Noble ou cruel?
Jean-Robert Sansfaçon
31 mars 2005
Quelques dizaines d'équipes de chasseurs ont pris la mer cette semaine aux îles de la Madeleine pour la chasse annuelle au phoque. Comme il fallait s'y attendre, ils ont été rejoints par des militants pour la protection des animaux et quelques caméramans attirés par ces images toujours aussi spectaculaires de sang répandu sur la neige. Ceux qui croyaient que la chasse au phoque n'intéressait plus que Brigitte Bardot devront se raviser. Pas plus tard que ce matin, par exemple, le quotidien britannique The Guardian publiait un long texte avec photo rougeoyante à la une de son site Internet. Le Canada sera-t-il à nouveau montré du doigt pour cruauté envers les animaux?
Il faut dire que depuis quelques années, Ottawa a augmenté le quota de chasse de façon importante puisqu'on tuera plus de 320 000 phoques au cours des prochaines semaines. S'il est vrai qu'on épargne les blanchons, ces nouveaux-nés qui ont attendri la planète au point de forcer l'arrêt provisoire de la chasse, il faut tout de même reconnaître que 90 % des bêtes abattues cette année ont moins de deux mois! Pour une espèce qui vit 30 ans, deux mois, c'est encore bébé.
Dans son argumentation favorable à une augmentation des quotas de prises, Ottawa explique que le contrôle de la croissance du troupeau est devenu nécessaire pour protéger les poissons. Or, répondent les militants, ce ne sont pas les phoques qui sont à l'origine de la disparition de la morue mais la surpêche autorisée par Ottawa. De toute façon, la morue ne compte que pour 3 % de la diète des phoques, dont le troupeau serait en croissance malgré la disparition de ce poisson.
En revanche, la chasse au phoque est devenue une intéressante source de revenus pour les pêcheurs qui ont fait pression sur Ottawa pour augmenter les quotas. Comment dire non quand on accepte soi-même l'argument qui fait des phoques les responsables de la misère des pêcheurs? Et comment interdire à ces derniers de pouvoir profiter des fruits de la chasse aux prédateurs? Tout se tient dans ce merveilleux monde où la politique utilise la science à ses fins.
De leur côté, les défenseurs des animaux contestent les études gouvernementales qui concluent au trop grand nombre de phoques. Au contraire, disent-ils, au rythme de 300 000 bêtes abattues chaque année, le troupeau, qui compte entre trois et six millions de bêtes, sera menacé de disparition d'ici quelques décennies. Et quelle merveilleuse carte de visite que cette image de phoques sanguinolents lorsque vient le temps de recueillir des fonds!
On le voit, il n'est pas facile de s'appuyer sur des données objectives pour se faire une idée juste. A priori, Québécois et Canadiens sont solidaires de leurs concitoyens chasseurs quand ceux-ci sont attaqués par des activistes étrangers. Mais comment faire confiance au ministère fédéral des Pêches, dont l'incurie et la propension à céder sous les pressions ont été à l'origine de la disparition de la morue il y a 20 ans et de l'augmentation des quotas de chasse aujourd'hui?
Impossible de rester insensible devant le spectacle de ces jeunes phoques abattus à coups de gourdin et baignants dans leur sang sur la glace. Cette chasse traditionnelle est peut-être noble et nécessaire. Avouons qu'elle n'en reste pas moins difficile à défendre devant les caméras du monde entier.
Il faut dire que depuis quelques années, Ottawa a augmenté le quota de chasse de façon importante puisqu'on tuera plus de 320 000 phoques au cours des prochaines semaines. S'il est vrai qu'on épargne les blanchons, ces nouveaux-nés qui ont attendri la planète au point de forcer l'arrêt provisoire de la chasse, il faut tout de même reconnaître que 90 % des bêtes abattues cette année ont moins de deux mois! Pour une espèce qui vit 30 ans, deux mois, c'est encore bébé.
Dans son argumentation favorable à une augmentation des quotas de prises, Ottawa explique que le contrôle de la croissance du troupeau est devenu nécessaire pour protéger les poissons. Or, répondent les militants, ce ne sont pas les phoques qui sont à l'origine de la disparition de la morue mais la surpêche autorisée par Ottawa. De toute façon, la morue ne compte que pour 3 % de la diète des phoques, dont le troupeau serait en croissance malgré la disparition de ce poisson.
En revanche, la chasse au phoque est devenue une intéressante source de revenus pour les pêcheurs qui ont fait pression sur Ottawa pour augmenter les quotas. Comment dire non quand on accepte soi-même l'argument qui fait des phoques les responsables de la misère des pêcheurs? Et comment interdire à ces derniers de pouvoir profiter des fruits de la chasse aux prédateurs? Tout se tient dans ce merveilleux monde où la politique utilise la science à ses fins.
De leur côté, les défenseurs des animaux contestent les études gouvernementales qui concluent au trop grand nombre de phoques. Au contraire, disent-ils, au rythme de 300 000 bêtes abattues chaque année, le troupeau, qui compte entre trois et six millions de bêtes, sera menacé de disparition d'ici quelques décennies. Et quelle merveilleuse carte de visite que cette image de phoques sanguinolents lorsque vient le temps de recueillir des fonds!
On le voit, il n'est pas facile de s'appuyer sur des données objectives pour se faire une idée juste. A priori, Québécois et Canadiens sont solidaires de leurs concitoyens chasseurs quand ceux-ci sont attaqués par des activistes étrangers. Mais comment faire confiance au ministère fédéral des Pêches, dont l'incurie et la propension à céder sous les pressions ont été à l'origine de la disparition de la morue il y a 20 ans et de l'augmentation des quotas de chasse aujourd'hui?
Impossible de rester insensible devant le spectacle de ces jeunes phoques abattus à coups de gourdin et baignants dans leur sang sur la glace. Cette chasse traditionnelle est peut-être noble et nécessaire. Avouons qu'elle n'en reste pas moins difficile à défendre devant les caméras du monde entier.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

