Libre opinion: L'objectif des 103 millions est-il une fin en soi?
Guylaine Chevarie-Lessard - Étudiante au doctorat en études littéraires à l'Université du Québec à Montréal
31 mars 2005
Nos dirigeants étudiants ont posé comme point ultime de la revendication, et avec raison, une question de nature économique: 103 millions de dollars. Mais ce qui pousse ainsi tant d'étudiants à faire la grève depuis bientôt un mois, ce n'est peut-être pas cette pure question d'argent.
Cet argent est le symptôme d'un malaise beaucoup plus grand, qui va bien au-delà d'une question de prêts et de bourses jusqu'à la gratuité scolaire. Et c'est peut-être pour cette raison que le mouvement étudiant est actuellement si puissant et si intransigeant sur ses positions face au gouvernement. Derrière, il y a un état de crise: la crainte, la peur, l'angoisse que l'avenir ne soit plus du côté de la jeunesse mais essentiellement du côté d'une population vieillissante.
Je suis de celles qui ont toujours vécu les mouvements étudiants en marge, en bordure. J'ai toujours été pour les revendications des étudiants, mais jamais d'assez près pour aller jusqu'à marcher dans les rues. Pour la première fois, le 16 mars dernier, je suis allée manifester moi aussi, avec tous les autres. Et ce n'était pas pour une simple question financière.
Je suis l'une des privilégiées qui ont pu faire toutes leurs études sans encourir de dettes et, pourtant, c'est aujourd'hui que la nécessité de crier mon inconfort, mon malaise, est la plus grande. La question sociale, depuis un mois, a fait une intrusion dans mon intimité.
Qu'est-ce qui nous attend?
Comment sortir de l'impasse qui existe entre nous, les étudiants, fixés sur nos 103 millions, et ce ministre fixé sur des impératifs d'économie? Qu'attend-on pour poser les questions de fond? Le problème qui m'habite, et sans doute plusieurs autres avec moi, c'est non pas exclusivement cette somme de 103 millions mais la situation qui m'attend en sortant de l'université.
Si je m'endettais avec l'assurance de trouver, à la fin de mes études, un espace de liberté où je pourrais enfin respirer en travaillant, où je pourrais avoir l'espérance de poursuivre mes projets d'avenir en étant appuyée par mes parents, mes grands frères et mes grandes soeurs, mes concitoyens qui oeuvrent présentement au fonctionnement de la société, sans doute que je n'hésiterais pas un instant aujourd'hui à payer plus cher pour mon éducation.
Malheureusement, c'est plutôt l'inverse qui m'attend. Mon avenir ressemble plus à une prison où j'irai mourir à petit feu: payer des dettes pour un bien dont je ne pourrai jamais jouir et financer des soins pour mes parents vieillissants en m'aliénant dans un travail qui ne m'offrira aucun espace pour créer un monde plus humain.
Aujourd'hui, l'université et le cégep sont pour moi les derniers espaces où cette li-
berté tant désirée dans l'avenir est encore possible. Et vous voulez me l'enlever, m'enlever ce qu'il me reste d'espérance et d'espace pour respirer!
Si je résiste tant, c'est par instinct de survie, pour échapper à l'agonie que j'appréhende à la sortie de l'université. Jouer un rôle, je le veux bien, mais donnez-moi la chance d'espérer l'avenir autrement, juste un peu! Aller manifester me redonne la joie d'espérer. Y a-t-il quelqu'un qui va enfin comprendre ça?
J'ai besoin d'air, et 170 000 jeunes avec moi me donnent l'espérance de pouvoir respirer un jour! J'espère que ça va continuer au-delà des 103 millions... Et qu'un vrai débat de société va s'engager entre nous et ceux qui nous ont précédés.
Cet argent est le symptôme d'un malaise beaucoup plus grand, qui va bien au-delà d'une question de prêts et de bourses jusqu'à la gratuité scolaire. Et c'est peut-être pour cette raison que le mouvement étudiant est actuellement si puissant et si intransigeant sur ses positions face au gouvernement. Derrière, il y a un état de crise: la crainte, la peur, l'angoisse que l'avenir ne soit plus du côté de la jeunesse mais essentiellement du côté d'une population vieillissante.
Je suis de celles qui ont toujours vécu les mouvements étudiants en marge, en bordure. J'ai toujours été pour les revendications des étudiants, mais jamais d'assez près pour aller jusqu'à marcher dans les rues. Pour la première fois, le 16 mars dernier, je suis allée manifester moi aussi, avec tous les autres. Et ce n'était pas pour une simple question financière.
Je suis l'une des privilégiées qui ont pu faire toutes leurs études sans encourir de dettes et, pourtant, c'est aujourd'hui que la nécessité de crier mon inconfort, mon malaise, est la plus grande. La question sociale, depuis un mois, a fait une intrusion dans mon intimité.
Qu'est-ce qui nous attend?
Comment sortir de l'impasse qui existe entre nous, les étudiants, fixés sur nos 103 millions, et ce ministre fixé sur des impératifs d'économie? Qu'attend-on pour poser les questions de fond? Le problème qui m'habite, et sans doute plusieurs autres avec moi, c'est non pas exclusivement cette somme de 103 millions mais la situation qui m'attend en sortant de l'université.
Si je m'endettais avec l'assurance de trouver, à la fin de mes études, un espace de liberté où je pourrais enfin respirer en travaillant, où je pourrais avoir l'espérance de poursuivre mes projets d'avenir en étant appuyée par mes parents, mes grands frères et mes grandes soeurs, mes concitoyens qui oeuvrent présentement au fonctionnement de la société, sans doute que je n'hésiterais pas un instant aujourd'hui à payer plus cher pour mon éducation.
Malheureusement, c'est plutôt l'inverse qui m'attend. Mon avenir ressemble plus à une prison où j'irai mourir à petit feu: payer des dettes pour un bien dont je ne pourrai jamais jouir et financer des soins pour mes parents vieillissants en m'aliénant dans un travail qui ne m'offrira aucun espace pour créer un monde plus humain.
Aujourd'hui, l'université et le cégep sont pour moi les derniers espaces où cette li-
berté tant désirée dans l'avenir est encore possible. Et vous voulez me l'enlever, m'enlever ce qu'il me reste d'espérance et d'espace pour respirer!
Si je résiste tant, c'est par instinct de survie, pour échapper à l'agonie que j'appréhende à la sortie de l'université. Jouer un rôle, je le veux bien, mais donnez-moi la chance d'espérer l'avenir autrement, juste un peu! Aller manifester me redonne la joie d'espérer. Y a-t-il quelqu'un qui va enfin comprendre ça?
J'ai besoin d'air, et 170 000 jeunes avec moi me donnent l'espérance de pouvoir respirer un jour! J'espère que ça va continuer au-delà des 103 millions... Et qu'un vrai débat de société va s'engager entre nous et ceux qui nous ont précédés.
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