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Agora: Vers un problème budgétaire aigu

Mathieu LABERGE - Diplômé en science économique à l'Université de Montréal et candidat à la maîtrise en économie à l'université de Nottingham (Royaume-Uni)  30 mars 2005 
La proposition de cesser tout financement public aux écoles privées ne vise qu'à maintenir artificiellement en vie des institutions dont le rendement laisse à désirer, faute d'incitatifs à faire mieux. Cette proposition est d'autant plus surprenante qu'elle provient de gens informés de la condition des réseaux d'enseignement au Québec. Que le Regroupement pour la défense et la promotion de l'école publique omette certains arguments en faveur du financement des écoles privées, passe toujours, mais qu'il désinforme et base son intervention sur des chiffres mal avisés est inacceptable.

En se basant uniquement sur le cas ontarien, l'hypothèse selon laquelle seulement 50 % des élèves du réseau privé se dirigeraient vers le réseau public advenant une abolition complète des subventions aux écoles privées est douteuse, voire irréaliste. Le gouvernement finance actuellement 60 % du coût des études des élèves du réseau privé comparativement à 100 % pour les élèves du réseau public. S'ils étaient plus nombreux que prévu à faire ce transfert, le manque à gagner se transformerait très rapidement en problème budgétaire aigu pour le gouvernement puisqu'il aurait maintenant à financer ces étudiants à 100 %. Face à une maigre marge de manoeuvre anticipée de 75 millions de dollars, l'hypothèse du regroupement ne tient pas la route.

D'autre part, on omet de mentionner que le réseau d'écoles privées a été à l'origine de plusieurs innovations pédagogiques qui ont par la suite été reprises par l'ensemble des écoles publiques. Par exemple, les programmes spécialisés en arts, en sports ou autres qui pullulent maintenant dans les écoles publiques étaient l'apanage des institutions privées il n'y a pas si longtemps. Les écoles privées, qui se concurrencent entre elles, sont portées à développer de nouvelles façons de faire. Je crois que cette solution est aussi porteuse pour le réseau public.

Briser le monopole

À l'heure actuelle, le gouvernement du Québec garantit aux écoles publiques une clientèle captive en les jumelant aux élèves sur une base territoriale. On ne saurait mieux décourager la créativité et l'innovation qu'en accordant un monopole aux institutions scolaires. Loin d'un problème de financement, le problème des écoles de quartier est un problème d'incitation à l'évolution.

La solution appropriée consisterait à permettre aux élèves de fréquenter l'école de leur choix, peu importe leur lieu de résidence, tout en maintenant un financement par habitant des institutions primaires et secondaires. Le gouvernement pourrait même faciliter encore davantage le transport des élèves, question de garantir un véritable choix. Ce faisant, on inciterait les écoles à développer de nouveaux services et à offrir de nouveaux programmes, répondant mieux à la demande des élèves et de leurs parents, afin d'accaparer un plus grand nombre d'élèves. Les institutions moins performantes n'auraient d'autre choix que de s'adapter ou de fermer.

À terme, il y aurait probablement moins d'institutions scolaires au Québec, mais elle seraient plus performantes, répondraient mieux aux besoins du marché et affronteraient mieux le réseau privé.

Le gouvernement britannique de Tony Blair a adopté cette attitude face aux institutions moins performantes. Depuis 2000, seulement une douzaine d'institutions ont été fermées, les autres ayant réussi à s'adapter. Au cours des cinq prochaines années, les 200 écoles les moins performantes du Royaume-Uni seront fermées ou transformées en «académies municipales» bénéficiant d'un financement conjoint du gouvernement et de l'entreprise privée.

Parallèlement, les institutions les plus populaires bénéficieront de mesures accélérées pour soutenir leur développement immobilier et leur permettre d'engager suffisamment d'employés.

La Fédération des commissions scolaires du Québec, membre influent du regroupement, proposait au printemps 2004 d'abolir les cégeps afin de réinvestir dans les écoles primaires et secondaires. Son initiative de l'époque ayant visiblement fait long feu, elle propose maintenant d'asservir le réseau des écoles privées.

Il est toujours plus facile de reluquer l'argent des autres et les économies de bouts de chandelles que de se remettre en question. Néanmoins, les expériences internationales nous démontrent que d'autres façons de faire sont possibles tout en respectant un cadre financier aussi serré que celui du gouvernement du Québec.
 
 
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