvement étudiant il y a 35 ans, on demandait aux syndicats de payer nos autobus, parce qu’ils avaient de l’argent. Mais ce sont les étudiants qui les remplissent. On les regarde et on les appuie», lance le syndicaliste.
Avec la collaboration de Tommy Chouinard et de Guillaume Bourgault-Côté
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