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Agora: Privé, public: une invitation au dialogue

Nous faisons le plus beau métier du monde, nous aidons des jeunes à apprendre!

Mario Asselin - Directeur général de l'Institut Saint-Joseph, une école privée de la région de Québec  30 mars 2005 
Le 10 mars dernier, le Regroupement pour la défense et la promotion de l'école publique a choisi une approche énergique et médiatique dans sa quête légitime de «donner à l'école publique les moyens de faire mieux», pour reprendre sa propre expression. En d'autres mots, les établissements du réseau scolaire privé empêchent l'école publique de bien s'acquitter de sa mission.

Je prends part à la gestion d'un établissement privé (on devrait peut-être dire «semi-privé», ce serait plus exact!) depuis 22 ans. J'ai oeuvré en compagnie de mes confrères du public dans beaucoup de dossiers, dont quelques années à titre de directeur d'une des écoles ciblées par le ministère de l'Éducation pour l'implantation de la nouvelle réforme du programme.

Je ne peux pas croire que la recherche de solutions pour améliorer l'éducation au Québec passe par l'écrasement systématique des choix de parents de plus de 100 000 élèves qui fréquentent les écoles privées du primaire et du secondaire. Je choisis donc le même terrain (celui des médias) pour lancer une simple invitation dans la mesure où je suis persuadé que nous avons mieux à faire que de nous affronter par le biais du calcul des supposées économies à faire.

En ce moment, je me sens comme le petit frère qui semble avoir réussi dans la vie et à qui on demande de s'effacer pour que le grand puisse s'épanouir à la hauteur de ses ambitions. Je vous propose de relancer la discussion sous un angle nouveau: le dialogue!

Nos jeunes se ressemblent

Je crois vraiment que nous gagnerions à nous fréquenter un peu plus, mes amis du public. Nous avons beaucoup de choses à apprendre de vous, et je crois aussi que certaines de nos manières de faire pourraient vous intéresser. Chaque fois que je participe à des groupes de travail avec des officiers du réseau public, je m'émerveille de ce que nous découvrons à échanger ensemble, pour le plus grand bénéfice des jeunes qui fréquentent nos institutions.

Certes, il m'arrive de ressentir un malaise au départ quand je me présente... Je suis «un méchant» du privé! Mais souvent, après quelques minutes, nous oublions cette étiquette qui nous empêche de nous voir avant tout comme des personnes, et nous nous mettons au travail en nommant nos tâches communes et les immenses défis de «faire l'école en 2005»!

Nous comprenons à ce moment-là que nos jeunes se ressemblent. Certains en arrachent, d'autres sont gourmands et exigent beaucoup; plusieurs ne demandent qu'à apprendre de la vie et, au demeurant, forment la grande majorité des élèves à qui nous avons à rendre service.

Je ne veux pas escamoter les défis particuliers que vous relevez, gens des organisations membres du regroupement. Ces problématiques sautent aux yeux: vos ententes régissant les conditions de travail du personnel sont rigides, ce qu'on appelle l'école montréalaise commande des interventions très particulières, l'intégration parfois «sauvage» de certaines clientèles ne vous rend pas la vie facile et il est difficile de maintenir à bouts de bras les petites écoles de village.

De notre côté, la situation de nos pensionnats inquiète, nos écoles EHDAA sont à bout de souffle, notre personnel doit composer avec des nombres très élevés d'élèves par classe (beaucoup plus élevés que vous ne le croyez) et, de plus, nous ne pouvons bien souvent offrir des conditions de travail aussi intéressantes sur le plan financier que les vôtres.

Ensemble, il me semble que nous avons en commun de manquer gravement de ressources pour l'entretien et la réfection de nos immeubles. Les services éducatifs de qualité que nous tentons de rendre reposent sur les épaules d'enseignants et d'éducateurs qui ont des tâches beaucoup trop lourdes dans le contexte de la réforme actuelle. Et je ne parle pas de la reconnaissance de la profession; cadres scolaires et enseignants «vont au bâton» tous les jours sans le filet protecteur du soutien parental. Je généralise un peu, je sais...

Un débat qui ne mènera nulle part

N'aurions-nous pas avantage à nous asseoir plus souvent autour de la même table? Ne trouvez-vous pas que ces démarches autour de la pertinence de subventionner l'enseignement privé sont un débat qui ne nous mènera nulle part? Ne pensez-vous pas que la maladresse du gouvernement sur la question du financement à 100 % des écoles juives est un «mauvais courant» pour espérer construire des solidarités entre nous?

Le dialogue entre tous les intervenants du monde scolaire est essentiel aux visées de réussite que chaque enfant du Québec a le droit d'espérer. Nous prenons trop de place à certains endroits? La question de la sélection des élèves dans certains établissements vous irrite? Vous trouvez que certaines ressources ou expertises pourraient être partagées? Pourquoi ne pas aborder de front toutes ces questions? Nous aussi trouvons que les «palmarès» n'ont pas leur place quand vient le temps d'évaluer la qualité de nos services dans les écoles. Autant que vous, la réforme nous emballe sous plusieurs aspects et nous embête parfois sur d'autres.

Nous faisons le plus beau métier du monde: nous aidons des jeunes à apprendre! N'y aurait-il pas moyen de nous centrer un peu plus sur ça, ensemble, autour de la même table?
 
 
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